Les problèmes avec la publication sur les sexfies de Vrak et les réactions qui ont suivie

février 5, 2019

J’ai déjà trouvé une photo de ma belle-fille que j’ai jugée troublante. Un selfie qu’elle a pris, caméra au-dessus d’elle pour montrer sa bouche en cœur, ses yeux qui se la jouent confiants et son haut de camisole. Je n’ai pas aimé ça. Ma belle-fille avait onze ans et elle reproduisait les photos que je voyais ailleurs, ou que j’aurais pu prise moi-même, mais c’est un angle que je ne maîtrise pas, je montre trop de front. Je lui ai demandé pourquoi ou pour qui elle avait prise cette photo. Je pense que je n’étais pas prête à cette conversation et que j’ai peut-être été trop brusque pour que ce qui en découle soit une conversation positive, où je l’aurais plus comprise, et où elle aurait pu parler sans se sentir piégée.

Ces photos existent. Les jeunes les voient, s’ils ont un compte Instagram, s’ils regardent les photos que les médias republient des stars du web ou des actrices en vacances. Si c’est troublant de voir un enfant vouloir reproduire ça, il faut être capable de lui expliquer pourquoi et d’où vient notre malaise, mais il ne faut pas dire « n’en parlons pas, ne fais jamais ça, c’est la solution », selon moi. Prendre une photo de soi et de sa camisole, c’est peut-être moins dangereux que les mélanges de Gatorade que ma cousine et moi faisions quand nous nous ennuyions au Mont Saint-Sauveur, jeunes adolescentes.

Vrak s’est défendu en rappelant que la chaine visait maintenant un public de 18-34 ans. Et c’est vrai que la chaîne change : ce n’est plus Bibi et Geneviève leur émission la plus populaire, comme à l’époque où ça s’appelait Canal Famille et que je rêvais d’avoir mille Oups, l’animal de compagnie de Stella de Robin et Stella. Vrak laisse place à des discussions sur plein de sujets dans différentes émissions : menstruations, masturbation, pilosité, etc.

Grâce à une publication d’une amie sur Facebook, j’ai pu suivre, constater et réfléchir aux problèmes en lien avec l’article sur les sexfies :

  • Il manque un avertissement comme quoi c’est illégal de partager des photos de nudité complète ou partielle si tu es mineur.e. Quiconque le fait peut être accusé de distribution ou possession de matériel de pornographie juvénile.
  • La photo montre une fille blanche et mince en lingerie sur son lit. Elle aurait pu montrer quelqu’un de moins conventionnellement type annonce de la Senza. Une fille plus ronde, une fille racisée, une fille avec un afro, une fille qui s’amuse devant son téléphone et non qui ne prend qu’une pose aguichante.
  • Il y aurait eu beaucoup d’emphase sur la responsabilité de la personne qui se prend en photo, mais pas de rappel sur la personne qui la reçoit. Une personne qui reçoit la photo – que ce soit un ami, sa meilleure amie, son amoureux ou son amoureuse – a une responsabilité aussi.
  • En lisant l’article on a l’impression que ce n’est qu’aux filles qu’il s’adresse. Pourtant elles ne sont pas les seules à pouvoir ou vouloir se prendre en photo comme ça.

Les réactions à la suite de l’article ont encore laissé place à la panique, comme chaque fois ou presque qu’on tente de parler de sexualité, image corporelle et adolescents.es. Ce qui revenait : « Un bon sexfie c’est pas de sexfie. » Mais les jeunes en font déjà. Est-ce qu’il y aurait une façon de mieux en parler? Oui. Mais sans qu’on les diabolise ou qu’on croit qu’en en parlant, on pousse tout le monde à en faire et à porter des talons hauts au lit? L’article ne montrait pas ça comme un rite de passage et insistait sur le fait qu’il ne fallait pas se sentir forcé.e. C’est comme la sexualité : à l’école j’ai vu des photos de plein d’infections transmises sexuellement pas traitées depuis des années. Ça m’a donné mal au cœur mais ça ne m’a pas donné l’idée d’attendre un autre siècle pour baiser. Les sexfies existent. Si on insiste que sur le danger, on s’empêche d’avoir une discussion qui pourrait être super intéressante sur le sujet.

À lire aussi: Ce que vous auriez voulu apprendre lors de vos cours d’éducation sexuelle

Tenter de faire poser son sextoy

février 3, 2019

bestfriend

C’est plus difficile de trouver un angle le fun pour un jouet à succion du clito que de trouver une façon de montrer mes seins pas trop sur les photos. 

Camille ne m’a pas demandé si je fakais de jouir avec les clients

février 2, 2019

(La réponse: non. Quand je jouissais, c’est parce que j’étais assez détendue et que mon clito était bien léché. Sinon je ne faisais jamais semblant. Ils savaient que j’avais du plaisir même si je ne criais pas aussi fort que Céline Dion dans une chanson. )

Cam Grande Brune a un chien adorable, des cheveux comme ma fille en voudrait, étudié en littérature sans triper sur le monde qui l’entourait – hello, je t’aime – , des rêves qu’elle réalise parce qu’elle a du culot et la confiance de se dévoiler sur sa chaine youtube mais aussi de laisser les autres se dévoiler.

Elle m’a invitée à parler du travail du sexe. Et ce qu’elle m’a offert c’est un cadeau. Hyper rare. Le cadeau de parler de plein de choses en lien avec le travail du sexe – ma rencontre avec mon amoureux, les condoms que je suis incapable de mettre, toutes les raisons possibles de vouloir baiser, ce que je demandais à mes parents comme cadeau de Noël quand j’étais adolescente. Sans être jugée. Sans aller dans le trauma porn. Parce que le trauma porn, quand on parle de travail du sexe, c’est populaire. On veut aller dans le dégoûtant, dans les perversions, dans les as-tu été violée par ton arrière-grand-papa et le voisin du boucher de ton quartier. Les putes, on aime bien les attendre à l’hôtel et ne pas leur demander l’autorisation de leur poser les pires questions. Mais Camille n’est pas comme ça.

Et je suis très heureuse du résultat, avec moi qui rit trop souvent mais qui tente de trouver les mots pour dire, je ne dis jamais tout car il a trop à dire, mais je tente de m’en approcher, les mots pour tout dire, pour me dire moi et pour espérer que les autres femmes dans l’industrie puissent un jour avoir cette chance, de se dire et de dire ce qu’elles veulent, que ce soit fuck you, à l’aide, j’adore, ne me touche pas ou ouh la la, ça goûte la merde les condoms au pina colada.

Merci.

Je vous invite à la suivre sur son blogue et sur sa chaine youtube. Elle est hyper intéressante, qu’elle parle de ukulele, d’asexualité ou de maillots de bain.

La honte

janvier 28, 2019

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I feel like penises sometimes get left behind in the body positivity movement. Yes, all bodies are beautiful! But I still sometimes hear jokes and comments that reinforce desirability norms for penises among feminists (especially the idea that bigger = better). This is a reminder that yes, all bodies are good bodies, *and* all penises are good penises! (Also, it’s cute that they look like mushrooms. 🍄 ☺️) #bodypositive #bodypositivity #bodypositivitymovement #bodypositivemovement #bodylove #penispositivity #penislove #penisart #sexpositive #sexpositivity #notallwomenhavevaginas #transisbeautiful #transbodypositivity #transpositivity #penisart #bodypositiveart #feministart #illustration #cuteillustration #feministillustration #illustrator #illustratorsoninstagram

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Je connais quelqu’un dont la fréquentation doit laver tout ce que contient un endroit – sa voiture, sa chambre – où une relation sexuelle a eu lieu. Son sperme le dégoûte. J’écris pas ça pour en rire, même si j’adore imaginer une telle scène dans une téléréalité ou une comédie romantique, j’écris ça pour mesurer à quel point la haine ou le dégoût ou la honte peut ériger toute sexualité en objet de déviance. 

Il n’aime pas son sperme. Assez pour nettoyer sa chambre à minuit, trois fois par semaine, avec produits nettoyants et chiffon. 

Moi je cachais mes petites culottes quand je commençais mes menstruations sans serviette pour protéger mes sous-vêtements. Je les cachais. Je n’étais pas gênée d’être menstruée, mais quelque chose restait là, dans l’embarras, dans la fuite, dans l’oubli exigé. 

Les lois actuelles sur la prostitution n’aident personne – ni les victimes d’exploitation ni les travailleuses du sexe

janvier 24, 2019

qub

Je suis intervenue en matinée à l’émission Politiquement Incorrect de Richard Martineau sur QUB radio. C’était à propos de la violence vécue par les travailleurs.ses du sexe, une violence qui n’est pas causée par la nature de leur travail mais plutôt par les conditions dans lesquels iels travaillent.

En France, le Conseil Constitutionnel va donner sa décision, début février, concernant la constitutionnalité éprouvée d’une loi datant de 2016 sur la pénalisation des clients. Une loi semblable à celle du Canada. Les travailleurs.ses du sexe n’en veulent pas et déplore une loi qui les astreint à travailler de façon dangereuse, une loi qui vise plus la morale que la sécurité et la dignité de toutes les personnes concernées – clients.tes et travailleurs.ses.

Pour m’écouter : Mélodie Nelson réagit à la violence dans le monde du travail sexuel

À lire : « Non, l’exercice du travail sexuel n’est pas en soi une violence »

Extrait : « Non, notre espérance de vie n’est pas seulement de 40 ans, comme cela est affirmé sans preuve. Il suffit de lire le rapport de la Haute Autorité de santé concernant notre population pour s’en convaincre ou juste de nous écouter. Nous ne souffrons pas d’une plus mauvaise santé que le reste de la population, hormis une exposition aux agressions plus fréquente due au fait que nous devons nous cacher pour exercer.

L’usage de drogues n’est pas plus important chez les travailleuses du sexe que dans le reste de la population générale, excepté pour le tabac et le cannabis, comme le rapporte cette étude, pour lesquels notre surconsommation est comparable à celle des chômeurs et des travailleurs pauvres. Car, oui, cette activité permet aux plus vulnérables d’entre nous de vivre et d’accéder à une autonomie économique. »

À lire : « La pénalisation des clients porte atteinte à la santé, à la sécurité et aux droits des personnes se prostituant »

Extrait : « A l’inverse des clichés trop fréquemment véhiculés, il est fondamental de rappeler la diversité des situations que recouvre cette activité. Si certaines personnes exercent une activité de manière consentie et assumée, d’autres sont exploitées, ou contraintes pour différentes raisons. Il existe de fait entre ces extrêmes autant de situations qu’il existe de personnes. Les politiques publiques relatives à la protection et à la santé des personnes se prostituant doivent pouvoir appréhender la diversité des situations individuelles et y répondre de manière différenciée, ce qui n’est jamais le cas des politiques répressives.

La Haute Autorité de Santé, l’ONUSIDA, le Programme des Nations Unies pour le Développement l’expriment sans ambages : ce n’est pas l’achat sexuel tarifé qui expose les personnes se prostituant, mais les conditions d’exercice de l’activité. En ce sens, ces institutions se sont prononcées contre toute forme de politiques répressives. Nous dénonçons, comme tout un chacun, et avec force, toute forme d’exploitation, de contrainte, de trafic et de violence exercée à l’encontre des êtres humains. »

Les filles qui font pipi

janvier 24, 2019

Pendant que je me branlais au lit avec un jouet de Lelo (j’adore mon Sona, tout le monde devrait se faire aspirer le clito aussi bien – même si c’est un peu bruyant), des lecteurs tombent sur mon blogue en faisant d’étranges recherches sur Google.

Voici le top des obsessions plus ou moins surprenantes– j’ai écarté celles du monde qui passe trop de temps à browser les catégories incestueuses de Pornhub.

1.Initiation à l’amour

C’est presque romantique mais je pense que ça se voulait débauche avec condoms et bananes et crème fouettée sur les tétons.

2.Mais la moi dans le trou que tu veux

Non merci.

3.Il laisse sa bite gonfler dans se chatte

J’ai une image de ballon d’anniversaire et c’est particulier.

4.Ma femme baise avec ma merde

Je veux connaitre vos budgets de draps et de douche bien chaude.

5.J’ai une bite dans l’oreille

Je la connais cette blague ou presque.

6.Les filles qui font pipi

Toutes. La réponse est : toutes les filles font pipi. Il n’y a pas de catégorie spéciale style celles qui le font et celles qui ne le font jamais même quand elles boivent trop de gin tonic.

7.Origami porn

Oh wow. Ça, je veux voir ça.

8.Lors dune sodomie mon copin ressort plein caca

C’est normal. Mais c’est possible de procéder autrement si ça vous dérange. Un lavement et liberté!

9. Du sperme sur les ongles

C’est moins top que le vernis mais hop, sous l’eau du lavabo et c’est de la magie, ça disparait.

10.Fabriquer un penis

En origami? En carton? À partir d’un clito? Je veux en savoir plus.

11.La réponse est dans ton cul

Rarement.

12.Je pensais bien que tu avais une grosse bite

TADAM, c’est une création en origami!

13.Éjaculation dans un trou sale

Sors du moule à gâteau au chocolat.

14.Mère de famille forcée par le père noël

Prochainement sur grand écran dans les cinémas Guzzo.

15.Combats erotiques

Je suis curieuse. C’est quoi les prérequis?

16.Boire du sperme au verre avec des glaçons

Been there done that, c’est pas exceptionnel.

17. Répercussions du harcèlement policiers

Il y en a beaucoup. Mais dès que j’ai lu ça j’ai pensé à l’excellent livre de Robyn Maynard, un essai exceptionnel, sur l’historique du racisme au Canada.

J’ai froid même si je porte un col roulé et des longs bas jusqu’aux cuisses

janvier 23, 2019

 

Ça fait quasi un an je ne vous écris pas, mais je tente d’apparaitre ailleurs. Je vous invite à regarder mon entrevue avec la superwoman accomplie Ariel Rebel, que j’admire et aime depuis les débuts de ce blogue. Intègre, mignonne, fabuleuse et posée, elle sait parler de son parcours dans la porn et de son avenir sans jamais perdre l’intérêt de quiconque.

J’ai aussi rencontré Ariane Zita, une compositrice et chanteuse plus cool que cool, qui se moque bien des étiquettes et des haters (même si c’est un terme des années 2000 et qu’elle a un peu honte que Vice l’ait utilisé à son sujet haha, sorry.) Elle est une féministe assumée, qui a perdu la voix juste avant le lancement de son dernier EP. Je l’écoute souvent, avec plein d’émotions quand je l’écoute,et avec le rêve d’être sur l’île Dorval avec ma copine échangiste (c’est pas Ariane, ne la harcelez pas avec ça.)

J’ai aussi beaucoup de plaisir avec instagram et je trouve que mon profil me ressemble. Comme au début de ce blogue j’y montre à la fois mes seins mais aussi mes plaisirs en famille. Ça fait un n’importe quoi que j’aime exhiber, un vrai moi, dans ma sensibilité et mon too much, dans les jeux d’enfants et mes envies plus soft porn qu’une partie de Guess Who.

Je vous invite aussi à lire ce que j’ai écrit récemment pour Vice, pour Urbania, et plus lointain, pour Tabloïd et le Sac de Chips (je vais recommencer à être plus productive et à moins me masturber, promis, patrons et patronnes.)

Au plaisir d’être relue à nouveau par vous, mes choux et mes chouettes. Bisous à l’eau pêche & abricot!

Je n’ai pas encore moulé mon anus en chocolat

janvier 23, 2019

melody4coul

photo par François Couture

Il y a longtemps que je ne vous ai pas écrit. Je partage plus souvent des photos de mes fesses que des mots sur le web. Mes fesses sont jolies mais ça me manque, m’exposer sur mon blogue, écrire un paragraphe sur le dernier rêve érotique que j’ai fait (un baiser attendu d’une copine, dans la neige, mais qu’elle ne m’a pas donné, comme une déception mais toute tendre), ou le goût du foutre de mon mec.

Cette semaine j’ai trouvé une mood ring et je suis très heureuse. Il y a une couleur pour romantique, ce que je ne suis jamais sauf lorsque mon mec est à deux secondes de rompre avec moi, et je suis toujours soit détendue soit agitée.

Je me fais jouir encore tous les soirs sinon je ne dors pas. Je bois trop souvent sous les couvertures et moins dans les bars. Quand je regarde des photos de mes sorties entre copines j’ai envie d’écrire de la poésie et d’aller au strip karaoké chanter Barbie Girl.

Demain je vais lire des mots cochons

mars 14, 2018

photo par Edwar Noize

Le Festival Dans ta tête organise une soirée de poésie et j’y ai été invitée. Je suis très triste de ne plus écrire de la poésie. Avant j’écrivais sur les seins de Victoria Beckham/ les filles de Ciudad Juarez/ tous les mecs qui m’ont demandé de leur dire je t’aime quand ils venaient juste de me lécher devant une émission des Simpsons dans une villa mexicaine. J’écrivais aussi sur les céréales Alphabits. Je n’écris plus de poésie mais peut-être qu’un jour je recommencerai.

Demain je vais lire un extrait de Juicy. Je ne sais pas encore comment je serai habillée ni si je porterai une perruque.

C’est au Vitrola, dès 20h, au 4602 rue Saint-Laurent.

Tout ceux impliqués là-dedans sont assez géniaux pour que vous braviez tempête de neige/mercredi soir/drame existentiel : Rosalie Asselin, Emmanuel Deraps, Jean-Guy Forget, Loriane Guay, Emmanuelle Riendeau, Stéphanie Roussel, Carole David, Marie Darsigny, Mélanie Jannard, Daniel Leblanc-Poirier, Jean-Christophe Réhel, Mathieu Renaud, Mathieu Arsenault, Frédéric Dumont et VioleTT Pi.

Voici comment Emmanuel Deraps décrit la soirée :

« show excès friendly

à jeun ou imbibé·es

les troubles-fêtes des événements mondains

la dégénérescence de la poésie de ruelle

givrée des deux versants de la page

l’excitation en prime

vous a dégoté

un bouquet de prestations

fraiches et ravissantes

indélébiles »

Quand Pierre-Yves McSween écrit à mon patron pour demander mon congédiement

mars 12, 2018

Samedi, le comptable/auteur/chroniqueur Pierre-Yves McSween s’est interrogé sur Facebook à propos d’une annonce immobilière. « L’annonce ne dit pas « à 23 secondes d’un bar de danseuses de la rue Ontario »…ni à 1 minute du Bercy : restaurant de haute gastronomie. Je me demande pourquoi… » Une amie escorte m’a fait parvenir une capture d’écran. Les escortes ne vivent pas enchaînées à un lit de motel : nous nous parlons de tout, des éponges à utiliser quand nous sommes menstruées, des mauvais clients et de tous les jugements qui nous pourrissent la vie, comme celui de Pierre-Yves McSween.

Dans le fil de commentaires de sa publication Facebook, il en profitait aussi, selon une jeune femme qui avait communiqué avec lui et qui habite avec sa fille à deux minutes de la maison en vente, pour dire qu’il fallait manquer de jugement pour habiter un quartier comme ça, plein de « prostitution de rue et de drogues », et que c’était donc nocif pour les enfants.

Je lui ai rétorqué, via Twitter, que si ce n’était pas indiqué, le Bercy et le bar de danseuses nues, c’était peut-être parce que tout le monde avait encore les mêmes préjugés que lui (outre le fait que les agents immobiliers n’ont pas à faire la carte touristique de chacune des demeures à vendre).

Il en a profité pour interpeller mon employeur, le Sac de Chips du Journal de Montréal, via Twitter et messages privés, afin de comprendre pourquoi j’étais encore une de leurs employées. Il a aussi souligné que je ne savais pas lire.

Ce n’est pas vrai.

J’ai déjà lu à voix haute un essai pendant que j’étais filmée, la queue d’un mec entre les fesses.

J’ai lu aussi beaucoup de livres avant d’avoir dix-huit ans et mille amants, j’ai lu Du côté des petites filles, la même édition que ma mère avait lue d’abord, celle qu’elle avait annotée et soulignée au crayon Bic, j’ai lu un recueil de poésie américaine dans le sable; je l’avais acheté dans une librairie où il y avait trois ou quatre chats, j’ai lu Virginie Despentes et des revues Maxim, et le lendemain je ne tuais personne. J’allais enseigner le ski à des enfants de quatre ans ou je chantais Hit me baby one more time et Evita dans l’escalier de mon école privée.

Aimer pour ne pas avoir à se prouver que tout est possible ailleurs

C’est une amie qui chantait avec moi. Elle habite en Suisse maintenant. Je n’ai jamais voyagé, je le regrette, ça et ne pas être devenue une espionne, ce sont peut-être mes seuls regrets. Quand j’ai eu dix-huit ans je suis tombée en amour avec le même homme qui m’avait laissée quand nous avions quinze ans. Il préférait jouer au base-ball avec ses copains plutôt que de me tenir la main. Je me suis mariée avec lui au lieu de devenir une fille au pair dans une famille londonienne. C’était par amour ou parce que comme ça, je n’avais rien à prouver. Je n’avais pas à apprendre à cuisiner autre chose que des grilled cheese. Je n’avais pas à apprendre à conduire. Je n’avais pas à prendre l’avion sans laisser à mes parents des lettres dans lesquelles je leur disais des secrets, si j’étais trouvée morte dans l’océan. Je leur laisse toujours des lettres comme ça, dans des paquets de céréales ou au congélateur. Si je disparais, ils sauront tout de moi, entre des croquettes au simili poulet et des morceaux d’ananas congelés.

Si je suis devenue escorte c’est parce que je trouvais ça ennuyant être libraire. Pas parce que je ne savais pas lire. Ni parce que je suis faite pour plaire. J’ai les yeux cernés. Je ris en grognant comme un cochon. Je mange des Cheetos et de la pizza toute garnie au lit. Je ne sais pas plier un drap contour et je n’ai pas envie de regarder des vidéos sur youtube pour savoir comment. J’ai les ongles cassants, et même si je prie le soir avant de m’endormir, je ne pardonne pas ni n’oublie facilement, je ne veux pas, je me souviens encore du goût des derniers repas avant chacune de mes ruptures, je me souviens des ballerines que je ne pouvais pas porter pour toi, je me souviens de tout sauf de la première fois que j’ai vu ma fille.

Les filles comme moi qui sont payées

Je me souviens aussi de toutes les remarques faites sur les filles comme moi. Les filles payées pour des fellations avec condom à la menthe. Les filles payées pour écouter. Les filles payées pour sommeiller entre une réunion d’affaires et un vol vers Tokyo. Les filles payées pour caresser les marques d’une guerre sur le dos d’un homme ou celles d’un cancer. Les filles payées pour aimer les cicatrices. Nous les aimons souvent les cicatrices. J’en ai au poignet. Comme des bracelets tracés au couteau. J’avais quinze ans, seize ans et plus de vingt ans. C’était pour ne pas hurler.

Maintenant je hurle et je porte les bracelets de boutons et de fil de pêche que me créent ma fille.

Tout ce que je sais faire à part chanter l’alphabet

Quand un homme connu, cette fin de semaine, a ridiculisé les filles comme moi, a écrit que c’était nocif, élever des enfants dans un quartier avec des filles qui dansent et des filles qui sont debout sans attendre un autobus, avant d’écrire que je ne savais pas lire et qu’il ne comprenait pas pourquoi j’écrivais encore, pourquoi j’étais payée pour écrire, je ne l’oublie pas.

Je sais sucer. Je sais aussi encore pleurer devant des films pour enfants. Je suis allée voir Ferdinand, avec mes enfants et mon amoureux, et j’ai pleuré, quand, devant le gentil taureau, les spectateurs ont lancé des fleurs rouges. Je pleure souvent. Je sais pleurer et choisir un mascara bien waterproof.

Et je sais lire, même si je n’ai pas lu le livre de celui qui s’est moqué de moi et même si je ne me sentirai jamais plus importante que ceux qui ne savent pas. Il y a un homme qui venait me voir avant, il me parlait de la marque de ses jeans et de Wong Kar Wai, et je lui parlais de littérature nordique. Il y un autre homme qui était un soir médecin et un mois après il construisait des gratte-ciels ou vendait des cellulaires. Il y en a d’autres qui me prenaient dans leur bras et ça suffisait pour qu’ils se jouissent dessus. Un qui m’a demandé s’il pouvait chuchoter salope à mon oreille. Aucun pour me faire sentir comme si je ne méritais pas d’écrire et d’être entendue quand je hurle doucement ou quand je rentre des faux ongles dans la paume de mes mains.

Je demande des excuses.