Archive for the ‘reading is sexy’ Category

Une réélection plus importante qu’un jugement de la Cour suprême?

avril 13, 2017

Les travailleuses du sexe sont souvent traitées comme de la merde, comme si elles ne comptaient pas, comme si leur sécurité, leur autonomie corporelle et financière ne comptaient pas.

Le maire de Montréal, ainsi que plusieurs maires d’arrondissement (hello Croteau, hello DeSousa) préfèrent rester copains comme cochons avec les citoyens qui se plaignent des masseuses et de leurs lubrifiants, plutôt que de respecter un jugement de la Cour suprême indiquant que toute nuisance genre du bruit ou des bouteilles d’alcool fracassées dans une ruelle sont moins importantes que la dignité et la sécurité des travailleuses du sexe.

Lisez mon article dans Vice pour en savoir plus, alors qu’aucune preuve de crime organisé ou de trafic humain n’a été découverte: À quelques mois des élections municipales, Denis Coderre revient à la charge contre les salons de massage.

Les garçons ennuyeux et les livres qui ne le sont pas

avril 4, 2017

J’ai pleuré pendant trente minutes après avoir terminé Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Céleste Ng, c’est un suspense mais aussi un drame très dense, privé, tout se passe dans une famille et quand je l’ai terminé je n’ai pas pensé à ce qui s’était produit en fiction, mais à toute la pression que les personnages vivent, fausse ou vraie, et je pleurais parce que j’espère tellement que mes enfants ne ressentiront jamais ce genre de pression pour être ce qu’ils croient que je voudrais qu’ils soient. Je ne veux rien. S’ils aiment chanter Barbie Girl avec moi, tant mieux, mais je ne veux rien, je veux eux.

J’ai aussi lu en partie Comment ne pas mourir du Dr Michael Greger et Gene Stone et je l’ai refilé à mes parents pour qu’ils ne meurent jamais.

Puis un livre d’Alice Hoffman, au titre si mal traduit (Local Girls devenu Mes meilleures amies, alors qu’il n’y a pas de meilleures amies dans ce livre, il y a deux filles et un frère qui cherche des amphétamines au lieu d’aller à Harvard, un grand-duc comme animal domestique, des déceptions, le cancer, un père qui trompe et disparait et du beurre caché partout) mais qui laisse une trace douce-amère dans ma tête.

Gretel, dans son journal intime: “Ils ne sauront jamais qu’un garçon peut être ennuyeux au point que vous vous laissez embrasser uniquement pour qu’il se taise.”

La virginité et le racisme inversé n’existent pas

février 28, 2017

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Le concept de la virginité est hyper injuste: c’est sexiste et hétéronormatif, assez pour faire angoisser une copine qui avait demandé, à sa blonde, durant les années d’école secondaire, si elle resterait toujours vierge vu qu’elle était lesbienne.

J’ai écrit à ce sujet sur Vice. Des amis y ont joyeusement contribué et j’y ajoute aussi des détails croustillants sur l’hymen, qui était d’abord un dieu couronné de fleurs et non une membrane à déflorer.

Extrait: “Une femme doit voir sa vie changer par le frottement d’un pénis contre ses parois vaginales. Soraya, une amie, n’est pas convaincue : « Moi je ne m’en rappelle plus vraiment. Au moins je sais c’était avec qui. » Perdre sa virginité est un acte si mémorable qu’il porte un nom, alors que d’autres événements annonçant un tournant dans la vie de tout le monde n’ont pas de nom véritable. La première fois qu’on fait un pas, la première fois qu’on lit une nouvelle d’Alice Munroe, la première fois qu’on boit un gin-tonic : il n’y a pas de terme qui désigne ces aventures importantes, ni l’idée qu’en goûtant du gin Tanqueray nous perdons quelque chose.

À Canoë, ma chronique est sur ce qu’il ne faut pas dire aux victimes d’agressions sexuelles. Même mon mec se sent trahi parce que je ne lui raconte pas tout en détails, so je trouvais important de tout noter pour conseiller les autres et renvoyer mon mec vers mon texte s’il me redemande une autre fois ce qui s’est passé de la chambre de mes parents à la commode de ma chambre.

Extrait: “Il ne faut jamais minimiser une agression. J’ai déjà dit à une amie, qui était sous le choc de s’être battue avec un agresseur sexuel dans une ruelle qu’un viol, ça n’enlève rien. Qu’un viol, ça ne nous tue pas, qu’on ne nous vole pas une partie de soi-même. Je regrette de lui avoir dit ça. Elle n’avait pas besoin d’un sentiment qui amoindrissait ce qu’elle avait vécu. Il y a 10 000 façons de vivre un viol. Certaines personnes vont sentir qu’effectivement on ne leur vole rien du tout, certaines personnes seront plus en colère qu’anxieuses, et d’autres auront l’impression de ne plus avoir de corps, que leur corps n’est plus le leur, longtemps.”

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Et une vidéo et des textes importants à lire pour se déconstruire, ne pas se limiter à une ignorance facile d’enjeux cruciaux et pour mieux comprendre des expressions comme “racisme inversé” et “féminisme blanc”:

Appelons les racistes des racistes en 2017

Extrait: “Mes parents sont des êtres intelligents. Ce qu’ils voulaient que je comprenne, c’est que je suis noire et que je le serai toujours. Les gens vont pas cesser de me le rappeler. Donc, il fallait que j’en sois consciente. Même si je suis d’ici, ils agiront toujours comme si je viens d’ailleurs.”

7 raison pour lesquelles le racisme anti-blanc n’existe pas

Extrait: “C’est dur pour les blancs de confronter la réalité du racisme et les commentaire des gens de couleur sur comment le pouvoir et le privilège fonctionnent, c’est tentant de prendre ces commentaire comme une attaque personnelle et insister que les gens de couleurs sont méchants qui est souvent une tentation de fuire les accusations de racisme inversé.”

What is “white feminism”?

Extrait: “The term « white feminism » was coined sometime around that time, by people wishing to distinguish it from intersectional feminism, and has been used as a way to critique some prominent feminists’ tendency to keep treating issues that don’t affect primarily white suburban women as unimportant.”

Toutes des licornes

février 9, 2017

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L’an dernier, un mois avant le 8 mars, la journée célébrant les femmes du monde entier, j’avais décidé de faire le portrait de femmes inspirantes. Inspirantes grâce à un minuscule détail – le pantalon de corduroy rouge qu’une portait avant d’aller nager – ou grâce à tout ce que je connais d’elle, leur adolescence, leurs voyages en mer, leur foi ou leur craintes.

Cette année, je ne pourrai être aussi assidue, mais je vous propose de découvrir ou relire certains portraits de l’an dernier.

Marilyne ne vend pas de limonade 

Anne a un visage de chat 

Delphine ne se soumet à rien 

Élisa est une conquérante 

Bisous à la tartinade de betteraves!

Golden shower et Peppa Pig

janvier 17, 2017

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Jeudi dernier j’étais au téléphone, les pieds sur mon bureau, à placoter golden shower avec le duo de Marceau le soir, quand ma fille est arrivée en pleurs parce que son émission était terminée. J’avais mis mes enfants devant une quantité sans fin de Peppa Pig, mais c’était terminé, elle pleurait, je ne pouvais rien faire sauf lui promettre mille trucs et la supplier de ne plus pleurer ou de pleurer très très loin de mon téléphone.

C’était live. J’étais gênée. L’équipe de Marceau le soir est plus chouette que chouette alors ils ont pris ça de façon super chill (merci!), mais pour me sentir moins honteuse je me suis versé du vin blanc dans une tasse vintage et j’ai écouté les premiers épisodes ever de la téléréalité des Real Housewives de New-York.

Écoutez-moi parler de pipi avec Marceau le soir et de poupée qui fait caca avec ma fille!

Et lisez ma chronique sur Trump et les pratiques qui ne devraient pas être honteuses au lit (mais achetez-vous un bon drap pour les jeux de golden shower et tout).

Un dix-huitième d’orgasme

janvier 8, 2017

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“On léchait des piles pour ressentir une décharge métallique sur la langue, qui correspondait soi-disant à un dix-huitième d’orgasme.”

The Girls, Emma Cline

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Les mauvaises scènes de cul

novembre 27, 2016

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La semaine dernière, devant un risotto aux morilles et un verre de vin blanc, ma copine Topaze m’a dit qu’elle cherchait à lire des nouvelles érotiques qui lui donneraient le goût de baiser. Je lui ai donné quelques suggestions (en extra: Susie Bright et Violet Blue parce que Violet Blue est parfaite), mais j’étais d’accord avec elle: souvent ce n’est pas mouillant, l’érotisme.

Les longues histoires qui se passent dans un manoir, avec dix paragraphes sur la texture des rideaux et la grandeur du canapé pour finalement deux lignes sur des coups de bassin, c’est insuffisant. Et c’est pour ça que je regarde autant de films porno – éthiques et euh moins éthiques aussi, mea culpa.

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Chaque année, je m’amuse en lisant ce que la littérature propose comme pires scènes de cul.

Les candidats cette année au Bad Sex in Fiction Award:

  1. A Doubter’s Almanac d’Ethan Canin

Extraits (traduction libre): “Pendant leur relation sexuelle, elle devenait muette, allant directement par dessus lui, comme un lion sur sa proie. Ses yeux restaient grand ouverts, alors qu’Andret gardait les siens fermés; mais chaque fois qu’il les ouvrait, voilà comme elle était, le regard fixe, les pupilles noires insistantes.”

“L’acte sexuel en soi était plein de ferveur. Comme une partie de tennis, quelque chose qui se performe à la lumière du jour entre compétiteurs.”

  1. The Tobacconist de Robert Seethaler

Extraits (traduction de Maïa Mazaurette, merci): “Comme son pantalon glissait sur ses jambes, tous les fardeaux de sa vie jusqu’à ce jour semblaient s’effondrer; il renversa la tête et se tourna vers l’obscurité sous le plafond, et pendant un instant béni, il pensa comprendre les choses de ce monde dans toute leur incommensurable beauté. Comme c’est étrange, se disait-il, la vie, toutes ces choses. Puis il sentit Anezka glisser devant lui au sol, sentit ses mains saisir ses fesses nues pour l’attirer vers elle. «Allons, mon garçon !», l’entendit-il chuchoter, et avec un sourire il se détendit.”

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  1. Men Like Air de Tom Connoly

Extraits (traduction de Maïa Mazaurette): “Le passeport de Dilly s’élevait de la poche arrière de son jean au même rythme de ses fesses quand elle le suçait. Il s’inclina par-dessus elle pour saisir le passeport avant qu’il n’atterrisse sur le plancher dégoûtant. Malgré les circonstances du moment, la nature humaine l’obligea à jeter un coup d’œil à sa photo d’identité.”

  1. The Butcher’s Hook de Janet Ellis

Extraits (traduction de Maïa Mazaurette): “Son doigt est à l’intérieur de moi, son pouce formant des cercles, et je déborde comme du grain coulant d’un seau. Nous étouffons nos bruits, nous chuchotons comme une congrégation épiscopale pendant le sermon.

– Jusqu’à maintenant, je pensais que le son le plus doux que je puisse entendre était des vaches qui mâchent de l’herbe. Mais ça, c’est mieux.”

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  1. Leave Me de Gayle Forman

Extraits (traduction de Maïa Mazaurette): “Et elle se rappelait être restée debout devant lui, sa robe comme une flaque sur le plancher, et comment elle avait commencé à trembler, ses genoux s’entrechoquant, comme si elle était vierge, comme si c’était la première fois. Si elle s’était autorisée à espérer, c’était ce qu’elle aurait espéré. Et maintenant voilà. Et c’était terrifiant.

Jason avait pris sa main et l’avait placée sur son torse nu, sur son cœur, qui battait sauvagement, en tandem avec le sien. Elle avait pensé qu’il était juste excité.”

  1. The Day Before Happiness d’Erri De Luca

Extraits (traduction de Maïa Mazaurette): “Elle enleva ses bras de mes épaules, guida mes mains sur ses seins. Ouvrit ses jambes, remonta sa robe et, tenant mes hanches sur elle, poussa ma queue contre son orifice. J’étais son jouet, qu’elle déplaçait à volonté. Nos sexes étaient prêts, en attente, se touchant à peine : des danseurs de ballet planant en pointe.”

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Plusieurs lecteurs du Literary Reviews ont aussi voté pour nominé les conversations de vestiaire de Donald Trump, mais comme ce ne sont pas des conversations fictives, elles n’ont pas été retenues. Le gagnant sera annoncé le 30 novembre.

À noter: Un auteur s’est déjà rebellé contre ce prix, répliquant qu’il était important d’en rire, du sexe, et proposant qu’un autre prix soit offert également, celui de la meilleure scène de cul.

Camomille et vodka: I want it all

novembre 26, 2016

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Je suis une fille simple pour vrai genre j’ai pas besoin de plus qu’un pyjama chaud/être toute nue sous une couverture chaude, un sac de popcorn et des câlins pour être la personne la plus heureuse du monde. Je dis jamais carpe diem mais je sens que chaque moment toute nue sous une couverture chaude est un moment qui me grounde très bien dans le présent.

Même si j’ai pas besoin de beaucoup pour être souriante-comme-si-je-venais-de-jouir, j’ai besoin pas juste de câlins, j’ai aussi besoin d’un verre de chardonnay ou d’un verre de bulles ou du gin dans ma Red Bull sans sucre. Je bois une tisane à la camomille et un verre de vin blanc avant de m’endormir.

J’ai un rapport compliqué avec l’alcool: j’aime ça boire et j’aime pas ça boire. C’est pas seulements pour les calories, c’est pour le sentiment de dépendance qui me lie un peu trop avec le personnel de la SAQ.

J’ai écrit deux articles récemment à Vice sur le sujet. Lisez-les. Je ne parle pas que de moi. Je parle de Janis Joplin et plein de gens intéressants interviennent et parlent de leur propre rapport à l’alcool, à sa glorification et aux saouleries qui se terminent dans son pipi.

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Extrait de Est-ce que je bois trop?: « Il s’est saoulé tous les jours pendant une semaine. « Samedi dernier, après avoir bu deux bouteilles de vin rouge de dépanneur en 40 minutes, déchiré mon chandail, cassé un cadre, brûlé ma lèvre sur une ampoule parce que je chantais dedans en faisant semblant que c’était un micro, appelé des amis pour m’excuser de boire, uriné sur le plancher de ma cuisine, glissé sur mon urine et cogné mon coccyx, j’ai réalisé que, si certaines personnes digèrent mal le gluten, moi je ferais mieux de me passer de l’alcool. » »

 

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Extrait d’Une gorgée de liberté ou du brainwash?: “J’avais bu une seule fois, assez pour me retrouver sur un matelas dans la chambre de ma meilleure amie, à promettre de ne plus jamais boire parce que se saouler à la Bleue, ce n’est pas bon pour le teint ni pour les histoires d’amour.”

Le plus beau roman d’amour de tous les romans d’amour

novembre 12, 2016

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Avant de lire Victor-Lévy Beaulieu pour la première fois à l’université, je liais cet auteur, ce monstre et génie de la littérature à des séries télé que je n’écoutais pas.

La saga des Beauchemin, elle, est plus que marquante. J’ai lu Don Quichotte de la Démanche pendant un chiffre de webcam. J’étais en lingerie sur un divan-lit et je lisais Victor-Lévy Beaulieu, payée 13,75$ l’heure, en attente de clients qui voudraient se branler devant leur ordi.

C’est le plus beau roman d’amour de tous les romans d’amour.

Je l’avais emprunté à la bibliothèque et jamais relu, puis je l’ai trouvé, dans un bazar, comme un trésor, entre des Mary Higgins Clark et des Paulo Coelho.

Je n’ai pas aimé étudier en littérature, sauf pour quelques rencontres que j’ai faites – comme le poète souverainiste à la queue la plus grosse de l’université et la ballerine/danseuse de baladi/auteure jeunesse/maman d’un bouvier bernois/amoureuse de David Bowie – et pour ce prof qui m’a fait lire des Victor-Lévy Beaulieu, et qui acceptait, en guise de travaux à remettre, que je raconte en mille cinq cent mots pourquoi j’étais fascinée par les danseuses nues.

Extrait de Don Quichotte de la Démanche: “Je suis à bout, ne croyant plus à rien, incapable même de forcer le réel à se produire, c’est-à-dire de l’inventer, ce qui serait ma seule porte de sortie et l’échappatoire ultime, cette déraison assumée qui me ferait tout autre, meilleur que je ne suis, grand seigneur de mes terres, maître de ce domaine que j’étais en train de construire avec Judith mais dont il ne reste plus maintenant que la parabole, que cette liquide ivresse dans laquelle il faudra bien que je me fonde et me corrompe, tout mutilé dans mon intérieur, inconsistant et inconséquent, lâche, si dérisoirement lâche, ô ma Judith!”

Juger les filles qui s’achètent du glitter pour travailler

novembre 5, 2016

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Je suis obsédée par les pornstars, les concours de beauté et la pizza. Dans un article pour Vice, plusieurs gorgeous babes de l’industrie du sexe ont été hyper généreuses et ont accepté de me parler de ce qui représente un des plus grands dangers de l’industrie: le jugement.

Tous les performers dans l’industrie du sexe se font juger et c’est quasi impossible de s’en sortir (quand ça devient trop fatiguant de s’enduire de glitter pour aller travailler, as if!) – parce que lorsqu’une actrice ne fait plus de porno, son passé la rattrape et elle est contraite à abandonner son travail pour ensuite revenir dans le seul milieu qui l’accepte, celui de l’industrie du sexe.

Forever des salopes dans la tête de ceux qui se branlent ou qui mouillent en espérant nous sauver de l’indécence? C’est plus que triste. Lisez ce que Harley Hex, Claudie Auclair et d’autres m’ont confié.