La nostalgie de parler de mes seins à des inconnues

mars 18, 2019

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il y a dix ans avec un maillot de bain Marciano et un cul toujours parfait

Ma première fois dans Urbania n’était pas pour parler de noms d’escortes ou de lubrifiant, mais pour parler de vodka et du fait que je me considérais pas comme une femme mais comme une pouliche. Oh well. Ça me manque, les rallonges dans mes cheveux et les cabines de Marciano. Et d’être comparée à Jenna Jameson.

Extrait « L’endroit où on risque le plus de te croiser :

Dans les toilettes du bar Le Confessionnal, à me remettre du gloss et à parler de mes seins à des filles que je ne connais pas »

Des coupeuses de tête et suceuses de queue

mars 18, 2019

 

Cette semaine je serai de la bande à Bianca Longpré à QUB pour parler d’un article que j’ai écrit pour Urbania. C’est au sujet des noms d’escortes. Comment choisissent-elles leur nom, comme un semblant de gage de leur réputation et de leur succès dans l’industrie du sexe?

Être escorte est un travail, et même si ça en fait rigoler un peu, la démarche pour réussir dans l’industrie du sexe est comparable à celle pour toute entreprise canadienne. Les conseils d’Entreprises Canada : c’est pas que pour les plombiers et les propriétaires de boutiques de colliers chics pour chats.

Il faut lire l’article absolument mais je vous donne ici en extra des explications d’escortes qui ont été coupées – parce que je ne peux pas écrire 2000 mots sur les escortes all the time même si j’en aurais envie.

  1. Léonie Stein explique que Léonie vient de l’œuvre de Marcel Proust : « C’est la madeleine qui explose en souvenirs et histoires, et Stein est inspiré par un personnage de Marguerite Duras. C’est l’implosion, le trou. Je suis quétaine et un peu trop littéraire.»
  2. Le monde des dieux a aussi inspiré Charlotte : « Je voulais mappeler Freyja, la déesse nordique de l’amour, de la fertilité et de la guerre. Je trouvais ça badass, mais personne ne comprenait. J’ai finalement choisi Charlotte, parce que je trouve ça cute mais beaucoup de clients trouvent que ça fait vieillot. »
  3. Noémie voulait s’appeler Salomé, « comme cette danseuse dans la Bible qui danse devant le roi Hérode, sans savoir que c’est son père, et qui lui dit, charmé par elle, qu’il souhaiterait exaucer un de ses vœux. » Salomé lui demanda alors why not de couper la tête de Jean Baptiste et Noémie ne prend finalement pas son nom, car les clients se mélangeaient et l’appelaient Paloma et Paméla.
  4. Malika Fantasy a un grand-père marocain qui l’appelait Malika, petite. « Ça veut dire princesse en arabe et Fantasy, parce que je crée des fantasmes, de la fantaisie », résume-t-elle.
  5. Laure choisit quant à elle ses noms en fonction des filles qui lui ont mené la vie dure pendant sa scolarité : « Je me réapproprie ces prénoms, tout en ayant ma petite vengeance sur celles qui m’ont intimidée et slutshamée. »

Il est à noter que je suis très reconnaissante que peu à peu les médias s’ouvrent au sujet d’une façon pas sensationnaliste ou moralisatrice. Je critique souvent la place qu’occupe le travail du sexe dans l’actualité : des femmes-jambes en résille, des faussetés présentées comme des faits, de la morale moins résistante qu’un condom à la menthe. Mais en évoquant autre chose, en allant au-delà des appréhensions et inconforts, les médias aident à diminuer un stigma horripilant. J’ai beaucoup beaucoup beaucoup de gratitude d’avoir la possibilité de participer à rendre plus visible la réalité  des travailleuses du sexe, sans avoir recours à des clichés et à des craintes.  

Lampions & Lucky Charm

février 27, 2019

Shot with NOMO INS W.

Je n’ai pas de vernis sur les ongles. J’ai recommencé à écouter des émissions télé en lavant la vaisselle. J’ai déménagé début janvier et je ne sais pas encore qui sont mes voisins, mais personne ne se plaint que je passe beaucoup de temps en petite camisole et petite culotte devant les fenêtres.

Je trouve plein de choses très faciles, et j’aime envoyer des bisous et allumer des lampions pour les personnes dans mon cœur qui en ont besoin, mais je trouve d’autres choses plus difficiles. Je n’ai plus tant confiance en moi, en vieillissant, en fait j’ai très souvent confiance en moi, mais je réalise que c’est hyper instable. Je suis la personne la plus extraordinaire une semaine par mois, et pendant une autre je dormirais tout le temps. Ou je prendrais des bains. Tu voudrais sans doute être à la place de mon chat, mais je prends mes bains toute seule. Avec du sel d’Epsom, un livre ou parfois les mêmes épisodes d’une émission que j’écoutais il y a dix ans et que j’écoute en faisant la vaisselle et en caressant ma peau sous l’eau.

J’ai découvert grâce à Ariel Rebel que c’était possible d’acheter genre 20 kilos de guimauves Lucky Charm via Amazon et ça fait ma journée je crois.

Shot with NOMO INS W.

Dirty talk fail

février 27, 2019

Hier j’ai sucé mon mec et c’est peut-être parce que je n’avais pas bu de gin tonic, mais j’étais vraiment plus qu’enthousiaste. J’étais en position de porn star, mes fesses parfaitement placées pour être bien vues dans le miroir et je pense que j’aurais pu le sucer plus de trente minutes, mais il a interrompu mon excitation avec une phrase weird: « Tu me suces comme la misère qui tombe sur le pauvre monde. » Ou un truc de Français comme ça. Ça voulait dire que ça paraissait que j’avais envie de le sucer, qu’il a dit.

Il m’a dit que c’était dans un poème mais j’ai arrêté de le sucer pour googler et je n’ai rien trouvé.

Mes livres sentent les grilled cheese

février 26, 2019

Mes livres restent rarement propres. J’y renverse de l’eau chaude citronnée. Mes doigts y laissent des traces de chocolatine, de gras de grilled cheese extra gras. J’écris dans les marges des LOL et je surligne ce avec quoi je suis d’accord ou ce que j’aime trop lire à voix haute. Mon critère de livres à recommander à quiconque : aimer le lire à voix haute. Je ne sais pas pourquoi. J’ai besoin de le sentir vivre avec moi et lire à voix haute, toute seule ou pas, me permet de le faire mien. Je dois être quelqu’un de très possessif mais whatever.

Je vais commencer une nouvelle section de blogue : lire presque toute nue. Mon effort pour sortir la littérature du carcan académique. (Pas vraiment : c’est surtout lier deux plaisirs – celui de m’exhiber subtilement et celui de lire.)

Livre que je termine bientôt : Roux clair naturel, de Fanie Demeule, publié dans la collection Hamac de Septentrion.

Team partage de rondelles d’oignons

février 8, 2019

urbania

Je n’aime pas parler d’argent. Quand j’ai commencé à être escorte, c’était sous la peur du manque. Et j’accumulais tout: les savons, les assiettes, les cahiers, les pots de peinture, les rasoirs, les chemisiers, les rouleaux de papier de toilette. J’avais peur qu’un jour je ne puisse plus travailler et que je n’aie plus rien à nouveau. J’accumulais pour ne pas avoir peur du manque, pour reculer le manque au fond d’une armoire à biscuits.

J’ai encore peur parfois. Je n’aime pas en parler. L’argent nous rend tous vulnérable. Et fragilise malheureusement aussi des relations amicales. J’en parle dans un article sur Urbania. 

La logique

février 8, 2019

Les problèmes avec la publication sur les sexfies de Vrak et les réactions qui ont suivie

février 5, 2019

J’ai déjà trouvé une photo de ma belle-fille que j’ai jugée troublante. Un selfie qu’elle a pris, caméra au-dessus d’elle pour montrer sa bouche en cœur, ses yeux qui se la jouent confiants et son haut de camisole. Je n’ai pas aimé ça. Ma belle-fille avait onze ans et elle reproduisait les photos que je voyais ailleurs, ou que j’aurais pu prise moi-même, mais c’est un angle que je ne maîtrise pas, je montre trop de front. Je lui ai demandé pourquoi ou pour qui elle avait prise cette photo. Je pense que je n’étais pas prête à cette conversation et que j’ai peut-être été trop brusque pour que ce qui en découle soit une conversation positive, où je l’aurais plus comprise, et où elle aurait pu parler sans se sentir piégée.

Ces photos existent. Les jeunes les voient, s’ils ont un compte Instagram, s’ils regardent les photos que les médias republient des stars du web ou des actrices en vacances. Si c’est troublant de voir un enfant vouloir reproduire ça, il faut être capable de lui expliquer pourquoi et d’où vient notre malaise, mais il ne faut pas dire « n’en parlons pas, ne fais jamais ça, c’est la solution », selon moi. Prendre une photo de soi et de sa camisole, c’est peut-être moins dangereux que les mélanges de Gatorade que ma cousine et moi faisions quand nous nous ennuyions au Mont Saint-Sauveur, jeunes adolescentes.

Vrak s’est défendu en rappelant que la chaine visait maintenant un public de 18-34 ans. Et c’est vrai que la chaîne change : ce n’est plus Bibi et Geneviève leur émission la plus populaire, comme à l’époque où ça s’appelait Canal Famille et que je rêvais d’avoir mille Oups, l’animal de compagnie de Stella de Robin et Stella. Vrak laisse place à des discussions sur plein de sujets dans différentes émissions : menstruations, masturbation, pilosité, etc.

Grâce à une publication d’une amie sur Facebook, j’ai pu suivre, constater et réfléchir aux problèmes en lien avec l’article sur les sexfies :

  • Il manque un avertissement comme quoi c’est illégal de partager des photos de nudité complète ou partielle si tu es mineur.e. Quiconque le fait peut être accusé de distribution ou possession de matériel de pornographie juvénile.
  • La photo montre une fille blanche et mince en lingerie sur son lit. Elle aurait pu montrer quelqu’un de moins conventionnellement type annonce de la Senza. Une fille plus ronde, une fille racisée, une fille avec un afro, une fille qui s’amuse devant son téléphone et non qui ne prend qu’une pose aguichante.
  • Il y aurait eu beaucoup d’emphase sur la responsabilité de la personne qui se prend en photo, mais pas de rappel sur la personne qui la reçoit. Une personne qui reçoit la photo – que ce soit un ami, sa meilleure amie, son amoureux ou son amoureuse – a une responsabilité aussi.
  • En lisant l’article on a l’impression que ce n’est qu’aux filles qu’il s’adresse. Pourtant elles ne sont pas les seules à pouvoir ou vouloir se prendre en photo comme ça.

Les réactions à la suite de l’article ont encore laissé place à la panique, comme chaque fois ou presque qu’on tente de parler de sexualité, image corporelle et adolescents.es. Ce qui revenait : « Un bon sexfie c’est pas de sexfie. » Mais les jeunes en font déjà. Est-ce qu’il y aurait une façon de mieux en parler? Oui. Mais sans qu’on les diabolise ou qu’on croit qu’en en parlant, on pousse tout le monde à en faire et à porter des talons hauts au lit? L’article ne montrait pas ça comme un rite de passage et insistait sur le fait qu’il ne fallait pas se sentir forcé.e. C’est comme la sexualité : à l’école j’ai vu des photos de plein d’infections transmises sexuellement pas traitées depuis des années. Ça m’a donné mal au cœur mais ça ne m’a pas donné l’idée d’attendre un autre siècle pour baiser. Les sexfies existent. Si on insiste que sur le danger, on s’empêche d’avoir une discussion qui pourrait être super intéressante sur le sujet.

À lire aussi: Ce que vous auriez voulu apprendre lors de vos cours d’éducation sexuelle

Tenter de faire poser son sextoy

février 3, 2019

bestfriend

C’est plus difficile de trouver un angle le fun pour un jouet à succion du clito que de trouver une façon de montrer mes seins pas trop sur les photos. 

Camille ne m’a pas demandé si je fakais de jouir avec les clients

février 2, 2019

(La réponse: non. Quand je jouissais, c’est parce que j’étais assez détendue et que mon clito était bien léché. Sinon je ne faisais jamais semblant. Ils savaient que j’avais du plaisir même si je ne criais pas aussi fort que Céline Dion dans une chanson. )

Cam Grande Brune a un chien adorable, des cheveux comme ma fille en voudrait, étudié en littérature sans triper sur le monde qui l’entourait – hello, je t’aime – , des rêves qu’elle réalise parce qu’elle a du culot et la confiance de se dévoiler sur sa chaine youtube mais aussi de laisser les autres se dévoiler.

Elle m’a invitée à parler du travail du sexe. Et ce qu’elle m’a offert c’est un cadeau. Hyper rare. Le cadeau de parler de plein de choses en lien avec le travail du sexe – ma rencontre avec mon amoureux, les condoms que je suis incapable de mettre, toutes les raisons possibles de vouloir baiser, ce que je demandais à mes parents comme cadeau de Noël quand j’étais adolescente. Sans être jugée. Sans aller dans le trauma porn. Parce que le trauma porn, quand on parle de travail du sexe, c’est populaire. On veut aller dans le dégoûtant, dans les perversions, dans les as-tu été violée par ton arrière-grand-papa et le voisin du boucher de ton quartier. Les putes, on aime bien les attendre à l’hôtel et ne pas leur demander l’autorisation de leur poser les pires questions. Mais Camille n’est pas comme ça.

Et je suis très heureuse du résultat, avec moi qui rit trop souvent mais qui tente de trouver les mots pour dire, je ne dis jamais tout car il a trop à dire, mais je tente de m’en approcher, les mots pour tout dire, pour me dire moi et pour espérer que les autres femmes dans l’industrie puissent un jour avoir cette chance, de se dire et de dire ce qu’elles veulent, que ce soit fuck you, à l’aide, j’adore, ne me touche pas ou ouh la la, ça goûte la merde les condoms au pina colada.

Merci.

Je vous invite à la suivre sur son blogue et sur sa chaine youtube. Elle est hyper intéressante, qu’elle parle de ukulele, d’asexualité ou de maillots de bain.