Archive for the ‘copines extras’ Category

Toutes des licornes

février 9, 2017

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L’an dernier, un mois avant le 8 mars, la journée célébrant les femmes du monde entier, j’avais décidé de faire le portrait de femmes inspirantes. Inspirantes grâce à un minuscule détail – le pantalon de corduroy rouge qu’une portait avant d’aller nager – ou grâce à tout ce que je connais d’elle, leur adolescence, leurs voyages en mer, leur foi ou leur craintes.

Cette année, je ne pourrai être aussi assidue, mais je vous propose de découvrir ou relire certains portraits de l’an dernier.

Marilyne ne vend pas de limonade 

Anne a un visage de chat 

Delphine ne se soumet à rien 

Élisa est une conquérante 

Bisous à la tartinade de betteraves!

Roméo et Juliette dans la ferraille

septembre 26, 2016

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Vendredi dernier il y avait des voitures à frapper avec des branches, un camion de pompiers abandonné, des pouliches, des tasses de porcelaine, une revue Super8filmaker de 1974, avec Spiderman en couverture.

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J’avais suivi une amie dans un décor de film, chez Auto Parts Colmor, une cour à ferrailles, tenue par un monsieur aux yeux vitreux, accueillant et mystérieux.  Nos fils se poussaient dans des voiturettes en plastique, cherchaient à reconstituer des bicyclettes et je lisais des cahiers trouvés dans une roulotte. Les traces de l’amour des autres.

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Une riche américaine à coups de je t’aime, c’était noté ça dans un carnet, et j’ai trouvé ça parfait.

Je suis dans le camion de pompiers abandonné. Je mets cette photo juste parce que je trouve mes yeux trop beaux.

Je suis dans le camion de pompiers abandonné. Je mets cette photo juste parce que je trouve mes yeux trop beaux.

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Je ne vous montre pas celle de mes seins contre une icône

juin 26, 2016

Mélodie Nelson

photo par Myriam Lafrenière

Je voulais être un personnage. C’était plus facile pour moi, vouloir être un personnage que d’écrire ou whatever. Puis finalement personne ne pouvait écrire sur moi comme moi je pouvais écrire sur moi, personne pouvait dire ce que ma mouille goûtait parce que j’étais la seule qui écrivait mouille dans mes cours de création littéraire à l’université, une fille insistait pour me dire qu’il existait un vrai mot pour ça, c’était cyprine. Et je savais c’était quoi la cyprine. C’était un beau mot, mais moi ce que j’avais entre les jambes, c’était de la mouille.

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Je suis plus vieille maintenant et je n’écris pas assez et parfois devant le miroir ou sur mon tapis de yoga je redeviens un personnage. Je pensais pas trouver quelqu’un qui voudrait me voir vivre en personnage, en moi exagéré, en moi en bikini/lingerie/perruque blonde/legging made in China fushia dans une église.

Mais Myriam Lafrenière partage avec moi un désir d’images fracassantes, de féminité exacerbée parce qu’elle aime toutes les formes que la féminité peut prendre, elle aime les melons d’eau de David Lachapelle et j’aime les crottes de fromage que Pamela Anderson lance dans les airs pour David Lachapelle.

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Nous avons joué ensemble, dans une église, et j’étais extatique, sauf le moment où j’avais du rouge sur les dents/des Cheetos sur les dents et qu’une dame est entrée pour prier. Je ne savais plus comment me rhabiller, j’étais mortifiée et je répétais le mot grotesque à Myriam.

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J’étais son personnage, à Myriam, mais aussi une fille de trente ans qui se prenait un peu pour Amanda Lepore/Pamela Anderson et Courtney Love – et c’était mieux qu’à mon mariage, alors que j’avais demandé à ma cousine de me prendre en photo, juste avant que je ne vomisse, parce que je trouvais que je devais avoir l’air top et trash, au-dessus de la cuvette, bleachée et en bikini à cerises.

Se faire prendre et reprendre par Myriam

mai 6, 2016

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C’est le plus beau cadeau de fête des mères mais je m’y prends trop tard pour vous le proposer.

Ce n’est pas un jouet Lelo, même si gosh, j’en voudrais un, avec un croissant aux amandes on the side.

C’est le plus beau cadeau de fête des mères mais je m’y prends trop tard pour vous le proposer et ce n’est pas si grave, parce que ce cadeau, vous pouvez le donner tout le temps.

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Cet automne, je me suis fait prendre et reprendre en photo par Myriam Lafrenière. J’avais peur d’oublier c’était quoi, être mère, parce que je retiens tout et j’oublie tout, sans prévenir, je retiens la respiration de mon fils quand il est né, lourde, lourde, inquiétante, son nez, contre mon sein, il savait téter, mais il ne savait pas respirer, je retiens le manque de sommeil, mais j’oublie, j’oublie beaucoup de sourires, j’oublie qu’ils m’aiment parfois. J’avais peur d’oublier notre complicité, ma fille qui grandit mais qui a besoin de moi, de mes câlins, du tissu de ma robe contre ses cheveux de feu, de ma peau contre la sienne, pour l’endormir, pour lui promettre que je suis là, elle peut me sentir, elle sait quand je mets de la crème, elle me dit alors tu as mis la crème à la noix de coco, et je dis oui.

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J’avais peur d’oublier certains moments. J’ai demandé à Myriam de les prendre, ces moments, de les subtiliser à l’oubli, et elle a accepté, et elle est restée, des heures, avec nous, devant nous, à nous tendre son amour et son talent, pour que je n’oublie pas, pour que mes enfants sachent que je les aime même quand je suis une maman qui pleure ou une maman qui crie ou une maman qui dort pendant qu’ils font du bruit.

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Myriam, je vous invite à vous l’offrir en cadeau, pour la fête des mamans, ou, aussi pour d’autres occasions, regardez son portfolio, elle n’est pas juste une photographe de mamans, elle sait capter tout ce qui est beau, tranquille ou sauvage, sur la peau d’une autre personne.

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Sa page Facebook.

Son site web. 

Pénis mou ou poissons vivants?

mars 29, 2016

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Je suis sortie pour acheter des avocats et des mûres et je croise une voisine avec qui je veux boire une bouteille de vin depuis un siècle.

Je lui souhaite un joyeux anniversaire, nous nous embrassons et commençons à parler de pénis sur un trottoir de la rue Masson.

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-Le monde est vraiment hypocrite. En Allemagne, c’est bien, et au Japon ils sont vraiment ouverts, mais parfois c’est juste trop weird.

Je n’ai jamais vraiment réussi à bien saisir la sexualité au Japon. Ce que j’en sais, c’est qu’il y a des love hotel, un gros taux de suicide parce que les gens travaillent plus qu’ils ne baisent, des femmes avec des pubis poilus, des sex toys fascinants et angoissants et des restaurants où les clients peuvent grignoter la raie des fesses de beautés fatales.

Je demande à ma voisine, une fille sublime surnommée Madonna par ma fille, qui, elle, est Lady Gaga, de me dire ce qui pour elle est trop weird.

manger de la nourriture vivante

– Ils doivent s’ennuyer à un moment donné tellement tout est extrême. Genre ils mangent des poissons vivants. Ça leur colle sur les joues et tout. Alors une fille qui se ramasse devant un pénis tout mou, qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse ? C’est pas impressionnant.

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Et ma voisine, qui est scandaleusement expressive, me mime l’art de manger des poissons vivants et l’art de branler un pénis non circoncis.

Si c’était possible, je voudrais la croiser tous les matins, elle me rend plus souriante que deux heures de sommeil en extra et plus vivante qu’un espresso.

Myriam s’est mariée sur un coin de rue

mars 7, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

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Elle est assise dans le lit de mon fils. Elle participe au délire des enfants : elle n’est pas assise dans le lit de mon fils, mais plutôt dans un bateau avec trois pirates et elle raconte des histoires de vomi.

Ma fille l’a fait répéter, impressionnée par tant d’interdits, elle veut entendre le mot, réentendre l’histoire, la garder en tête, pour la raconter à son père et se la raconter avant de s’endormir.

Myriam, en voyage, entre deux pays, a bu jusqu’à six heures du matin, avant de prendre un bateau. Elle avait un petit sac à vomi parce que la mer était trouble, c’était tempête, et son petit sac à vomi, comme celui de tous les autres occupants du bateau s’est vite rempli. Tout le monde était sur le quai et c’était grandiose, pour ma fille, d’imaginer une trentaine de personnes vomir en même temps.

Myriam a beaucoup voyagé, avant d’avoir des enfants et de porter des robes.

La grand-mère de Myriam devenait folle à chaque naissance, elle a eu huit ou neuf enfants, des décès, des enfants portés par les plus grands, alors qu’elle se reposait, perdue, destabilisée, dans un lit, à se réinventer un cocon ou à se rappeler son prénom.

La naissance de ses enfants a plutôt donné envie à Myriam de porter des robes.

Je l’ai connue en robe, dans sa cuisine tout aussi fifties que ses robes, j’ai connu Myriam alors qu’elle n’était plus sur un cheval en Italie, mais dans une cuisine ou dans un parc, ouverte à toutes les bêtises des gamins, gardant un œil sur sa tapisserie, demandant moins de bruit si elle se devinait une migraine, mais ouverte à construire des maisons en coussins, à offrir son chaton aux caresses de pompiers de deux et trois ans, à coller partout des personnages colorés, à laisser les billes glisser sous tous les meubles.

Elle concocte des cocktails en été, boit du scotch sous un parasol ou affalé dans un bean bag, retire ses robes pour son amoureux. Elle prend des photos et capte la tendresse dans tous les petits gestes, elle capte la beauté des miettes de bretzels sur une langue et des accidents d’autos en plastique, la sensualité de tous les tissus et brin d’herbes. Elle prend des photos et en a peu d’elle, et c’est dommage, parce que Myriam, elle est belle avec ses taches de rousseur et ses cheveux attachés ou détachés, et quand elle raconte des histoires pour enfants ou des histoires de champignons magiques, elle s’anime et devrait se retrouver sur mille photos.

Myriam n’a presque plus peur d’être sa grand-mère, sa mère, ou ses sœurs. Elle s’est mariée sur un coin de rue, a attendu des années avant de marcher sous la neige avec traineau et enfants derrière elle, et met du Gainsbourg chez elle, sans y penser, quand je viens la voir pour faire semblant de cuisiner des biscuits au chocolat.

Stephanie sous la neige

mars 6, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

Stephanie

Je me versais de la vodka et de la Red Bull sur les seins et elle faisait semblant de laper. Elle ne buvait que de l’eau, et ce qu’elle réussissait à laper sur ma peau. Nous dansions, nous nous touchions, nous demandions à un barman de nous prendre en photo avec des sucettes dans la bouche ou avec le chapeau et la casquette de tous les clients du Confessionnal.

Elle terminait la soirée seule sur le plancher de danse, collant, elle dans ses robes de chez Marciano, ses robes comme ses lèvres, rouges, goûteuses, pleines. J’étais effondrée, à penser à un taxi ou à mon mec qui venait de me ramasser trois fois sur le sol, mes talons hauts ne supportant pas mes envies alcoolisées de danser comme Beyoncé.

Stephanie, elle, à trois heures du matin, elle terminait seule sur le plancher, à danser comme dans un vidéoclip, et elle suivait chez lui son amoureux, celui qui refusait de lui dire je t’aime en français, parce que ce n’était pas vrai, alors il lui répétait dans toutes les autres langues possibles.

Nous avions le même manteau et des désirs identiques, nous n’étions pas embarrassée de nous raconter nos rêves, nos obsessions, les photos nues qu’elle avait déjà envoyées à son patron, et je n’avais pas besoin de vodka ni de Red Bull pour lui révéler à quoi je pensais quand je me touchais.

Nous dansions autant que nous pleurions. J’étais sa petite sœur, elle ma grande sœur, pendant près de deux ans nous nous sommes envoyés des milliers de textos en anglais et en français, et confié des secrets, les yeux rougis, le visage blême, la morve sur nos robes Marciano, he doesn’t like me, he says I’m perfect and I am, I really am perfect for him, but he does not want me, et je la serrais dans mes bras et c’était ma petite sœur, et le poids de nos tristesses étaient plus lourd que le poids des boucles que nous portions aux oreilles.

Pendant une période de nos vies, nous nous détestiions mais nous aimions l’autre, je l’aimais parce qu’elle était naïve, elle croyait que Madonna n’avait jamais subi de chirurgie, je l’aimais parce qu’elle était vraie, et qu’elle se relevait de tout, de se faire défoncer par des mecs qu’elle n’aimait pas, de ne pas se faire assez aimer par sa maman, elle se relevait de tout, des maux de dos, des journées de trente heures, de la mort de son chat, et elle ne se plaignait pas, sauf si nous étions seules, et que nous pouvions, dans le noir ou sous la lumière blafarde d’une salle de bain, la veille du jour de l’An, se révéler à l’autre sans que personne ne nous entende.

Nous nous sommes revues il y trois ans, sous la neige, ses cheveux, sous la neige, son visage, sous la neige, elle était belle, puis nous avons continué à nous écrire, parfois, son anniversaire en janvier, son nouvel amoureux, nous ne nous invitons plus à danser, je ne danse plus, puis la dernière fois que nous nous sommes parlées, j’étais seule dans la chambre de ma fille et Stephanie me disait qu’elle avait peur, quand nous nous sommes connues, nous avons connu aussi le même homme, un soir pour ma grande sœur, et plusieurs soirs pour moi, et cet homme-là, au téléphone elle m’a dit qu’elle refusait de penser à lui, et à ces années-là, he won’t have to find me.

Le rire de Dana

mars 4, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

Dana deux - Lauren Parker Photography

Dana ne pleure pas pendant Paul à Québec.

Deux amies nous avaient prévenues : « Amenez des mouchoirs. Le lendemain, quand nous sommes allés cueillir des pommes, nous ressemblions à deux filles qui avaient fêté toute la nuit, avec nos yeux gonflés et rouges. »

Dana, assise à côté de moi, ne bronche pas. Elle rit quand je m’étouffe chaque fois que je pense au raton laveur, elle rit surtout parce que je ris exagérément.

Quand nous sortons du cinéma, elle me dit que ça faisait longtemps qu’elle n’y était pas allée, et que c’était triste comme film mais pas vraiment triste, puisque des gens qui meurent moins bien entouré que le beau-père de Paul, elle en voit souvent, à l’hôpital. Ou en Roumanie. Son père, brûlé. Et le dictateur, exécuté à bout portant par un soldat encore nerveux d’en parler. Le soldat confiait, il y a deux ans, que son grand-père, un prêtre emprisonné sous Ceausescu, lui avait dit que tous ses péchés, ceux d’avoir tué deux personnes qui n’étaient par armées, soit Ceausescu et sa femme, tous ses péchés étaient pardonnés.

Dana se souvient des discours de Ceausescu, des applaudissements, puis des huées. Des insultes lors de l’exécution, télédiffusée. Elle se souvient aussi de l’uniforme qu’elle portait, fièrement. Il était beau, l’uniforme, et les écussons sur son gilet.

Nous marchons ensemble, et je sais que nous pourrions marcher longtemps ensemble, en placotant, ou en silence, parfois le silence est inconfortable, mais pas avec Dana, Dana elle connait la fatigue, la patience, nous pourrions marcher sans rien nous raconter, juste heureuses d’être sans garçonnet dans les bras ou au sein, juste nous, sans les enfants, sans nos hommes, nous dans le noir, près du jardin botanique.

Dana se rend souvent au jardin pour tricoter. Le tricot lui permet de ne penser à rien et de faire des pantoufles aux couleurs de La Reine des Neige. Depuis qu’elle est toute jeune, elle aime les activités qui demandent des mains minutieuses. Elle fait de l’origami, des centaines d’oiseaux en papier japonais, des oiseaux rappelant la légende des mille grues.

Cette légende raconte que si mille grues sont pliées en un an, et qu’elles sont retenues par un lien, une cordelette, un fil de pêche, si les mille grues sont liées entre elles, en un senbazuru, nos vœux de santé, de longévité, d’amour ou de bonheur seront exaucés. Il est recommandé aussi de fabriquer le senbazuru pour une personne en particulier, et de faire une prière pour chaque oiseau de papier terminé.

La légende a ainsi inspiré Sadako Sasaki, une jeune fille leucémique suite au bombardement de Hiroshima. Elle est morte, après avoir plié 644 grues. Ses camarades de classe ont achevé son travail. En 1958, le monument de la paix des enfants a rendu hommage au labeur de Sadako Sasaki, victime de la Deuxième guerre mondiale, et de ses camarades de classe : le monument immortalise Sadako, tenant une grue en or dans ses mains.

Au bas du monument, ces phrases: « Ceci est notre cri. Ceci est notre prière. Pour construire la paix dans le monde. »

Dana ne crie pas, je ne sais pas si elle prie, et elle ne pleure pas pendant Paul à Québec, mais quand elle se sent touchée par quelque chose, ça la gêne parfois, et alors elle va camoufler sa gêne dans un rire, étouffé, ou un rire en cascades. Dana ne rit pas que du raton laveur dans Paul à Québec ; elle rit quand on lui dit qu’elle a de belles jambes, de beaux sourcils, elle rit quand elle dit qu’elle n’a pas eu de gâteau pour son anniversaire.

Dana devrait toujours avoir un gâteau pour son anniversaire. Et des colliers choisis par sa fille.

Anne a un visage de chat

mars 1, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

Anne

J’avais oublié son adresse ; je pensais m’en souvenir juste à regarder les fenêtres et les portes sur la rue de Lanaudière. Elle avait mal coupé les rideaux de sa chambre. Je croyais être capable de les deviner. J’avais tort, j’étais entrée chez quelqu’un d’autre, puis j’avais trouvé.

Je suis toujours en retard quand nous nous donnons rendez-vous. Anne a deux enfants, une robe à acheter pour avoir une robe le jour de son anniversaire, des futures mamans dont elle suit les nausées et les questions sur quel jus à prendre pour donner envie à l’enfant de danser la macarena, trois contrats, des photos de seins sur son cellulaire, un conseil d’administration, un maillot de bain à chercher chez une copine, des photos de fesses sur son cellulaire, du Baileys à avaler, une ferme à acheter, un amoureux, une lasagne pour dix à commander, des soirées karaoké et une boisson énergétique au congélateur, tout ça, mais elle n’est jamais en retard.

En compagnie de son fils, elle a sorti des œufs, des bananes, de la farine et des pépites de chocolat. Elle l’a laissé écraser et mélanger. J’étais en face d’eux, assise au comptoir, je les regardais, je regardais une danse, une mère et son fils qui s’échangent des verres de jus, une grosse cuillère de bois, une coquille d’œuf. Son fils est parti courir de sa chambre à la cuisine, de sa chambre au salon, de sa chambre dans mes bras. Anne, elle, a mis le gâteau aux bananes au four.

J’ai des amies qui ont mille vies et parfois j’ai l’impression de leur en demander plus, avec ma vie, qu’elles avec leurs nombres incroyables d’autres vies. Anne, elle ne demande rien. Elle dit quand elle s’ennuie. Elle demande du vin si j’en prends. Elle demande si je veux voir les photos de seins sur son cellulaire, et je dis que non, gênée, mais que mon chéri appréciera, et Anne et mon chéri rient et jugent et regardent des photos de seins, jusqu’à ce que mon chéri se lève pour un autre verre de vin, et qu’Anne vienne me murmurer ses craintes ou ses rêves ou ce qu’un photographe amateur de Fight Club lui écrit sur son joli minois félin.

Anne m’a déjà dit qu’elle voulait se marier dans une robe de la boutique Scandale, mais cette boutique n’existe plus. Elle dit aussi qu’elle ne sait pas si elle peut aimer toute une vie ou juste deux ans ou dix ans, elle n’a jamais eu l’air très certaine, même amoureuse, même grosse parce que les stérilets ou la pilule ça ne fonctionne pas sur les amazones, elle n’a jamais eu l’air très certaine, même si elle le souhaite pour d’autres, mais maintenant, maintenant qu’elle est avec un ours, son cœur libre a l’air libre avec un homme dessiné pour elle, un homme indolent, qui trouve des lettres d’amour sur un trottoir et qui raconte des histoires d’écureuil tué par erreur, sur une clôture en banlieue.

J’ai déjà pensé qu’Anne ne m’aimait pas.

Quand je l’ai connue, avant le gâteau aux bananes, son auto défoncée dans le quartier gai, le costume sexy de Jasmine enfilé dans son appartement, et ses inquiétudes pour moi quand j’allais faire des adieux à un homme dans un parc près de chez elle, quand je l’ai connue j’avais presque peur d’elle.

Je ne connais peut-être personne de plus faussement terrifiant, de plus doux, de plus tranquille même dans des sables mouvants, Anne veut tout, je crois qu’elle veut tout, mais elle veut surtout profiter de tout ce qui lui est offert, et j’aime quand elle me guide, dans une de ses vies quand la mienne la croise, sur un quai, à écouter, la nuit tombée, and thieves will sneak into your mind/ when you love too much/to make you believe you’re missing something.

Valérie aime trop Elton John

février 9, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

Valérie best friends t-shirt

Quand j’avais treize ans, je pensais que Valérie me détestait.

Nous mangions ensemble, je la regardais jouer au ping pong à la récréation et comparer son t-shirt Jacob à celui des autres filles de treize ans, mais je pensais qu’elle me détestait.

J’ai pleuré devant mon casier. Pleurer quand j’avais treize ans, c’était dramatique, c’était me retrouver dans une scène de film caricaturale. Parfois je trouve que mon visage est beau quand je pleure. À treize ans, c’était pas beau.

Et c’était pas vrai, finalement, qu’elle me détestait.

Nous sommes devenues amies. Je n’ai jamais compris pourquoi elle aimait tant que ça Elton John, mais j’étais vraiment heureuse d’avoir une amie qui avait le cd de Pink. Elle, je ne sais pas ce qu’elle n’a jamais compris de moi. Mes coups de pieds au parc. Mon idée que j’étais une vraie de vraie sorcière. Mon incapacité à bien ranger mes verres de contact dans l’étui prévu pour ça.

Certaines personnes sont toujours là. Valérie est toujours là. Avec des éclairs au chocolat homemade ou des drinks bleus trop forts. Même dans un autre pays, comme maintenant. Elle dit qu’elle ferait tout pour moi, « sauf de me promener à poils sur le toit d’un édifice en plein hiver montréalais en faisant la poule, ça je pourrais pas. »

Je lui dois un cœur, trois vies, mille nougats aux jujubes du Sucre Bleu. Je ne sais pas si j’arriverai à lui donner autant qu’elle m’a donné.

Quand elle est triste, je peux juste la prendre dans mes bras et ne pas lui répéter qu’elle est belle, parce qu’elle ne le croit pas toujours, et ce n’est pas important, se faire répéter tu es tellement belle, quand toi, tu ne le crois pas, et que c’est la Saint-Jean-Baptiste, à Repentigny, dans un champ, elle pleurait et je ne savais pas si elle avait bu ou non, je ne le sais pas encore, est-ce que tu avais bu, Valérie, elle avait marché toute seule, puis elle était revenue, et elle était tombée dans nos bras et elle pleurait et toutes ses amies et moi nous ne pouvions que lui dire qu’elle était la plus belle, mais elle le refusait.

La prochaine fois que tu pleures, je te dirai juste je t’aime ou I wuv you, comme sur les t-shirts de la Place Versailles, avec des chiots mignons et des anges.