Posts Tagged ‘déménagement’

Lampions & Lucky Charm

février 27, 2019

Shot with NOMO INS W.

Je n’ai pas de vernis sur les ongles. J’ai recommencé à écouter des émissions télé en lavant la vaisselle. J’ai déménagé début janvier et je ne sais pas encore qui sont mes voisins, mais personne ne se plaint que je passe beaucoup de temps en petite camisole et petite culotte devant les fenêtres.

Je trouve plein de choses très faciles, et j’aime envoyer des bisous et allumer des lampions pour les personnes dans mon cœur qui en ont besoin, mais je trouve d’autres choses plus difficiles. Je n’ai plus tant confiance en moi, en vieillissant, en fait j’ai très souvent confiance en moi, mais je réalise que c’est hyper instable. Je suis la personne la plus extraordinaire une semaine par mois, et pendant une autre je dormirais tout le temps. Ou je prendrais des bains. Tu voudrais sans doute être à la place de mon chat, mais je prends mes bains toute seule. Avec du sel d’Epsom, un livre ou parfois les mêmes épisodes d’une émission que j’écoutais il y a dix ans et que j’écoute en faisant la vaisselle et en caressant ma peau sous l’eau.

J’ai découvert grâce à Ariel Rebel que c’était possible d’acheter genre 20 kilos de guimauves Lucky Charm via Amazon et ça fait ma journée je crois.

Shot with NOMO INS W.

Les dernières pointes de Sylvie

février 12, 2016

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

ballerine

« J’aimerais offrir ma dernière paire de pointes à Élisa. Je voulais savoir ce que tu en pensais. Elles sont vieilles, mais je suis certaine qu’elle pourra s’amuser avec, lorsqu’elle se déguise. »

Le cœur serré, j’ai accepté.

Sylvie se séparait de ce qu’elle n’amenait pas dans son nouveau logement. Après vingt ans près de la rue Masson, elle se retrouvait à déménager au mois de février, plus près du McDonald’s de la station Langelier que de La Chocolaterie du Vieux-Rosemont.

Elle m’a écrit ensuite, pour me dire qu’elle avait accroché, à ma boite aux lettres, un sac, pour ma fille. Dans le sac, il y avait sa paire de souliers de ballet. Et une petite carte. Elle s’excusait, Richard a déjà mis dans des boites mes emballages cadeaux et les sacs et les cartes, ne regarde pas le sac, et les pointes sont vieilles, elles sont abîmées.

Les pointes de chez Rossetti étaient magnifiques.

J’ai expliqué à Sylvie que je ne pouvais pas les donner à ma fille.

Ce serait les premiers chaussons de ma fille, les derniers de Sylvie, qui ne danse plus sur une scène, mais le vendredi, dans le salon d’une amie, oui, parfois le vendredi, sur les chansons de Stromäe, pour oublier la fatigue de son corps, les os qui font mal, les mains qui ne s’ouvrent et se ferment plus aussi facilement, les jambes si minces, si délicates, qui la font souffrir, et qu’elle oublie, quand elle marche dans le quartier, souriante, la tête blonde, ou qu’elle danse, dans le salon de Brigitte.

Sylvie est allée nous rejoindre à la maison. Elle a défait son manteau, l’a mis contre la chaise de ma fille. Je lui ai proposé un thé à la citronnelle. Je lui ai redonné le sac qu’elle avait laissé à ma porte.

Elle a offert les souliers à ma fille. Le papier de soie sur le plancher, Élisa a pris les pointes. Elle les a mises. Je ne voulais pas lui demander de danser. Je ne voulais pas provoquer quoi que ce soit. Je voulais la voir avec les pointes. Je voulais voir Sylvie la voir avec les pointes.

Élisa s’est tout de suite mise sur la pointe des pieds. Sylvie l’a applaudie.

« Tu pourras lui mettre de vieux bas, au fond des chaussons. »

Ni mes enfants, ni Sylvie ne touchaient aux croustilles de banane plantain ou aux raisins enrobés de yogourt.

Ma fille s’est faite un tutu de papier de soie bleu. Sylvie me parlait des auditions, du sang sur ses pieds, des chevilles des autres ballerines.

Elle m’a fait promettre que nous nous reverrions, même si elle n’était plus en face, même si le matin, nous ne cognerions plus à la fenêtre, pour la saluer, nous en pyjama, elle, souriante, la tête blonde, se dirigeant vers son bureau sur la rue St-Hubert.

Il y aurait d’autres thés et des applaudissements et Sylvie qui ne dit jamais qu’elle est malade, mais que son corps l’empêche parfois de téléphoner ou de danser sur une chanson de Stromäe.

Boites de dildos à déménager

juillet 2, 2010

Je prends le métro en jeans déchirés et en running shoes, je me sens pas moi-même, sans ma démarche de pétasse en talons hauts. Misha et Travis sont surpris de me voir comme ça, ils avaient parié qu’ils entendraient le bruit de mes talons de quatre pouces sur le trottoir. Je leur tire la langue : « Je vais pas vous aider à sortir vos boites de livres et de dildos habillée en pute. Je me suis même pas lavée les cheveux ce matin. » Misha remarque que je porte un soutif jaune fluo. Nous attendons trente minutes le camion de déménagement, et la maman, le beau-papa et les huit frères et sœurs de Misha.

Dans le camion, en sueur, après avoir collé vingt mille boites contre mes seins, je prends le walkie-talkie du beau-papa, et je tente de parler à Misha, dans l’auto de sa maman, à quelques mètres de nous : « Hello? Hello? Es-tu autant mouillée que moi chérie? » Pas de réponse. Puis un crachottement : « Tu n’es pas sur la bonne fréquence. Je suis un chauffeur de taxi, moi. » Je ferme le walkie-talkie, après avoir répété pardon, pardon, et je demande au beau-papa de Misha s’il se rappelle sur quelle rue nous devons nous rendre.

Près du Cinéma Beaubien, nous nous stationnons dans une ruelle. Pascal, un ami de Travis, de retour des plages nudistes de Vancouver, I speak English well now, aide à soulever les meubles que j’évite, me cachant dans la cuisine pour manger un sandwich au thon préparé par la maman de Misha. Je feuillette une revue trouvée dans le bac de récupération des voisins : « Man, Misha, tu savais ça, toi, que si ton gâteau colle au couteau quand tu le coupe, il faut que tu utilises un morceau de fil dentaire et que tu tranches le gâteau en déplaçant légèrement le fil de droite à gauche? »