Archive for the ‘family power’ Category

Une série télé qui me rappelle mes 10 ans

février 14, 2017

riverdale-archie

Mon oncle avait une collection impressionnante de comics Archie et il nous les avait tous donner à ma cousine et moi, quand nous étions petites. Nous lisions chacun de notre côté les comics, mais parfois nous étions presque l’une sur l’autre, à lire à voix haute des histoires, s’obtinant pour qui donnerait voix à Betty ou à Veronica.

Archie et sa bande n’ont pas qu’inspiré une collection de maquillage MAC.

archie-makeup-mac

La série Riverdale a commencé il y a quelques semaines sur Netflix. Je ne l’ai pas encore écoutée. Je regarderai au moins un épisode avec ma cousine, en souvenir de nos dix ans.

Je suis tombée sur ce lien, sans aucun rapport avec la nouveauté de Netflix, mais qui m’a bien fait rire: un Archie détournée à la sauce dadaïste.

Toutes des licornes

février 9, 2017

couper-les-cheveux

L’an dernier, un mois avant le 8 mars, la journée célébrant les femmes du monde entier, j’avais décidé de faire le portrait de femmes inspirantes. Inspirantes grâce à un minuscule détail – le pantalon de corduroy rouge qu’une portait avant d’aller nager – ou grâce à tout ce que je connais d’elle, leur adolescence, leurs voyages en mer, leur foi ou leur craintes.

Cette année, je ne pourrai être aussi assidue, mais je vous propose de découvrir ou relire certains portraits de l’an dernier.

Marilyne ne vend pas de limonade 

Anne a un visage de chat 

Delphine ne se soumet à rien 

Élisa est une conquérante 

Bisous à la tartinade de betteraves!

Ma belle-mère ne sera jamais en amour avec moi

octobre 17, 2016

melodie-nelson-est-la-pire-cuisiniere-ever

Ma belle-mère a un gros crush sur la première femme de mon mec. Elle espère encore secrètement qu’ils se remarieront, ou que je trouve une place comme maîtresse auprès d’eux.

La semaine dernière j’étais à Québec, chez eux, et je lui avais fait un gâteau aux pommes, parce que mes gâteaux aux pommes ne sont pas vraiment esthétiquement beaux, mais ils sont – promis – très bons. Je me disais que j’avais peut-être une chance pour qu’elle me trouve respectable.

Cette semaine, elle est venue à Montréal et m’a redonné mon plat. Avec le gâteau aux pommes intouché. Elle croyait que c’était de la fausse viande.

Je suis une cause perdue (mais au moins elle sait que je rends son fils heureux et que je ne fais pas que du jello à ses petits-enfants, ça compte).

Ce n’est pas trop tard pour tout brûler

septembre 26, 2016

feu-2

J’avais neuf ans quand mes parents ont acheté un chalet. C’était après la mort de ma grand-mère. Elle était morte un matin, la veille de ma première communion, et ma mère pleurait et criait dans le corridor, et je n’ai pas pensé que c’était pour ma grand-mère, je me souviens d’avoir pensé qu’elle était menstruée. Je pense que je ne lui ai jamais dit ça.

Sa mère était morte et je pensais qu’elle était menstruée.

Mes parents ont acheté un chalet et je l’ai lié à la mort de ma grand-mère, comme s’il fallait un projet à ma mère, des fleurs à planter, des livres à lire en bordure de la forêt, des jeux à inventer avec moi, des croix à cacher sur le terrain des voisins.

Une veille de Noël, je me suis déjà enfui du chalet, j’avais une robe noire, un manteau noir et il me semble que j’ai marché, calme, jusqu’où je voulais marcher et m’effondrer, et j’ai attendu, que ma mère vienne me retrouver, j’étais un animal, dans la neige, couchée dans la neige, recroquevillée dans la neige, dans mon manteau noir, et je ne voulais pas vraiment être abandonnée.

feu-1

J’ai voulu m’enfuir une autre fois, mais il était tard mais il était trop tard, et j’étais seule avec une autre personne, et cette personne est restée, elle est restée partout, et hier, hier j’ai commencé à brûler tout ce qu’il restait de souvenirs, je crois que j’ai commencé et que ça se terminera. Et il n’y aura plus rien à y trouver.

Les cheveux de feu de ma chérie, les cheveux d'automne, les cheveux qui me permettent d'être furie et amour.

Les cheveux de feu de ma chérie, les cheveux d’automne, les cheveux qui me permettent d’être furie et amour.

Élisa est une conquérante

mars 9, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

_DSC1587

photo: Myriam Lafrenière

Elle glisse : « Les vers de terre en jujube, c’est long comme les pénis. » Je lui demande de répéter et elle répète et elle rigole, pendant que je fais pareil. Elle me demande ensuite de la regarder et elle danse, et je devine qu’elle tente d’emprunter des mouvements à notre vidéo préférée, un extrait du Petit musée de Velasquez, elle aime les bras qui bougent vite, elle aime les jambes qui bougent vite, et elle aime tomber et se relever, et elle me montre comme elle tombe, et je la trouve belle, je la trouve belle de précipiter et d’aimer les chutes, et de se relever, pour faire une révérence et une grimace.

Elle me demande souvent de la regarder, et je la regarde et quand je ne la regarde pas, je regrette mais je me dis aussi qu’elle doit être seule parfois, seule à se regarder dans le miroir, seule pour inventer des histoires, avec sa petite voix de dictatrice, cachée sous trois couverture et deux déguisements enfilés l’un par-dessus l’autre. Elle dit aussi : « Ce n’est pas grave si j’ai le rhume, l’important c’est que je me trouve belle. », déformant mes propos, déformant ce que je lui dis quand elle me demande si elle est belle.

Ma fille a la beauté d’une conquérante, la beauté imparfaite d’une chevalière qui combat des méchants loups imaginaires en robe de Cendrillon, elle n’aime pas les mensonges, elle demande toujours si c’est vrai, si c’est vrai que je mangeais la nourriture de mon chien, quand j’avais son âge, si c’est vrai que mon grand-père chassait les chevreuils, si c’est vrai que les raisins c’est bon pour le caca.

Elle demande déjà si souvent si c’est vrai qu’elle est belle, et je ne redoute pas encore le poids de ses obsessions, parce qu’elle est plus flamboyante que belle, impolie devant ceux qui ne se soumettent pas à elle, elle n’aime pas les câlins sauf ceux de son frère, ou les miens et ceux de son père, quand elle brise ses lunettes préférées ou qu’elle écoute Le Chant de la mer et qu’elle me fait jurer de ne jamais partir comme la mère dans le film scandinave, je lui jure de ne jamais disparaitre, et je me jure de ne jamais vouloir crever, pour elle, parce que même quand nous crions et claquons les portes, à quatre ans déjà, parce que même quand elle se refuse à moi, je sais qu’elle a besoin de mes dessins de pouliche, des morceaux d’ananas que je lui coupe, des berceuses, des secrets que nous nous disons, quand nous sommes sous la table ou au fond d’une garde-robe.

Quand elle s’ouvre à moi et qu’elle me dit un secret, le nom de sa planète préférée ou sa désolation de savoir que sa meilleure amie ne veut plus se marier avec elle, quand elle s’ouvre à moi la vie est parfaite, et je ne pourrais jamais vouloir crever, grâce à elle, grâce à mon arrache-cœur, comme son père l’avait surnommée, à sa naissance, mon arrache-cœur, ma conquérante, ma petite fée, mon oiseau, j’ai un collier, brisé, un collier que j’avais acheté pour elle, pour célébrer mon ventre qui s’arrondissait, c’est un collier avec une cage et un oiseau, parce que j’aime les oiseaux, mais j’ai brisé, en l’échappant, le collier, et il ne reste plus que la cage, l’oiseau, l’oiseau est libre, et cet oiseau représente bien plus ma fille qu’un collier à attacher, ma fille ne s’attache pas et ne se met pas en cage.

Elle dit aussi que le père de Jésus est un magicien et qu’il a tout créé, sauf les maisons, parce que les maisons, ce sont les humains qui les font. Quand elle parle, elle structure tout, sa pensée, la mienne, et elle termine, c’est vrai, c’est vrai maman, et tout est vrai, tout est vrai si elle le dit, je ne pourrai jamais lui dire qu’elle ment si elle ment, parce qu’elle réussit à tout rendre vrai, à tout rendre vivant, comme le père de Jésus, elle rend tout vivant, et ses jambes qui bougent vite, comme Louise Lecavalier dans Le petit musée de Velasquez, et ses bras bougent vite, et ses yeux cherchent les failles dans les miens, mais je garde la tête haute et je la soutiens, oui c’est vrai, Élisa, c’est vrai.

Avant elle était dans mes bras, elle y dormait, elle passait son temps contre mon cœur, et maintenant que parfois elle me boude, parfois je ne la regarde pas, parfois je redoute nos cris, maintenant, je vais la rejoindre, la nuit, et je dors près d’elle, une peluche en guise d’oreiller, et elle ouvre parfois les yeux, elle me regarde, étonnée, pose un bras sur mon bras, et nous dormons, et le lendemain, elle ne s’en souvient pas.

Elle ne se souvient pas de mon souffle contre son visage, quand elle dormait, et je suis déçue, car lorsque je dors tout près d’elle, tout est calme et paisible, et ça me semble racheter mes exigences, mes emportements, mes cris, injustes, et elle ne s’en souvient pas.

Hélène attache ses cheveux avec un morceau de cuir et un clou

mars 8, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

Hélène

J’ai hésité avant de publier ce texte, parce que j’ai déjà écrit avec beaucoup d’impudeur sur Hélène, et je le regrette. Mais j’admire Hélène, et j’admire la cousine qu’elle m’a donné. Ce n’est pas tout le monde qui a eu la chance de la connaître, de l’écouter ou d’être écoutée par cette femme.

Pour moi Hélène, c’est une femme qui écoutait du Bach en placotant avec ma maman, lui proposant ainsi un havre de paix, une porte ouverte aux sons du classique, où le temps s’arrêtait pour ma mère, car le rythme plus indolent d’Hélène ralentissait le sien, dans une maison ou les petits voisins, ses enfants et les enfants de ma mère jouaient en circulant du sous-sol à l’étage. Hélène, c’est une femme qui se penchait en avant, le coude sur la table, pour se confier ou parler de politique sociale, elle avait un air aristocratique, Hélène, même quand c’était tard, et que nous, les enfants, nous étions à manger les dernières guimauves collantes, retrouvées dans un tiroir au chalet canadien de nos grands-parents, et que les adultes, eux se brouillaient sur différents sujets, ou prévoyaient une glissade, le lendemain, ou une énième partie de Quelques arpents de piège.

Hélène avait un air raffiné, pour moi, tout le temps, qu’elle soit dans un restaurant chinois à banquettes oranges, à Repentigny, un restaurant entouré d’une charcuterie et d’un salon de coiffure, nous y étions, Hélène et cinq ou six fillettes, pour l’anniversaire des neuf ans, je crois, de sa fille, ou, raffiné, dans un train, plein d’échardes, en direction de Québec. Elle était élégante, sans jamais être snobe, sa haine des tailleurs, ses yeux intelligents, son petit nez parfait, sa voix d’adulte qui parle aux enfants sans les prendre pour des cons, le morceau de cuir dans ses cheveux, quand ils étaient longs, et le gros clou qu’elle y enfonçait, et ses jupes en lainage, qu’elle me donnait, et que j’empilais dans le haut de ma garde-robe, en rêvant au moment où je serais assez distinguée pour bien les porter.

Rien n’était snob, tout était un don, mesuré, de ce qu’elle voulait offrir aux autres, comme un cadeau d’une veille de Noël, lors d’un échange, emballé dans une vieille chaussette, ou au mois de mai quand elle revenait du Nouveau-Brunswick, avec dans des glacières bien remplies, ce qu’elle faisait découvrir généreusement aux autres, le homard et le crabe, de son coin de pays. Elle offrait aussi sa vérité, pas compliquée, sa vérité tranchante, chevrottante quand elle riait, sa vérité jugeant le rouge sur les lèvres ou les noms farfelus que ma cousine et moi donnions à des souvenirs en peau de phoque, sa vérité de femme vraie, originale, toujours.

Pour moi elle était comme ça et je sais que c’est injuste, et que ce qu’elle est pour moi, ce n’est pas tout ce qu’elle était, et ce que je retiens peut être faussé, je me souviens, il y a près de deux ans, je lui disais que je m’ennuyais de ses salades, des salades avec des épinards et des noix, servie dans un bol de verre, énorme, trônant au milieu de la table de la maison sur la rue Neufchatel, et elle m’avait dit qu’elle ne faisait cette salade que très rarement, quand elle recevait, sinon jamais. Je ne sais pas si j’exagère aussi sa pièce, au sous-sol, sa pièce d’archiviste, qui me semblait pleine de journaux et de revues, classés, méthodiquement, comme il parait elle classait, selon une méthode particulière et irrévocable, les photos, les serviettes, les débarbouillettes.

Hélène est ma tante, celle qui m’a amenée à apprivoiser le pop art, au Musée des Beaux-Arts, celle qui me laissait dormir dans son lit, avec sa fille et des Émilie de la Nouvelle-Lune, ma tante qui ne grondait pas trop mes frères, même quand ils faisaient mille conneries en son absence, avec Vincent, son fils, comme renverser beaucoup d’eau dans l’entrée, en espérant que la gardienne tombe à la renverse et disparaisse de leur vie de petits polissons.

Hélène est ma tante, et la tante de Marc-André et de Xavier, et l’amie de ma maman, et surtout, surtout, la mère de Geneviève, une femme à la vivacité d’esprit aussi admirable que celle de sa mère, aux cheveux d’une Boucle d’or, et la mère de Vincent, qui collectionnait les macarons, enfant, et qui, encore, maintenant, il m’est impossible de le voir autrement qu’en petit cousin aux pantalons bouffants, choisis par sa maman, Hélène, la mère de ces deux enfants, sans doute déroutés, car comme chantait Barbara, qu’Hélène aimait autant que Bach,Voilà combien de jours, voilà combien de nuits/Voilà combien de temps que tu es reparti/Tu m’as dit cette fois, c’est le dernier voyage.

 

Merci pour

octobre 12, 2015

thilloy-ferron-83

Je voudrais noter tous les jours le nom de mon amie qui a souri quand je lui ai dit que sa robe noire était jolie, la conversation de trente secondes avec l’homme devant le marché Poivre et Sel, je ne savais pas qu’il avait deux enfants, un garçon de seize ans, et une fille, ce n’est pas sa fille, mais tout comme, je voudrais noter tous les jours les mots des autres qui me font réaliser qu’il y a du beau, maintenant, et pas juste de la terre à retourner, à prendre dans ses mains, pour enterrer enterrer, je voudrais noter les empreintes de rouge à lèvres sur mes joues après un baiser de la libraire et la saveur d’un diabolo à la Brûlerie St-Denis.

Mais j’oublie. Ce que je n’oublie pas, en ce jour de l’Action de grâce, c’est ça. Merci.

Les amis qui répondent à mes courriels passés minuit.

Les encouragements. Les élans. Les gens qui reviennent vers moi, ma cousine que j’aime, ses pas de danse, sur scène ou devant mes enfants, dans un restaurant ou aux funérailles de mon grand-père.

fleurs tapisserie

Des fleurs à cueillir partout. Des pissenlits à souffler avec ma fille. Des bouquets de fleurs séchées depuis des mois, dans ma cuisine.

Des mains dans mes cheveux, moi qui déteste les mains dans les cheveux, sauf mes mains dans tous les cheveux.

Mes enfants. Les anniversaires qui ne sont plus pénibles. Mes enfants qui me donnent leur force, leurs caresses, ils me caressent avec des branches d’arbres et avec leurs mains si douces, même sans crème au beurre de karité. Ma fille qui me dit qu’elle aime être une fille parce que les filles savent s’essuyer comme il faut.

Ma mère, qui garde mes enfants cinq heures, sans me poser de questions, sans me demander ce que je faisais, pendant cinq heures, et après, mes enfants qui me laissent faire la sieste, ils vident ma garde-robe et essaient robes et souliers. Mon fils court en talons hauts. Ma fille aime mon costume de Minnie Mouse et elle veut que je retrouve celui de Blanche-Neige.

Le jeu de tic tac toe, sur un tronc d’arbre coupé, dans une ruelle de Rosemont.

Ce qui me fait rire. Les publicités de cornets à la crème glacée de licorne. Les lampes parfaites pour les fessées. Pleurer autour d’une table de conférence, avec une fille qui parle de selfie, et nous pleurons de rire, comme des gamines, nous avons douze ans ou treize ans pendant quelques secondes et quelques larmes.

La halte-garderie, mes enfants vont à la halte-garderie, une journée par semaine, depuis un an, et j’en profite pour vider ma garde-robe et essayer robes et souliers, moi aussi.

La mère d’une amie, qui aime mes robes.

ombrelles

Les ombrelles du Quartier chinois.

Les cerises de terre, elles poussent devant ma maison et je ne le savais pas, avant la semaine passée.

Une voisine qui m’accueille sur son balcon et qui aime les orages, les cris, bouger ses pieds, ses mains, et les groupes Facebook de rencontres indignes. Une autre voisine qui marche des heures et préfère mes cheveux courts. Une autre voisine qui laisse un mot dans un livre que je lui ai prêté.

L’église près de chez moi, ses bancs, et le géant, qui y va presque tous les dimanches.

L’homme qui ressemble au Père-Noël et l’amour dans ses yeux quand il me parle de son amoureuse de 76 ans et du Stade olympique.

sangria

La sangria blanche d’une amie. Et ses chocolats en forme de chat.

Marcher avec les enfants, avoir mal et craindre qu’ils s’ennuient, puis écouter la musique de l’OSM, avec mes enfants qui mangent des hot dog et qui sont plus heureux qu’au parc.

Mon mec qui écoute les chansons que j’aime, les chansons d’un soap américain.

Mon oreiller et mon vibrateur et une réserve de piles AA.

Les prières. Attendre. J’apprends à attendre.

Le shampoing sec et les tenues portées trois jours de suite. Mon coiffeur et mes talons hauts dans une cuisine collective. Et le rouge à lèvres les journées de fatigue.

Mes frères, je n’ai pas besoin de leur dire quoi que ce soit, ils sont là. Et je suis là, aussi.

Les travailleuses du sexe, obstinées, qui font fuck you à la honte, à la stigmatisation et aux mensonges. Amnistie Internationale et la reconnaissance des droits des travailleuses du sexe.

Delphine Bergeron. Parce qu’elle est une battante, d’une férocité et d’une douceur que je ne connaissais pas.

Les soap américains. Les émissions écoutées très tard le soir, en faisant des redressements assis, ou des photos topless, ou une épilation minutieuse de sourcils.

Mes enfants parce que tout ce que je fais, je peux me dire que c’est pour eux, et je suis prête à faire beaucoup, pour eux, pour que ce qu’il reste, un jour, ne soit que nougat et sauts dans un lit pour quatre.

La gentillesse. Parce que les gens sont plus gentils que le laissent croire les commentaires sous les articles du Journal de Montréal.

Les photos du fils de ma meilleure amie, ça me rapproche d’elle et de son petit homme qui aime parler de câlins en espagnol.

La musique de Will Driving West. Live à la Sala Rossa ou toute seule dans mon canapé.

Gemma Bovery

Les livres, que j’ai lus, ou qu’on m’a racontés, dans un bain, sous les couvertures, dans un autobus, à bout de bras, comme une promesse à tenir, toujours, toujours. Journal d’un étudiant en histoire de l’art. This one summer. Mon chien qui pue. Gemma Bovery.

Mon père et ses nouveaux rêves, de Toronto et de bicyclette.

Tous les nouveaux rêves.

Ma relation avec mon beau-frère

avril 12, 2015

mariel clayton fellation barbie

J’écoutais la soundtrack du soap opera musical Empire et j’ai eu envie de sucer mon mec. Il venait d’avaler trois martinis, j’étais certaine de les goûter dans son foutre, effet placebo ou non.

Il était au téléphone, à donner une recette de gravlax à son frère.

Je me suis mise à genoux, j’ai commencé à me blottir la tête contre sa queue, à l’embrasser à travers son jean, à espérer qu’il retirerait sa ceinture – je trouve ça sexy, retirer des vêtements, descendre une fermeture éclair, détacher des boutons, relever les fesses pour que ma culotte soit doucement enlevée – mais je n’aime pas m’acharner sur des ceintures.

Il a plutôt dit : « Pardon frérôt, Mélo veut me sucer. Tu veux répéter ce que tu disais ? Tasse-toi un peu par là, chérie. Du sel, du gros sel, il te faut du gros sel. Oui, elle veut me sucer, dès que je te parle, ça l’excite.»

Une grand-maman et du vin

janvier 18, 2015

Wine

Chez ma grand-maman, dans sa nouvelle maison, construite après le feu qui a détruit, l’an dernier, celle qu’elle avait longtemps partagée avec mon grand-papa, j’ai trouvé un rouge à lèvres.

Dans sa salle de bain, il y a une douche, un bain même si elle ne prend pas bain (“C’est pour ne pas diminuer la valeur de la maison, que j’ai fait construire un bain. C’est comme chez le voisin.”), une brosse à dents, quand avant il y en avait deux, il y avait deux brosses à dents, et un petit pot de crème et un rouge à lèvres.

Et le rouge à lèvres, je l’ai pris, pour regarder la teinte. Il s’appelle Wine with Everything.

Je l’aime ma grand-maman, même si elle insulte la secrétaire de son médecin (“Je suis sûre que tu es sa maîtresse, c’est ça, han, tu es sa maîtresse!”) et qu’elle n’a plus d’aimant en forme de cochon sur son réfrigérateur.

Il y aussi ça chez ma grand-maman.

Il y aussi ça chez ma grand-maman.

 

Je ne suis pas au Sri Lanka

février 28, 2014

photo de profil

J’espère que vous allez tous bien, que vous n’avez pas de vaginite ou de blue balls. Plusieurs d’entre vous m’ont écrit pour s’assurer que je ne vivais pas une dépression saisonnière ou que je n’étais pas déménagée au Sri Lanka. No worry, je vais bien, mais je ne suis pas une superwoman. Je passe mes journées avec ma Mini Fée et mon Mini Dragon, à peindre l’intérieur de nos nombrils, à passer la mope rapido sur du yogourt mixé à du jus de pommes bio, à chanter Stromae avec des peluches dans les mains et à crier que personne n’a le droit de manger mes chips au sel et au poivre en cachette.

Les siestes des enfants? J’en profite pour dormir, souvent avec Mini Dragon. Les nuits? J’écoute des séries télé en mangeant du chili végé, en répétant à Alexandre Le Grand les trucs cute que les enfants ont fait pendant la journée (“Mini Dragon n’a pas mordu Mini Fée.”) et en lui montrant mes fesses dès que je me lève pour aller manger des chips au sel et au poivre.

Vous me trouvez plate?

(Je suis un peu plate.)

Mais j’ai surtout décidé de ne pas tenter le jeu de la superwoman. Je voudrais plus écrire, je voudrais aller chez la coiffeuse, je voudrais époussetter les murs, je voudrais m’acheter plus souvent de la lingerie, je voudrais savoir quelle taille de soutif je devrais porter, je voudrais boire du gin Hendricks dans un bain moussant, je voudrais ne pas fantasmer sur le black de la série Luther, je voudrais faire du yoga avant de boire mon premier café, je voudrais ne plus boire trois cafés par jour, je voudrais porter plus souvent des souliers à talons, mais j’ai décidé de me laisser aller à être une fille un peu plate, qui trouve ça très excitant de manger des crottes de fromage organiques, qui trouve du temps pour allaiter sur demande et sucer sur envie. Genre, je veux dire, je sais ce qui est essentiel: les crottes de fromage, mes seins et la queue de mon mec.

Vous me manquez. Mais je vous trompe avec mon sommeil, Netflix, les cheveux de mes chéris.