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Quand Pierre-Yves McSween écrit à mon patron pour demander mon congédiement

mars 12, 2018

Samedi, le comptable/auteur/chroniqueur Pierre-Yves McSween s’est interrogé sur Facebook à propos d’une annonce immobilière. « L’annonce ne dit pas « à 23 secondes d’un bar de danseuses de la rue Ontario »…ni à 1 minute du Bercy : restaurant de haute gastronomie. Je me demande pourquoi… » Une amie escorte m’a fait parvenir une capture d’écran. Les escortes ne vivent pas enchaînées à un lit de motel : nous nous parlons de tout, des éponges à utiliser quand nous sommes menstruées, des mauvais clients et de tous les jugements qui nous pourrissent la vie, comme celui de Pierre-Yves McSween.

Dans le fil de commentaires de sa publication Facebook, il en profitait aussi, selon une jeune femme qui avait communiqué avec lui et qui habite avec sa fille à deux minutes de la maison en vente, pour dire qu’il fallait manquer de jugement pour habiter un quartier comme ça, plein de « prostitution de rue et de drogues », et que c’était donc nocif pour les enfants.

Je lui ai rétorqué, via Twitter, que si ce n’était pas indiqué, le Bercy et le bar de danseuses nues, c’était peut-être parce que tout le monde avait encore les mêmes préjugés que lui (outre le fait que les agents immobiliers n’ont pas à faire la carte touristique de chacune des demeures à vendre).

Il en a profité pour interpeller mon employeur, le Sac de Chips du Journal de Montréal, via Twitter et messages privés, afin de comprendre pourquoi j’étais encore une de leurs employées. Il a aussi souligné que je ne savais pas lire.

Ce n’est pas vrai.

J’ai déjà lu à voix haute un essai pendant que j’étais filmée, la queue d’un mec entre les fesses.

J’ai lu aussi beaucoup de livres avant d’avoir dix-huit ans et mille amants, j’ai lu Du côté des petites filles, la même édition que ma mère avait lue d’abord, celle qu’elle avait annotée et soulignée au crayon Bic, j’ai lu un recueil de poésie américaine dans le sable; je l’avais acheté dans une librairie où il y avait trois ou quatre chats, j’ai lu Virginie Despentes et des revues Maxim, et le lendemain je ne tuais personne. J’allais enseigner le ski à des enfants de quatre ans ou je chantais Hit me baby one more time et Evita dans l’escalier de mon école privée.

Aimer pour ne pas avoir à se prouver que tout est possible ailleurs

C’est une amie qui chantait avec moi. Elle habite en Suisse maintenant. Je n’ai jamais voyagé, je le regrette, ça et ne pas être devenue une espionne, ce sont peut-être mes seuls regrets. Quand j’ai eu dix-huit ans je suis tombée en amour avec le même homme qui m’avait laissée quand nous avions quinze ans. Il préférait jouer au base-ball avec ses copains plutôt que de me tenir la main. Je me suis mariée avec lui au lieu de devenir une fille au pair dans une famille londonienne. C’était par amour ou parce que comme ça, je n’avais rien à prouver. Je n’avais pas à apprendre à cuisiner autre chose que des grilled cheese. Je n’avais pas à apprendre à conduire. Je n’avais pas à prendre l’avion sans laisser à mes parents des lettres dans lesquelles je leur disais des secrets, si j’étais trouvée morte dans l’océan. Je leur laisse toujours des lettres comme ça, dans des paquets de céréales ou au congélateur. Si je disparais, ils sauront tout de moi, entre des croquettes au simili poulet et des morceaux d’ananas congelés.

Si je suis devenue escorte c’est parce que je trouvais ça ennuyant être libraire. Pas parce que je ne savais pas lire. Ni parce que je suis faite pour plaire. J’ai les yeux cernés. Je ris en grognant comme un cochon. Je mange des Cheetos et de la pizza toute garnie au lit. Je ne sais pas plier un drap contour et je n’ai pas envie de regarder des vidéos sur youtube pour savoir comment. J’ai les ongles cassants, et même si je prie le soir avant de m’endormir, je ne pardonne pas ni n’oublie facilement, je ne veux pas, je me souviens encore du goût des derniers repas avant chacune de mes ruptures, je me souviens des ballerines que je ne pouvais pas porter pour toi, je me souviens de tout sauf de la première fois que j’ai vu ma fille.

Les filles comme moi qui sont payées

Je me souviens aussi de toutes les remarques faites sur les filles comme moi. Les filles payées pour des fellations avec condom à la menthe. Les filles payées pour écouter. Les filles payées pour sommeiller entre une réunion d’affaires et un vol vers Tokyo. Les filles payées pour caresser les marques d’une guerre sur le dos d’un homme ou celles d’un cancer. Les filles payées pour aimer les cicatrices. Nous les aimons souvent les cicatrices. J’en ai au poignet. Comme des bracelets tracés au couteau. J’avais quinze ans, seize ans et plus de vingt ans. C’était pour ne pas hurler.

Maintenant je hurle et je porte les bracelets de boutons et de fil de pêche que me créent ma fille.

Tout ce que je sais faire à part chanter l’alphabet

Quand un homme connu, cette fin de semaine, a ridiculisé les filles comme moi, a écrit que c’était nocif, élever des enfants dans un quartier avec des filles qui dansent et des filles qui sont debout sans attendre un autobus, avant d’écrire que je ne savais pas lire et qu’il ne comprenait pas pourquoi j’écrivais encore, pourquoi j’étais payée pour écrire, je ne l’oublie pas.

Je sais sucer. Je sais aussi encore pleurer devant des films pour enfants. Je suis allée voir Ferdinand, avec mes enfants et mon amoureux, et j’ai pleuré, quand, devant le gentil taureau, les spectateurs ont lancé des fleurs rouges. Je pleure souvent. Je sais pleurer et choisir un mascara bien waterproof.

Et je sais lire, même si je n’ai pas lu le livre de celui qui s’est moqué de moi et même si je ne me sentirai jamais plus importante que ceux qui ne savent pas. Il y a un homme qui venait me voir avant, il me parlait de la marque de ses jeans et de Wong Kar Wai, et je lui parlais de littérature nordique. Il y un autre homme qui était un soir médecin et un mois après il construisait des gratte-ciels ou vendait des cellulaires. Il y en a d’autres qui me prenaient dans leur bras et ça suffisait pour qu’ils se jouissent dessus. Un qui m’a demandé s’il pouvait chuchoter salope à mon oreille. Aucun pour me faire sentir comme si je ne méritais pas d’écrire et d’être entendue quand je hurle doucement ou quand je rentre des faux ongles dans la paume de mes mains.

Je demande des excuses.

Véronique Legault veut m’envoyer une mise en demeure

février 28, 2017

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J’ai écrit récemment sur une amie qui est victime de racisme et de menaces très violentes. Une des personnes qui avait publiquemment écrit qu’elle souhaiterait que mon amie meure, qu’elle “se brise le cou la chienne”, a décidé de m’écrire un message privé sur Facebook.

Un message privé dans lequel elle m’appelle par mon vrai nom (ouh la la vous êtes tous surpris que mon véritable nom ne soit pas celui d’un personnage inspiré par Gainsbourg) avec un petit smiley et me menace d’une mise en demeure si je ne m’excuse pas ni ne retire mon billet de blogue qui révèle l’étendue de sa haine et de son racisme.

Je ne sais pas si elle voulait me faire peur ou si elle croyait vraiment que j’allais écraser mes 36C sur le plancher de ma chambre et me soumettre à ses demandes.

Non. Je ne tolère pas le racisme. Non. Je ne tolère pas l’intimidation.

« Je n’aurais aucun problème à la crisser dans une salle pis la battre pendant des heures à coups de poing. »

février 4, 2017

Kali Queen

J’aime croire que je suis douce et gentille et que mes ongles sont trop régulièrement limés pour ne pas se transformer en griffes. Sauf que lorsque mes enfants ou une personne que j’aime est attaquée, je ne veux plus être douce et gentille et mes ongles tapent sur mon clavier même si je voudrais faire autre chose quoi je sais pas.

C’est totalement injuste, la violence rencontrée par certaines personnes, comme Kaligirwa Namahoro, une reine qui refuse bullshit et soumission, une reine qui donne des conférences et milite activement contre tout ce qui tue et trouble et rend silencieux les autres.

Kaligirwa crache sur le silence. Au racisme, au sexisme, à la transphobie ou à l’homophobie, Kaligirwa s’oppose et lutte et dicte des mots dicte la réalité, tell it like it is, des white tears c’est des white tears et des cheveux en motton c’est pas des dreads. Ce doit être lourd parce que sa voix est souvent refusée et bafouée et instrumentalisée.

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Ce n’est pas seulement sa voix qui est menacée, ce sont ses doigts que quelqu’un rêve de voir écrasés, son cou brisé, son corps recouvert d’hématomes, tout ça tout ça librement avoué sur les réseaux sociaux.

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Cette violence Kaligirwa la reçoit et ce n’est pas juste et ce n’est pas normal et il n’y a rien à relativiser. C’est grave.