Une petite collation liquide

avril 14, 2022

Dans mon dernier billet sur Nouvelles Intimes, j’ai récolté plusieurs réponses sur les raisons qui amènent des personnes à avaler la semence du plaisir de leur partenaire.

Depuis la parution, d’autres confidences se sont accumulées sur le profil Instagram de Nouvelles Intimes.

Je vous en montre quelques exemples.

Abonnez-vous même si je ne vous promets pas de petites culottes en retour.

Allô, voici mon pénis: un documentaire pour espérer que plus personne ne recevra de photos de saucisson sans consentement

avril 11, 2022
Dans la salle de bain, juste avant de proclamer que même une queue pas bandée peut donner place à une dick pic réussie.

L’automne dernier, l’équipe d’Urbania m’a proposé d’intervenir dans le documentaire animé par Kim Lévesque-Lizotte, sur le phénomène des photos de pénis. J’étais intriguée et surtout heureuse de participer à un projet que je considère important, porteur d’un espoir social.

Je suis chanceuse d’avoir pu diriger sensiblement une séance de photos intimes – en tant qu’ex-critique professionnelle de dick pics – et d’avoir pu discuter avec une femme aux mille rôles, qui s’accomplit dans chacun, avec intégrité et défi.

Allô, voici mon pénis est disponible sur Crave depuis quelques mois et il sera en ondes à Canal Vie lundi le 11 avril 2022.

En revenant chez moi après le tournage, j’ai vu de beaux cochonnets.

Avertissement: j’ai déjà été stupide

juin 23, 2021

J’écris ce blogue depuis 2008.

C’est comme ça que je me suis présentée d’abord à vous. Juste avec des mots. Même pas de photos de mes pieds ou de mes seins.

Je me suis montrée quand des chroniqueurs et des journalistes ont commencé à se questionner sur mon identité. Certains pensaient que j’étais un auteur en particulier. Certains ont continué à croire que j’étais cet auteur, même après que j’aie affirmé mon identité – hello, je suis une jeune fille blonde avec des gros seins qui aime tout le monde (j’ai changé depuis). Ils croyaient que je baisais avec l’auteur et que je lui permettais d’utiliser mon visage pour jouer à faire semblant.

Je n’ai jamais baisé avec l’auteur en question, mais il est finalement sorti avec une copine et ce n’était pas une relation qui donnait envie de se retrouver sous lui. 

Pour des billets, j’ai poussé fort le personnage de fille qui fantasme sur tout et qui se moque de tout, même des grossièretés. C’était moi, à l’époque. Je connaissais les queues mais pas tant la vie, et je ne voulais pas que ma vulnérabilité et ma sensibilité soient plus visibles que mes soutifs.

J’ai écrit des choses que je ne réécrirais jamais. Des mots. Des idées. Je n’efface rien, parce que je ne veux pas effacer mes erreurs et mes errements. Je tiens cependant à clarifier que ce qui a été écrit et publié ici, avant, est offensant à plus d’une occasion. J’en prends l’entière responsabilité. Je remercie aussi les personnes qui m’ont aidée à viser un féminisme plus inclusif, moins objectifiant. Je peux m’objectifier toute seule – j’aime être ce que je décide d’être, en toute liberté – mais je m’efforce à ne plus objectifier les autres. Aussi, je sais que des sujets sont définitivement mieux traités par les personnes concernées.

Si un billet viendrait à vous choquer, à vous attrister, à vous décevoir, sentez-vous à l’aise de me l’indiquer. Merci.

Nouvelles Intimes

mars 1, 2021

Natalia Wysocka est une journaliste qui peaufine ses textes, ils me donnent souvent l’impression d’être des joyaux, mais des joyaux jamais trop lisses même s’ils sont travaillés retravaillés, des joyaux d’accumulation de joyaux.

Je l’ai connue d’abord comme journaliste : elle m’avait interviewée pour Juicy Nous avions marché quelques minutes ensemble après un passage au Maesmi. Elle se dirigeait vers une salle de spectacle et moi je devais sans doute aller chez moi essayer des perruques avant d’aller prendre les enfants à l’école.

Nous sommes devenues amie un an plus tard, deux ans? grâce à un film dans lequel jouait Jennifer Lopez.

Je ne suis pas une amie constante. Je peux être hyper envahissante, envoyer dix captures d’écran par jour/raconter disputes et baises/partager ma série préférée du moment/tenter de convaincre mes amies d’aimer la même Real Housewife que moi (elle est Vierge! elle a perdu des dents à cause de la police! elle a marié son grand-père!) Puis, après des photos de loutres, je ne donne plus de nouvelles pendant deux mois.

En Natalia j’ai trouvé une amie loyale qui ne juge pas mes ongles et distractions. Et une collègue exceptionnelle.

Nous avons lancé Nouvelles Intimes le 18 décembre, dans un monde qui était déjà un monde de restrictions pour les personnes à qui nous donnons le plus souvent possible la parole dans notre infolettre. Je vous invite à vous y abonner.

Le dernier article est une entrevue avec Tina Horn, qui discute avec Natalia de sa participation au livre We Too, de ses parents qui se sont rencontrés dans une secte et de pornographie.

« Je roule des yeux chaque fois qu’un magazine léché fait un dossier du type “Est-ce que la porno peut être féministe?” C’est un signe de tout le travail qu’il nous reste à faire qu’il y ait encore des gens qui posent de telles questions. »

Et puis, ajoute Tina Horn, « en tant que personne queer, cette idée qu’un type de pornographie serait, entre GROS guillemets, “pour les femmes” et que toutes les femmes préfèrent les films faits par des femmes (même si pour certaines, c’est le cas) et que nous puissions faire de telles généralisations…» Re-soupir. « Ce n’est pas ainsi que le désir fonctionne. Ce n’est pas comme ça que la masturbation fonctionne. Ce n’est pas comme ça que les goûts fonctionnent. »

Merci de continuer à me suivre mes choux xxx

photo par François Couture

Elle a encore sa plaque d’employée du mois du McDonald

mars 29, 2020

Shot with NOMO INS W.

C’est l’anniversaire de ma mère. Les enfants viennent de manger de la sole. Ma fille m’avait demandé de la mayonnaise mais elle n’y a pas touchée. Je me la garde pour un hamburger plus tard.

Mon fils est fâché. Il n’a pas réussi à dessiner une fusée. Il s’inquiète que ma mère ne comprenne pas que ce soit une fusée. Il a ajouté de la couleur. Il n’est pas plus satisfait. La couleur camoufle les escaliers qu’il avait tracés. Ma fille est fière de son dessin : elle a dessiné ma mère, « sans les rides parce que ça prendrait trop de place dans son visage. » Elle est fière des cheveux. Elle les a d’abord dessinés bruns, puis elle y a ajouté du rouge. Ça donne une teinte qu’elle est certaine d’être celle de ma mère.

Ma mère m’a offert plein de vies de secours. Elle ne m’a pas comprise pendant longtemps, et moi, moi je ne réussirai jamais à la comprendre comme je réussis parfois à savoir les gens comme ils sont, quand ils s’offrent à moi et que je m’offre à eux, ma mère je ne saurai jamais ce qu’elle me cache mais elle m’a toujours dit beaucoup. Elle a encore sa plaque d’employée du mois au McDonald à la maison. Elle court toujours comme je ne saurai jamais courir même si elle m’y a encouragée.

Je l’aime et je ne lunche pas avec elle, comme nous faisons habituellement, avant de nous enfermer dans des cabines d’essayage. Pour nos anniversaires presque à même date, elle m’offre souvent une robe, pour que je sois comme je veux, l’an dernier c’était une robe bourgogne avec des fleurs. Je ne l’ai pas encore portée. J’ai grossi – ce n’est pas grave, gosh, mais je n’ai pas porté la robe, c’est tout. Elle ne me faisait plus un mois après l’avoir achetée. Et cette année je porterais n’importe quoi pour être avec elle, cachée ou non dans une cabine d’essayage, cachée ou non par nos secrets communs, je la connais ma mère et elle me connait aussi.

Je porte ses pantoufles aujourd’hui.

Shot with NOMO INS W.

More than a woman

mars 25, 2020

Shot with NOMO INS W.

merci à H pour le moment joyeux qu’elle m’a confié

J’ai un ami qui note dans un calendrier des Scouts toutes les ouvertures de nouvelles places de ramens. L’an dernier, je l’ai accompagné à deux reprises. La dernière fois c’était après que sa blonde soit partie en Colombie-Britannique. Elle est dans l’armée et elle doit suivre ce qui est attendu d’elle, pas juste savoir bien faire son lit le matin. Elle sera à Victoria pendant trois ans et la nouvelle avait assommé mon ami. Nous avions bu sur la rue Saint-Hubert, lors d’un vernissage de portraits de femmes qui font pipi accroupie dehors. Moi je suis allée une seule fois faire pipi dans la nature et c’était lors d’une Saint-Jean-Baptiste.

C’était à la campagne. Mon voisin jouait de la guitare en amateur sur une scène. Il faisait rimer « Québec » avec « s’il te plait un bec. » J’étais au secondaire; c’était la deuxième fête de la Saint-Jean où je n’accompagnais pas mes parents à la fête du village. Je me rendais au même endroit qu’eux, mais une heure plus tard, avec des gourdes de Sautons en cœur, remplies de bière blonde. Mes amies et moi avions peur qu’il y ait un gardien de sécurité alors nos gourdes étaient dans nos culottes, et nous avions attachés autour de nos tailles un gros chandail à capuchon.

Quand nous sommes entrés dans le parc il n’y avait pas de gardien de sécurité. Il y avait une tente sous laquelle des bénévoles donnaient des drapeaux et vendaient des chips, des 7up et de la Molson. J’avais reconnu des groupes d’élèves de notre école. Une fille portait la paire de shorts que je voulais au Ardène du centre commercial à quarante-cinq minutes de tracteur de chez moi. L’été je travaillais dans la buanderie de mon oncle, mais mon rêve c’était de travailler au Ardène et de dépenser la moitié de mon chèque de paie pour les sacs à surprises, vendus à la caisse, plein de lunettes fumées, de pinces à cheveux rose fushia et de bas en dentelle.

Une de mes amies est allée embrasser sa cousine. Elle a fait semblant qu’elle avait l’habitude de fumer du pot, comme si elle faisait ça encore plus souvent que de se couper maladroitement le toupet. Elle s’est étouffée. Je lui ai piqué le joint. J’ai tiré dessus et quand j’ai soufflé la fumée, je me suis sentie vieille, prête à déménager à New-York, à avoir un agenda aux cases remplies de cours de pastels gras, des pantalons patchés avec des étoiles. Je saurais un jour comment patcher mes pantalons. Fumer me fait encore cet effet. C’est le moment d’expirer, de tout projeter vers ailleurs, qui me donne l’impression d’avoir le contrôle sur tout.

J’ai passé le joint à la cousine et j’ai pris la main de Lena, une autre amie, pour que nous nous trouvions un arbre à nous, sous lequel s’asseoir et boire ce qu’il y avait dans nos gourdes de Sautons en cœur. Nous nous sommes arrêtées de groupe en groupe, avant de nous joindre finalement à des filles un peu plus vieilles. L’un d’elle sortait avec le frère de mon amie. Elle m’avait raconté qu’ils n’avaient pas la permission d’aller s’enfermer dans une chambre, alors mon amie avait la responsabilité de les divertir et de leur proposer de jouer aux dominos ou au Scrabble dès que les parents avaient peur d’une grossesse non désirée sur leur canapé, à coups de bassin dans des jeans serrés. J’étais contente de ne pas avoir de frère.

Nous ne buvions pas trop vite, nous voulions avoir de la bière jusqu’à minuit, mais chaque gorgée me donnait l’impression d’être plus saoule qu’à Noël, quand mes parents me donnent un verre de champagne. Il y avait les feux follets créés par tout ce qui se fumait, les rires, l’odeur de la bière renversée et de la sueur et de ceux qui espéraient baiser. Ils sentaient les échantillons de parfums de pharmacie et le bal de finissants raté.

Quand j’ai eu envie de pipi, j’ai juré que je serais incapable d’y aller toute seule. J’avais peur de couleuvres ou juste de me perdre et de passer la Saint-Jean-Baptiste à regarder des ombres sans deviner mes amies. Lena a proposé de m’accompagner. Nous avons avancé vers le fleuve Saint-Laurent, dans les hautes herbes à des dizaines de mètres de la berge. Je riais, je ne savais pas comment me placer. Lena m’a dit de baisser mon pantalon et de faire comme elle. Je craignais de faire pipi direct dans mon pantalon, alors j’ai d’abord retiré mes baskets, puis mon pantalon. J’ai mis ma petite culotte sur le dessus de mes jeans, pour ne pas qu’elle soit souillée. En prenant ma main, Lena s’est accroupie. « Ferme les yeux et fais comme si tu participais au concours du plus gros pipi du monde. »

J’ai d’abord senti que ça coulait sur ma cuisses et après, un jet, plus fort, entre mes jambes. J’étais fière d’avoir réussi à faire pipi dehors, comme si je méritais une mention très bien dans mon prochain bulletin. Je me suis rhabillée lentement, avec précautions, et j’ai repris la main de Lena. En marchant vers les feux follets et la musique et les moustiques qui aiment me piquer derrière les oreilles, je me suis tournée vers elle et elle était déjà tourné vers moi. C’était peut-être juste pour me demander si j’avais encore de la bière dans ma gourde. Je l’ai embrassée. C’était la première fois que j’embrassais une fille. Elle a serré fort ma main et son autre main est venue se déposer sur ma queue de pouliche. Elle a joué avec mes cheveux, les emprisonnant dans ses doigts, les libérant, et toujours le même mouvement, répété. Je ne voulais pas cesser de l’embrasser.

Maintenant je suis à Montréal et Lena est sur Facebook. J’aime cuisiner à la maison, avec les poils de mes chats comme accompagnement, trop souvent. Je n’aime pas particulièrement les ramens, mais j’avais invité Béatrice, ma nouvelle fréquentation, à la place que m’avait faite découvrir mon ami, quand son amoureuse était partie pour une autre province. Juste avant que nous soyons tous séparés, par l’isolement, pas par des vacances d’été d’école secondaire, nous avions profité d’une soirée ensemble. Nous nous connaissions un peu, nous avions été quelques fois à des lectures de poésie ensemble. Et cette soirée, c’était notre dernière, mais nous ne le savions pas.

J’y avais pensé, parce que je regardais les journaux, sans faire exprès, toute cette actualité qui ne me ramenait à rien, encore moins dans ses bras. Je n’avais rien dit, je n’avais pas parlé de ma peur et je n’avais pas proposé que nous regardions nos horoscopes. J’avais parlé de nos prochains plans, du jardin qu’elle voulait m’aider à organiser, pour les herbes dont je saupoudre tous mes plats, et elle m’avait rappelé qu’il y avait un cours de danse ouvert à tous au studio où elle étire ses jambes et les plie et fait mine de casser tout son corps, pour le reconstruire dans des chorégraphies que je ne connais pas encore. C’était trois jours plus tard.

Nous ne pouvions pas nous embrasser, ce soir-là. Quand nous sommes parties, chacune de notre côté, dans un escalier mécanique différent, et que nous nous sommes retrouvés face à face sur les quais du métro, j’ai mis la chanson More than a woman dans mes écouteurs.

J’ai dansé pour elle. Nous ne nous étions pas embrassées mais elle avait souri.

 

 

 

Confiez-moi un moment

mars 24, 2020

Ma fille m’a parlé de la marée basse, au Nouveau-Brunswick, des chemins que le sable lui permettait de créer, sur l’eau, avant de s’asseoir et de construire château de sable et bols de toilettes en sable (si je ne suis pas classe, ma fille ne l’est pas plus.)

Mon fils se souvient le goût d’un milkshake qu’il avait pris au cinéma, et je ne me souviens pas de leur avoir jamais proposé de milkshake au cinéma, mais je me souviens les salles presque désertes du cinéma de Saint-Léonard, où nous allions, avant de faire des courses avec des charriots d’épicerie (et d’aller chercher des capsules de canneberges et autres produits miraculeux chez Tau.)

Moi je me souviens, récemment, d’un moment hors du temps, un temps calculé surtout en fonction des mille pipis que je fais quand je bois de l’eau gazeuses aux fraises des bois et de la vodka. J’étais dans une usine transformée en ateliers d’artistes et autres bureaux. Il y a des corridors labyrinthes et au milieu de l’un, une ouverture vers ailleurs. C’était comme un faux décor, qui ne pouvait être vrai que pour moi. C’est là, dans une imitation de décor en carton-pâte, que je versais distraitement dans des verres en plastique du Dollorama, comme un élixir.

Vous avez un moment, une image, quelque chose, n’importe quoi, un souvenir, l’odeur d’une doudou lavée par votre mère, et vous vous voulez me donnez cet instant? Je le prendrais et le fictionnaliserait, pour en faire une nouvelle, que je publierais ici, pour que nous pensions tous à ce que ça signifie, un moment hors de la crise.

Être toujours à part

décembre 3, 2019

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nous avons l’air pudiques parce que les putes sont pudiques aussi 

Lire Emma Becker ce n’est pas que s’arrêter aux photos d’elle sur Google Images. Ce n’est pas non plus croire qu’elle écrit pour que tout le monde fasse comme elle ou se fasse tatouer le mot pute contre le cœur ou autour de l’annulaire.

J’ai rencontré Emma Becker – Emma Becker, pas « Emma », pas « Justine », je ne me permettrais pas de l’appeler par son prénom comme sur un plateau télé quand elle vouvoie et croise les bras – samedi matin. C’est pour un projet en compagnie d’une journaliste que j’admire et qui garde de ses lectures des passages étoilés et des questions toujours intéressantes. Moi je suis celle qui demande « quel type de mec tu choisirais de payer pour baiser? » J’exagère. Enfin.

Avant de la rencontrer je l’ai lue. Je n’ai pas lu ses premiers livres. J’ai lu des entrevues, dans lesquelles elle parlait des auteurs qu’elle aimait, de bordels aussi, elle parlait déjà de bordels il y a près de dix ans. Du corps. Du désir. Je lirai ses premiers livres. J’ai lu son troisième, La Maison, contrairement à plein de gens qui en parlent, en se vantant presque de ne pas l’avoir lu.

Dans La Maison elle parle de la facilité, de ce concept faussé que les personnes empruntent pour débattre des escortes, comme si elles n’étaient que des corps vaniteux, couchés sur du satin, à attendre les coups de bite et les billets. La facilité, « c’est le mot qu’utilisent les autres, ceux qui ignorent s’il est facile ou non de baiser six fois par jour, de sucer autant de queues et de le faire bien, avec le sourire, sans coup de dent maladroit, sans un soupir d’impatience. »

Alors que sur les réseaux sociaux des autrices revendiquent une littérature qui devraient préserver les jeunes filles de toute envie autre que des brownies et croient qu’Emma Becker a écrit un livre romantique sur la prostitution, Becker décrit la séance d’un mec qui répand sa merde quand il se fait pegger et fait dire à un de ses personnages que « le problème avec ce métier, c’est qu’au bout d’un moment, ton corps ne sait plus quand tu fais semblant et quand tu sens vraiment quelque chose. »

Elle décrit les limites du corps et appelle les lecteurs à tester leurs propres limites quant à la morale et à ce qu’ils aiment. Peut-être qu’ils n’aiment pas baiser. Peut-être qu’ils ne peuvent pas comprendre que des femmes puissent vouloir baiser dans un cadre différent que celui d’un souper au restaurant suivi d’une invitation à prendre un faux café dans un appartement. « Ce métier en appelle à la capacité des femmes à perdre leurs repères et à les retrouver tels qu’ils étaient à la même place. »

Quand j’ai rencontré Emma Becker, elle m’a parlé de l’absence de compétition dans un bordel, de cette bienveillance entre filles, de cette chair qui, peu importe l’âge ou le poids, peut faire bander. En France, alors que des féministes lui disent que sa chatte ne lui appartient plus parce que trop de mecs y ont giclé et qu’elles tentent d’empêcher les passages de Becker hors du lit – parce que les putes, il faut les faire taire et attendre qu’elles meurent, pour parler à leur place, il faut leur inventer des traumatismes d’enfance et une détresse liée au foutre dans leurs cheveux – et au Québec, alors que ce sont Julie Snyder, Sylvie Payette, Evelyne Gauthier et d’autres qui osent remettre en question ce que Becker a écrit, qui osent dire qu’elle invente peut-être tout, je trouve pénible ce sentiment que des femmes en oppressent d’autres.

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Je n’aime pas écrire contre des femmes – quand une réalisatrice a publié l’an dernier la photo de masseuses sur Twitter en demandant aux policiers d’intervenir, j’en ai parlé, sans mettre son nom, même si elle mettait en danger la dignité des travailleuses du sexe, même si elle traçait une ligne de rupture entre elle et ces personnes qui boivent du Orange Crush entre deux clients à masser. Je n’ai pas cette même retenue envers les hommes. Je ne dois rien aux hommes. Ça me brise, de voir des femmes qui préfèrent croire qu’elles sont au-dessus de ça – au-dessus de ce besoin d’avoir de l’argent pour des croissants, des albums à colorier, le loyer, des études, un psychologue pour un enfant.

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Quand Emma Becker parle de travail du sexe, elle parle de temps. Elle n’a jamais dit que c’était un travail comme un autre – même si Julie Snyder, à Tout le monde en parle, le visage en catastrophe, a décidé de rester à l’image d’usine, elle, qui, productrice et animatrice, place des femmes en série et robe, derrière des valises, silencieuses, jusqu’à ce qu’un homme leur donne des ordres, elle, qui, productrice, invite à donner des illusions d’amour pour un condo et des voyages.

Emma Becker l’écrit : « Ça n’a rien d’un métier comme les autres que de louer cette partie-là de notre corps ainsi que cette intimité si large, si vague. Il suffit, pour en avoir le cœur net, d’imaginer la mine contrite de l’employé de banque auquel on répondrait « pute » à la question Que faites-vous dans la vie? On peut être aussi fortes et convaincues qu’on veut, ce n’est pas rien d’être toujours à part. Nul besoin des autres pour le sentir, mais les autres ne se privent pas de le faire savoir. »

Avec ou sans lubrifiant

octobre 11, 2019

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photo par Myriam Lafrenière

Une amie m’a m’a remerciée cette semaine de fister son esprit. Et le mec qui a la plus belle chienne du quartier en a rajouté:  » Tu golden shower mes journées grises avec tes articles. » 

Je suis choyée.

J’aime ça venir dans ta tête

octobre 8, 2019

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#inbed #naked #selfie #face #fakeblonde

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Je suis lente pour écrire. Je n’ai pas de raisons. J’ai des journées à chercher des stickers à coller dans mon agenda, des journées à faire des muffins aux carottes qui ne goûtent rien et que les enfants refusent de manger, des journées d’une vidéo de pieuvre qui change de couleur en dormant, des journées à décrire des queues (vous pouvez me demander, c’est un service que j’offre maintenant, la description de vos photos de queues en échange d’argent pour de la vodka), des journées à marcher, à lire, à changer de couleurs de vernir, à commencer un projet, à boire en parlant de commencer un nouveau projet.

Je reste lente pour écrire.

 

Mais cet automne j’ai participé à deux livres qui sont publiés. J’en suis trop fière. Hustling Verses, une anthologie de poèmes de travailleurs.ses du sexe du monde entier. Et Je suis indestructible, un livre-objet d’art, dans lequel je raconte mon agression sexuelle et l’après-agression sexuelle, et aussi toutes les merdes que je suis prête à faire quand je suis en amour.

Lisez-moi please. J’aime ça venir dans votre tête.