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Rien ne se résout mais tout se célèbre avec les Armoires Normandes

septembre 22, 2016

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Quand je vais au théâtre, j’ai toujours peur d’avoir envie de pipi pendant la pièce. J’avançais vers l’Usine C, et je pensais à ça, à mon envie de pipi et à un selfie à prendre avec mon amie Laura et à une photo de mes souliers à prendre une fois que je serais assise au théâtre et à mon rouge à lèvres corail que je n’avais pas eu le temps d’appliquer sur mes lèvres avant de prendre l’autobus.

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Puis j’ai tout oublié, quand un Jésus au sang semblable à de la sauce à poutine, selon lui, a commencé à saluer les spectateurs et je placotais, je pensais que Jésus était un apéro aux Armoires Normandes, mais ce n’était pas un apéro, c’était la pièce, comme m’a chuchoté une spectatrice devant moi. Honteuse, je suis restée silencieuse, avant de rire et de souffler des OMG pendant toute la pièce, au titre rappelant le cadeau offet aux jeunes mariés en France, des armoires normandes.

Mon beau-frère et ma belle-soeur en ont reçu comme cadeau de noces il y a vingt ans; c’est pour ça que je sais ça, fièrement.

Parfois je pense que rien ne me choque et parfois je me trouve choquée par tout. Quand un comédien a mimé faire caca sur une toilette, j’étais choquée, mais j’avais hâte de voir s’il allait bien s’essuyer. Et il s’est bien essuyé, avant d’embrasser une créature trouvée dans sa cuvette. J’étais choquée, mais c’est vraiment chouette être choquée. C’est comme se donner la permission de porter du rouge et du rose et une perruque en même temps. C’est choquant, mais ça délivre de tout, je me sentais opprimée par fuck all à ce moment-là, quand le mec a fait caca, je me sentais pas opprimée ou inquiétée par quoi que ce soit, même si je portais un corset trop serré.

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photo par Philippe Lebruman

Quand le comédien a tenté de rentrer ses couilles dans son anus, j’étais impressionnée et contente que ce ne soit pas une activité quotidienne de mon mec. Puis, le comédien s’est tué, en énumérant plein de raisons, Trump et le Québec libre et l’espionnage à la CAQ, et je me suis sentie super mal quand il a dû répéter son suicide à de nombreuses reprises, pour finalement faire semblant de viser des spectateurs.

Les Chiens de Navarre, avec cette pièce divisée en saynettes, créent le malaise autant que les réjouissances et les souvenirs communs.

Les Armoires Normandes nous confrontent au sexe et à l’amour, à ce qui est cru et presque tendre, et à ce qui peut être beau le temps d’un couplet, puis affreux, quand les voix faussent et se faussent. C’est quoi l’amour et le désir et pourquoi nous nous aimons ou pourquoi nous voulons que se faire avaler des papiers de divorce comme Brad et Angelina, c’est général, mais c’est pas général avec les Chiens de Navarre. Ça devient du spectaculaire, avec des confettis, des lumières de stroboscopes, des amoureux qui montent sur des spectateurs pour se retrouver. Ça devient moqueur, touchant, ridiculisé et pourtant tout simple, quand un comédien dit qu’un couple, c’est “un plus un” et voilà, et surévalué quand une comédienne impose à son partenaire qu’aimer, c’est un acte de rebelle, qu’elle compare à reprendre le cabinet de dentiste de son père, un expert en molaires, c’est risqué, l’amour, quand ça reste dans le traditionnel avec un masque sur le reste.

Entre les invités à un mariage qui discutent du prix d’un billet d’avion (“800 francs et un seul sandwich!”) et un couple qui se défait, parce que l’amour, ça ne rend pas meilleur, l’amour ça ne réussit pas à se divertir de soi-même, à s’éloigner de la médiocrité et des discours de meubles à déplacer, l’amour c’est aimer, et aimer, c’est quoi, c’est pas résolu comme question, entre les invités et le couple qui se déteste et une chanson de William Sheller, rien ne se résout. Mais tout est à célébrer. Le grotesque de la pièce, qui en jette niveau liberté et plaisir, et l’amour, peu importe si ça rend heureux ou obscène.

Les Armoires Normandes, des Chiens de Navarre, à l’Usine C jusqu’au 23 septembre. 

Parce que nous sommes chanceux

mai 2, 2011

 

Je ne sais pas ce que ça voulait dire, je ne sais pas si c’était pour nous montrer que nous serions toujours des gamins, la peur au ventre, l’envie de fuir tout en sachant que nous nous ne pouvions pas courir plus loin que dans les bras de l’autre, les oreillers blancs sur la tête, comme des masques, comme des menaces, je ne peux plus t’écouter, parfois, tu ne peux plus m’écouter, parfois.

Je ne sais pas si c’était pour nous montrer que nous serions toujours des kamikazes dans l’amour, des bêtes qui se griffent le dos avant de se mettre à genoux, pour se dire je t’aime.

Tu étais si beau, ta main sur la mienne, ma main sur ta cuisse, je ne sais pas si tu avais envie de pleurer, comme moi, en regardant Louise Lecavalier et Patrick Lamothe, ni si tu sais comme je veux te remercier de préférer les spectacles de danse aux spectacles d’humour, et de me trouver belle, plus grosse et pleine de toi, de nous, chaque jour.

L’an dernier j’étais laide, même lorsque je sautais sur le lit d’un hôtel, en écoutant Ciara, en te regardant terminer une Corona light, j’étais laide, même les ongles parfaitement vernis et la peau légèrement hâlée, je te rejoignais à ton travail, je m’arrêtais avant au salon de bronzage, je gardais les yeux fermés, chaude, et je me demandais si tu me pardonnerais.

En quittant l’Usine C, nous avons marché dans les ruelles, je cherchais un chat à caresser, et  je voulais m’acheter de la crème glacée aux pacanes, mais surtout je voulais bien croire que j’étais capable de danser, et j’ai repris ta main, j’étais contre toi, sur la pointe des pieds parce que je ne porte plus que rarement des souliers à talons hauts, et tu m’as embrassée, doucement, nos bouches à peine entrouvertes, et je sais que toi aussi, à ce moment-là, tu disais pareil comme moi, nous sommes chanceux d’avoir l’autre, et nous sommes allés trop loin pour nous perdre, je me le ferai tatouer, dans quelques mois.