Archive for the ‘reading is sexy’ Category

More than a woman

mars 25, 2020

Shot with NOMO INS W.

merci à H pour le moment joyeux qu’elle m’a confié

J’ai un ami qui note dans un calendrier des Scouts toutes les ouvertures de nouvelles places de ramens. L’an dernier, je l’ai accompagné à deux reprises. La dernière fois c’était après que sa blonde soit partie en Colombie-Britannique. Elle est dans l’armée et elle doit suivre ce qui est attendu d’elle, pas juste savoir bien faire son lit le matin. Elle sera à Victoria pendant trois ans et la nouvelle avait assommé mon ami. Nous avions bu sur la rue Saint-Hubert, lors d’un vernissage de portraits de femmes qui font pipi accroupie dehors. Moi je suis allée une seule fois faire pipi dans la nature et c’était lors d’une Saint-Jean-Baptiste.

C’était à la campagne. Mon voisin jouait de la guitare en amateur sur une scène. Il faisait rimer « Québec » avec « s’il te plait un bec. » J’étais au secondaire; c’était la deuxième fête de la Saint-Jean où je n’accompagnais pas mes parents à la fête du village. Je me rendais au même endroit qu’eux, mais une heure plus tard, avec des gourdes de Sautons en cœur, remplies de bière blonde. Mes amies et moi avions peur qu’il y ait un gardien de sécurité alors nos gourdes étaient dans nos culottes, et nous avions attachés autour de nos tailles un gros chandail à capuchon.

Quand nous sommes entrés dans le parc il n’y avait pas de gardien de sécurité. Il y avait une tente sous laquelle des bénévoles donnaient des drapeaux et vendaient des chips, des 7up et de la Molson. J’avais reconnu des groupes d’élèves de notre école. Une fille portait la paire de shorts que je voulais au Ardène du centre commercial à quarante-cinq minutes de tracteur de chez moi. L’été je travaillais dans la buanderie de mon oncle, mais mon rêve c’était de travailler au Ardène et de dépenser la moitié de mon chèque de paie pour les sacs à surprises, vendus à la caisse, plein de lunettes fumées, de pinces à cheveux rose fushia et de bas en dentelle.

Une de mes amies est allée embrasser sa cousine. Elle a fait semblant qu’elle avait l’habitude de fumer du pot, comme si elle faisait ça encore plus souvent que de se couper maladroitement le toupet. Elle s’est étouffée. Je lui ai piqué le joint. J’ai tiré dessus et quand j’ai soufflé la fumée, je me suis sentie vieille, prête à déménager à New-York, à avoir un agenda aux cases remplies de cours de pastels gras, des pantalons patchés avec des étoiles. Je saurais un jour comment patcher mes pantalons. Fumer me fait encore cet effet. C’est le moment d’expirer, de tout projeter vers ailleurs, qui me donne l’impression d’avoir le contrôle sur tout.

J’ai passé le joint à la cousine et j’ai pris la main de Lena, une autre amie, pour que nous nous trouvions un arbre à nous, sous lequel s’asseoir et boire ce qu’il y avait dans nos gourdes de Sautons en cœur. Nous nous sommes arrêtées de groupe en groupe, avant de nous joindre finalement à des filles un peu plus vieilles. L’un d’elle sortait avec le frère de mon amie. Elle m’avait raconté qu’ils n’avaient pas la permission d’aller s’enfermer dans une chambre, alors mon amie avait la responsabilité de les divertir et de leur proposer de jouer aux dominos ou au Scrabble dès que les parents avaient peur d’une grossesse non désirée sur leur canapé, à coups de bassin dans des jeans serrés. J’étais contente de ne pas avoir de frère.

Nous ne buvions pas trop vite, nous voulions avoir de la bière jusqu’à minuit, mais chaque gorgée me donnait l’impression d’être plus saoule qu’à Noël, quand mes parents me donnent un verre de champagne. Il y avait les feux follets créés par tout ce qui se fumait, les rires, l’odeur de la bière renversée et de la sueur et de ceux qui espéraient baiser. Ils sentaient les échantillons de parfums de pharmacie et le bal de finissants raté.

Quand j’ai eu envie de pipi, j’ai juré que je serais incapable d’y aller toute seule. J’avais peur de couleuvres ou juste de me perdre et de passer la Saint-Jean-Baptiste à regarder des ombres sans deviner mes amies. Lena a proposé de m’accompagner. Nous avons avancé vers le fleuve Saint-Laurent, dans les hautes herbes à des dizaines de mètres de la berge. Je riais, je ne savais pas comment me placer. Lena m’a dit de baisser mon pantalon et de faire comme elle. Je craignais de faire pipi direct dans mon pantalon, alors j’ai d’abord retiré mes baskets, puis mon pantalon. J’ai mis ma petite culotte sur le dessus de mes jeans, pour ne pas qu’elle soit souillée. En prenant ma main, Lena s’est accroupie. « Ferme les yeux et fais comme si tu participais au concours du plus gros pipi du monde. »

J’ai d’abord senti que ça coulait sur ma cuisses et après, un jet, plus fort, entre mes jambes. J’étais fière d’avoir réussi à faire pipi dehors, comme si je méritais une mention très bien dans mon prochain bulletin. Je me suis rhabillée lentement, avec précautions, et j’ai repris la main de Lena. En marchant vers les feux follets et la musique et les moustiques qui aiment me piquer derrière les oreilles, je me suis tournée vers elle et elle était déjà tourné vers moi. C’était peut-être juste pour me demander si j’avais encore de la bière dans ma gourde. Je l’ai embrassée. C’était la première fois que j’embrassais une fille. Elle a serré fort ma main et son autre main est venue se déposer sur ma queue de pouliche. Elle a joué avec mes cheveux, les emprisonnant dans ses doigts, les libérant, et toujours le même mouvement, répété. Je ne voulais pas cesser de l’embrasser.

Maintenant je suis à Montréal et Lena est sur Facebook. J’aime cuisiner à la maison, avec les poils de mes chats comme accompagnement, trop souvent. Je n’aime pas particulièrement les ramens, mais j’avais invité Béatrice, ma nouvelle fréquentation, à la place que m’avait faite découvrir mon ami, quand son amoureuse était partie pour une autre province. Juste avant que nous soyons tous séparés, par l’isolement, pas par des vacances d’été d’école secondaire, nous avions profité d’une soirée ensemble. Nous nous connaissions un peu, nous avions été quelques fois à des lectures de poésie ensemble. Et cette soirée, c’était notre dernière, mais nous ne le savions pas.

J’y avais pensé, parce que je regardais les journaux, sans faire exprès, toute cette actualité qui ne me ramenait à rien, encore moins dans ses bras. Je n’avais rien dit, je n’avais pas parlé de ma peur et je n’avais pas proposé que nous regardions nos horoscopes. J’avais parlé de nos prochains plans, du jardin qu’elle voulait m’aider à organiser, pour les herbes dont je saupoudre tous mes plats, et elle m’avait rappelé qu’il y avait un cours de danse ouvert à tous au studio où elle étire ses jambes et les plie et fait mine de casser tout son corps, pour le reconstruire dans des chorégraphies que je ne connais pas encore. C’était trois jours plus tard.

Nous ne pouvions pas nous embrasser, ce soir-là. Quand nous sommes parties, chacune de notre côté, dans un escalier mécanique différent, et que nous nous sommes retrouvés face à face sur les quais du métro, j’ai mis la chanson More than a woman dans mes écouteurs.

J’ai dansé pour elle. Nous ne nous étions pas embrassées mais elle avait souri.

 

 

 

Être toujours à part

décembre 3, 2019

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nous avons l’air pudiques parce que les putes sont pudiques aussi 

Lire Emma Becker ce n’est pas que s’arrêter aux photos d’elle sur Google Images. Ce n’est pas non plus croire qu’elle écrit pour que tout le monde fasse comme elle ou se fasse tatouer le mot pute contre le cœur ou autour de l’annulaire.

J’ai rencontré Emma Becker – Emma Becker, pas « Emma », pas « Justine », je ne me permettrais pas de l’appeler par son prénom comme sur un plateau télé quand elle vouvoie et croise les bras – samedi matin. C’est pour un projet en compagnie d’une journaliste que j’admire et qui garde de ses lectures des passages étoilés et des questions toujours intéressantes. Moi je suis celle qui demande « quel type de mec tu choisirais de payer pour baiser? » J’exagère. Enfin.

Avant de la rencontrer je l’ai lue. Je n’ai pas lu ses premiers livres. J’ai lu des entrevues, dans lesquelles elle parlait des auteurs qu’elle aimait, de bordels aussi, elle parlait déjà de bordels il y a près de dix ans. Du corps. Du désir. Je lirai ses premiers livres. J’ai lu son troisième, La Maison, contrairement à plein de gens qui en parlent, en se vantant presque de ne pas l’avoir lu.

Dans La Maison elle parle de la facilité, de ce concept faussé que les personnes empruntent pour débattre des escortes, comme si elles n’étaient que des corps vaniteux, couchés sur du satin, à attendre les coups de bite et les billets. La facilité, « c’est le mot qu’utilisent les autres, ceux qui ignorent s’il est facile ou non de baiser six fois par jour, de sucer autant de queues et de le faire bien, avec le sourire, sans coup de dent maladroit, sans un soupir d’impatience. »

Alors que sur les réseaux sociaux des autrices revendiquent une littérature qui devraient préserver les jeunes filles de toute envie autre que des brownies et croient qu’Emma Becker a écrit un livre romantique sur la prostitution, Becker décrit la séance d’un mec qui répand sa merde quand il se fait pegger et fait dire à un de ses personnages que « le problème avec ce métier, c’est qu’au bout d’un moment, ton corps ne sait plus quand tu fais semblant et quand tu sens vraiment quelque chose. »

Elle décrit les limites du corps et appelle les lecteurs à tester leurs propres limites quant à la morale et à ce qu’ils aiment. Peut-être qu’ils n’aiment pas baiser. Peut-être qu’ils ne peuvent pas comprendre que des femmes puissent vouloir baiser dans un cadre différent que celui d’un souper au restaurant suivi d’une invitation à prendre un faux café dans un appartement. « Ce métier en appelle à la capacité des femmes à perdre leurs repères et à les retrouver tels qu’ils étaient à la même place. »

Quand j’ai rencontré Emma Becker, elle m’a parlé de l’absence de compétition dans un bordel, de cette bienveillance entre filles, de cette chair qui, peu importe l’âge ou le poids, peut faire bander. En France, alors que des féministes lui disent que sa chatte ne lui appartient plus parce que trop de mecs y ont giclé et qu’elles tentent d’empêcher les passages de Becker hors du lit – parce que les putes, il faut les faire taire et attendre qu’elles meurent, pour parler à leur place, il faut leur inventer des traumatismes d’enfance et une détresse liée au foutre dans leurs cheveux – et au Québec, alors que ce sont Julie Snyder, Sylvie Payette, Evelyne Gauthier et d’autres qui osent remettre en question ce que Becker a écrit, qui osent dire qu’elle invente peut-être tout, je trouve pénible ce sentiment que des femmes en oppressent d’autres.

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Je n’aime pas écrire contre des femmes – quand une réalisatrice a publié l’an dernier la photo de masseuses sur Twitter en demandant aux policiers d’intervenir, j’en ai parlé, sans mettre son nom, même si elle mettait en danger la dignité des travailleuses du sexe, même si elle traçait une ligne de rupture entre elle et ces personnes qui boivent du Orange Crush entre deux clients à masser. Je n’ai pas cette même retenue envers les hommes. Je ne dois rien aux hommes. Ça me brise, de voir des femmes qui préfèrent croire qu’elles sont au-dessus de ça – au-dessus de ce besoin d’avoir de l’argent pour des croissants, des albums à colorier, le loyer, des études, un psychologue pour un enfant.

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Quand Emma Becker parle de travail du sexe, elle parle de temps. Elle n’a jamais dit que c’était un travail comme un autre – même si Julie Snyder, à Tout le monde en parle, le visage en catastrophe, a décidé de rester à l’image d’usine, elle, qui, productrice et animatrice, place des femmes en série et robe, derrière des valises, silencieuses, jusqu’à ce qu’un homme leur donne des ordres, elle, qui, productrice, invite à donner des illusions d’amour pour un condo et des voyages.

Emma Becker l’écrit : « Ça n’a rien d’un métier comme les autres que de louer cette partie-là de notre corps ainsi que cette intimité si large, si vague. Il suffit, pour en avoir le cœur net, d’imaginer la mine contrite de l’employé de banque auquel on répondrait « pute » à la question Que faites-vous dans la vie? On peut être aussi fortes et convaincues qu’on veut, ce n’est pas rien d’être toujours à part. Nul besoin des autres pour le sentir, mais les autres ne se privent pas de le faire savoir. »

J’aime ça venir dans ta tête

octobre 8, 2019

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#inbed #naked #selfie #face #fakeblonde

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Je suis lente pour écrire. Je n’ai pas de raisons. J’ai des journées à chercher des stickers à coller dans mon agenda, des journées à faire des muffins aux carottes qui ne goûtent rien et que les enfants refusent de manger, des journées d’une vidéo de pieuvre qui change de couleur en dormant, des journées à décrire des queues (vous pouvez me demander, c’est un service que j’offre maintenant, la description de vos photos de queues en échange d’argent pour de la vodka), des journées à marcher, à lire, à changer de couleurs de vernir, à commencer un projet, à boire en parlant de commencer un nouveau projet.

Je reste lente pour écrire.

 

Mais cet automne j’ai participé à deux livres qui sont publiés. J’en suis trop fière. Hustling Verses, une anthologie de poèmes de travailleurs.ses du sexe du monde entier. Et Je suis indestructible, un livre-objet d’art, dans lequel je raconte mon agression sexuelle et l’après-agression sexuelle, et aussi toutes les merdes que je suis prête à faire quand je suis en amour.

Lisez-moi please. J’aime ça venir dans votre tête.

 

Je ne sais même plus il y a combien de calories dans une pomme verte mais oh well

avril 28, 2019

J’ai envie d’écrire de la poésie de bimbo, de la poésie sur mes copines, sur les filles avec qui je dansais et pleurais à six heures du matin, j’ai envie d’écrire des vers sur mes seins et mes talons qui cassent, sur les doormen qui étaient gentils mais qui devaient m’en vouloir de tomber partout, j’ai envie d’écrire sur les copines que j’ai perdues, sur celles qui sont là, sur celles que je retrouve, pour une prochaine margarita, cette année il n’y a rien que je ne chérisse plus que la loyauté de mes amies, il n’y a rien de plus fort que ces filles qui m’ont entendue dire les pires conneries, les filles qui ne m’en veulent pas trop, les filles qui m’en veulent mais qui m’aiment, les filles qui sont toujours plus belles que moi et que j’adore pour ça, pour ce qu’elles donnent vie autour de moi, en espérant que je sois capable de leur donner un peu plus que du café et des cris d’actrice de film d’horreur.

J’étais hyper heureuse quand la revue Saturne a choisi un de mes poèmes pour leur cycle de risques. Cette revue offre de quoi de nouveau et d’excitant. Découvrez-la.

S’attendre à ce que des monstres soient moins effrayants que la chair froissée par presque rien

avril 9, 2019

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Aimée n’aime pas la crème glacée mais elle aime les baleines et changer de couleur de cheveux.

Ce n’est pas suffisant pour dire qui est Aimée, mais c’est le genre de trucs essentiels à noter sur Aimée. C’est aussi ma seule amie de l’université. À l’époque, je portais des nuisettes de chez Urban Outfitters et je lisais déjà ses textes et je dansais avec elle, et danser, c’était très particulier, pour une fille comme moi dont le corps était à moitié à moi et à moitié à un rêve.

J’étais escorte et payée pour être touchée, mais dans les cours de danse tout le monde pouvait me toucher et ce rapport me perturbait. Ça reste, encore, les premières mains, sur moi, dès le premier cours, un souvenir de défi et de douleurs. C’était facile, me déshabiller au vestiaire, écouter les autres filles qui vantaient ma maigreur tout en trouvant désolant mon manque de grâce. J’aurais dû bien danser, avec mes jambes et mes bras et mes seins inexistants. Je n’existais presque pas, je découpais mes jupes en jeans et je mettais des push-up bras et je tombais mieux en talons hauts que je ne dansais. Ce que je faisais de pire – tenter d’apprendre à danser – n’était heureusement pas une activité solitaire.

J’étais avec Aimée.

 

Aimée n’aime pas la crème glacée et je le sais seulement depuis que je lui ai envoyé un sticker de crème glacée sur Facebook. Aimée écrit aussi des livres pour enfants. Aimée écrit pour tout le monde, pour les filles dont les souvenirs sont brûlés vif, pour les filles qui sont trop pleines de vide, elle écrit pour moi et pour les autres, et quand je la lis, je la découvre chaque fois.

C’est comme un coup. Imprévisible. Je la connais, elle me dit ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut plus, ce qui la rend triste ou fière, devant un plat chez Pacini – Aimée aime aller chez Pacini comme moi, merci Aimée de combler cette envie de bar à pains et de pizza aux crevettes trop cuites – mais quand je la lis, c’est différent. Je prends ses mots en plein cœur, sans l’interrompre, sans l’empêcher de tout dire, il n’y a plus mes histoires, il n’y a plus nos téléphones qui font des bruits de cristal au moindre texto.

Elle vient de publier Monstres Marins et c’est encore plein de coups que je prends direct au coeur. Des coups et des envies de câlins.

 

 

 

Quand je lis quelqu’un, je continue de parler de moi et d’écrire sur moi, et c’est une habitude horrifiante, se sentir concernée par tout et assez intéressante pour répéter inlassablement ce que je suis. En lisant Aimée, pourtant, ça ne me semble pas si mal, ça me permet de créer un lien, entre elle et moi, entre celle qui « revendique mon [son] eyeliner de pétrole » et n’importe qui pouvant s’imaginer comme « une pierre aux facettes beurrées, un vernis écaillé, des morceaux de Rubik’s éparpillés, une veine qui ressort sur le dos de ta main. »

Shot with NOMO INS W.

Aimée et moi nous nous connaissons depuis des années, depuis la danse, les cheveux rouges, les chats disparus, les clubs vidéo. Nous avons eu le temps de faire des milliers de vœux. Je ne me souviens plus si elle voulait vraiment un fils qui s’appelle Bowie, mais elle voulait un fils, ou une fille, elle voulait autre chose que « le raz-de-marée de ce qui n’a jamais vu le jour. »

 

 

Elle « ne me [se] coupe plus, mais du sang s’échappe derrière moi [elle]. » Il y a l’attente, dans ce recueil, l’attente de l’autre, la continuité de serments qui ne seraient pas que des serments, qui iraient contre la perte ou contre ce qui n’a pas existé, ou « les lambeaux de demain. » Aimée n’est pas seule, mais le semble presque, dans son recueil, où les mots se heurtent parfois au silence, ou plutôt au vide. Incomprise comme la baleine qui l’a inspirée; elle émettait des sons sur une autre fréquences que les autres. Personne ne l’entendait ni ne lui répondait. Aimée a quelqu’un, elle est « le béluga à gogo » d’un « albatros trop chanté. » Elle reste « un musée de mon [son] vivant », spectaculaire, là, pour tout prendre, tout accepter, des marées, du papier cadeau enflammé, mais elle ne gagne pas « au bingo sur le calendrier. »

Elle ne gagne pas. Une femme ne gagne pas, à rester une « championne immaculée. » Une femme a des exigences à respecter. Aimée le sait et l’écrit : il faut être pleine et avoir les eaux qui se répandent, fièrement, pour avoir une succession de bêtes, pour ne jamais vraiment disparaitre, ou il faut s’appliquer à être d’un vide acceptable, d’un vide qui ne gonfle pas faussement, il faut un ventre plat ou des enfants, il faut Bowie et d’autres, il ne faut pas être lourde de coquillages, surtout pas ceux qui sont fêlés, imparfaits, à jeter à la mer.

Il y a peut-être une « fin du monde mais en plus beau », et Aimée est là et ses Monstres Marins aussi. Peut-être que je l’ai lue seulement avec mes souvenirs de corps qui voulait être disséqué : je voulais être comprise et comprendre pourquoi je n’avais rien en moi. J’ai eu quelque chose en moi. Je ne suis pas plus vivante qu’Aimée, mais ses mots me rappellent des absences. Nous ne sommes jamais seules, mais presque, nous sommes dans l’attente de, et il y a les monstres qui veillent.

Des coupeuses de tête et suceuses de queue

mars 18, 2019

 

Cette semaine je serai de la bande à Bianca Longpré à QUB pour parler d’un article que j’ai écrit pour Urbania. C’est au sujet des noms d’escortes. Comment choisissent-elles leur nom, comme un semblant de gage de leur réputation et de leur succès dans l’industrie du sexe?

Être escorte est un travail, et même si ça en fait rigoler un peu, la démarche pour réussir dans l’industrie du sexe est comparable à celle pour toute entreprise canadienne. Les conseils d’Entreprises Canada : c’est pas que pour les plombiers et les propriétaires de boutiques de colliers chics pour chats.

Il faut lire l’article absolument mais je vous donne ici en extra des explications d’escortes qui ont été coupées – parce que je ne peux pas écrire 2000 mots sur les escortes all the time même si j’en aurais envie.

  1. Léonie Stein explique que Léonie vient de l’œuvre de Marcel Proust : « C’est la madeleine qui explose en souvenirs et histoires, et Stein est inspiré par un personnage de Marguerite Duras. C’est l’implosion, le trou. Je suis quétaine et un peu trop littéraire.»
  2. Le monde des dieux a aussi inspiré Charlotte : « Je voulais mappeler Freyja, la déesse nordique de l’amour, de la fertilité et de la guerre. Je trouvais ça badass, mais personne ne comprenait. J’ai finalement choisi Charlotte, parce que je trouve ça cute mais beaucoup de clients trouvent que ça fait vieillot. »
  3. Noémie voulait s’appeler Salomé, « comme cette danseuse dans la Bible qui danse devant le roi Hérode, sans savoir que c’est son père, et qui lui dit, charmé par elle, qu’il souhaiterait exaucer un de ses vœux. » Salomé lui demanda alors why not de couper la tête de Jean Baptiste et Noémie ne prend finalement pas son nom, car les clients se mélangeaient et l’appelaient Paloma et Paméla.
  4. Malika Fantasy a un grand-père marocain qui l’appelait Malika, petite. « Ça veut dire princesse en arabe et Fantasy, parce que je crée des fantasmes, de la fantaisie », résume-t-elle.
  5. Laure choisit quant à elle ses noms en fonction des filles qui lui ont mené la vie dure pendant sa scolarité : « Je me réapproprie ces prénoms, tout en ayant ma petite vengeance sur celles qui m’ont intimidée et slutshamée. »

Il est à noter que je suis très reconnaissante que peu à peu les médias s’ouvrent au sujet d’une façon pas sensationnaliste ou moralisatrice. Je critique souvent la place qu’occupe le travail du sexe dans l’actualité : des femmes-jambes en résille, des faussetés présentées comme des faits, de la morale moins résistante qu’un condom à la menthe. Mais en évoquant autre chose, en allant au-delà des appréhensions et inconforts, les médias aident à diminuer un stigma horripilant. J’ai beaucoup beaucoup beaucoup de gratitude d’avoir la possibilité de participer à rendre plus visible la réalité  des travailleuses du sexe, sans avoir recours à des clichés et à des craintes.  

Team partage de rondelles d’oignons

février 8, 2019

urbania

Je n’aime pas parler d’argent. Quand j’ai commencé à être escorte, c’était sous la peur du manque. Et j’accumulais tout: les savons, les assiettes, les cahiers, les pots de peinture, les rasoirs, les chemisiers, les rouleaux de papier de toilette. J’avais peur qu’un jour je ne puisse plus travailler et que je n’aie plus rien à nouveau. J’accumulais pour ne pas avoir peur du manque, pour reculer le manque au fond d’une armoire à biscuits.

J’ai encore peur parfois. Je n’aime pas en parler. L’argent nous rend tous vulnérable. Et fragilise malheureusement aussi des relations amicales. J’en parle dans un article sur Urbania. 

J’ai froid même si je porte un col roulé et des longs bas jusqu’aux cuisses

janvier 23, 2019

 

Ça fait quasi un an je ne vous écris pas, mais je tente d’apparaitre ailleurs. Je vous invite à regarder mon entrevue avec la superwoman accomplie Ariel Rebel, que j’admire et aime depuis les débuts de ce blogue. Intègre, mignonne, fabuleuse et posée, elle sait parler de son parcours dans la porn et de son avenir sans jamais perdre l’intérêt de quiconque.

J’ai aussi rencontré Ariane Zita, une compositrice et chanteuse plus cool que cool, qui se moque bien des étiquettes et des haters (même si c’est un terme des années 2000 et qu’elle a un peu honte que Vice l’ait utilisé à son sujet haha, sorry.) Elle est une féministe assumée, qui a perdu la voix juste avant le lancement de son dernier EP. Je l’écoute souvent, avec plein d’émotions quand je l’écoute,et avec le rêve d’être sur l’île Dorval avec ma copine échangiste (c’est pas Ariane, ne la harcelez pas avec ça.)

J’ai aussi beaucoup de plaisir avec instagram et je trouve que mon profil me ressemble. Comme au début de ce blogue j’y montre à la fois mes seins mais aussi mes plaisirs en famille. Ça fait un n’importe quoi que j’aime exhiber, un vrai moi, dans ma sensibilité et mon too much, dans les jeux d’enfants et mes envies plus soft porn qu’une partie de Guess Who.

Je vous invite aussi à lire ce que j’ai écrit récemment pour Vice, pour Urbania, et plus lointain, pour Tabloïd et le Sac de Chips (je vais recommencer à être plus productive et à moins me masturber, promis, patrons et patronnes.)

Au plaisir d’être relue à nouveau par vous, mes choux et mes chouettes. Bisous à l’eau pêche & abricot!

Demain je vais lire des mots cochons

mars 14, 2018

photo par Edwar Noize

Le Festival Dans ta tête organise une soirée de poésie et j’y ai été invitée. Je suis très triste de ne plus écrire de la poésie. Avant j’écrivais sur les seins de Victoria Beckham/ les filles de Ciudad Juarez/ tous les mecs qui m’ont demandé de leur dire je t’aime quand ils venaient juste de me lécher devant une émission des Simpsons dans une villa mexicaine. J’écrivais aussi sur les céréales Alphabits. Je n’écris plus de poésie mais peut-être qu’un jour je recommencerai.

Demain je vais lire un extrait de Juicy. Je ne sais pas encore comment je serai habillée ni si je porterai une perruque.

C’est au Vitrola, dès 20h, au 4602 rue Saint-Laurent.

Tout ceux impliqués là-dedans sont assez géniaux pour que vous braviez tempête de neige/mercredi soir/drame existentiel : Rosalie Asselin, Emmanuel Deraps, Jean-Guy Forget, Loriane Guay, Emmanuelle Riendeau, Stéphanie Roussel, Carole David, Marie Darsigny, Mélanie Jannard, Daniel Leblanc-Poirier, Jean-Christophe Réhel, Mathieu Renaud, Mathieu Arsenault, Frédéric Dumont et VioleTT Pi.

Voici comment Emmanuel Deraps décrit la soirée :

« show excès friendly

à jeun ou imbibé·es

les troubles-fêtes des événements mondains

la dégénérescence de la poésie de ruelle

givrée des deux versants de la page

l’excitation en prime

vous a dégoté

un bouquet de prestations

fraiches et ravissantes

indélébiles »

Être ensevelie sous le foutre et se relever

février 19, 2018

MO