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Travail du sexe au Canada: le harcèlement policier et des droits en attente

octobre 19, 2016

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Ricochet a dernièrement publié une série d’articles remarquables sur les répercussions pour les travailleuses du sexe de la loi C-36. Plus de vingt travailleuses du sexe (pas juste des filles blanches privilégiées demandant 500$ par heure de branlette) ont témoigné sur ce que représente le sex work after Harper.

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Ces témoignages sont d’un intérêt majeur, surtout en ce moment, alors que l’opération Northen Spotlight est expliquée et comprise n’importe comment par les médias. Radio-Canada a entre autres choisi un titre très rigolo – sans le vouloir – choisissant de partager l’angle des policiers qui tentent de sensibilier les travailleuses du sexe, alors que lorsque les policiers attendent une escorte, cachés dans une chambre d’hotel, ce n’est pas de la sensibilisation, c’est de l’escroquerie et du harcèlement. Les travailleuses du sexe attendent encore le moment où elles pourront appeler le 911, puis attendre, devant une tasse de thé, que des policiers se présentent non pas pour désamorcer une bombe ou une chicane de couple, mais plutôt pour se faire sensibiliser aux risques de leur travail et se faire proposer de virer travailleur en usine de confection de déguisements pour animaux à la place.

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Sandra Wesley, la directrice de Stella, un organisme qui aide et défend les droits des travailleuses du sexe, remarque et s’interroge sur l’horreur que ça représenterait pour quiconque à l’extérieur de l’industrie du sexe de vivre pareil harcèlement: “Pouvez-vous imaginer aller à la rencontre d’un client, mais finalement vous retrouver coincé dans une pièce avec un policier qui demande à savoir pourquoi vous avez décidé d’aller travailler ce jour-là et qui tente de vous convaincre de quitter votre profession?”

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Je vous invite à lire la série d’articles de Ricochet, mais je vous en présente quelques extraits.

Les travailleuses du sexe peuvent-elles parler?

« Comme la plupart des personnes impliquées dans l’industrie du sexe, je crains la police. Je n’ai été physiquement agressée qu’une seule fois dans mes 16 ans de carrière, mais j’ai pris conscience du traitement que la police réservait aux travailleuses du sexe en 2003. J’étais sur un appel avec une autre escorte lorsqu’un client s’en est pris à une travailleuse. Nous avons quitté les lieux sur le champ avec notre chauffeur afin de nous rendre au poste de police, mais les agents s’intéressaient nettement plus à l’agence qu’aux détails de l’agression.

Nous avons été interrogées pendant des heures. Bien que nous avons initialement été bien traitées par les policiers, leur attitude a changé à partir du moment où ils ont appris que nous étions des escortes. Même si l’achat de services sexuels n’était pas illégal à l’époque, nous étions quand même maltraitées par la police. Maintenant que plusieurs aspects du travail du sexe sont criminalisés, je sais que je ne ferai jamais appel à leurs services.

Après cet incident où la police a pris conscience de mes activités, de celles de ma collègue ainsi que de celles de l’agence, les agents se sont mis à se rendre régulièrement à notre lieu de travail et à nous harceler. Bien que j’aimais vraiment travailler à cet endroit, j’ai fini par démissionner plus de trois ans plus tard car j’avais l’impression que toute cette attention policière allait finir par me nuire tôt ou tard. »

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Impossible d’annoncer ses services dans les médias alors bienvenue à la clandestinité non réglementée!

« We have all-female management, and the business is owned and operated by a woman with lived experience in the industry. We respect the privacy and discretion of all of our clients and staff. We are registered and licensed with the city in which we are based. Our work is consensual. Our work is real work.

Since the introduction of the new sex work laws, I feel less safe as an individual within the industry. At the studio we have had to change the way we advertise our work. Before the new laws, even though we had to be careful about the language and images we used in our ads, we were still able to advertise in the Yellow Pages, newspapers, newsletters, and elsewhere. We would pay for advertising like other businesses do in order to secure safe, reliable, and consistent work.

We are now forced to advertise by using sketchy websites that put everyone at risk. The providers and consumers have all moved underground to connect. These methods are unregulated and often unmoderated, and can be dangerous to both the provider and the consumer. Women have had their personal information, including full names, addresses, contact information, identifying photos, and social media accounts, posted and shared for everyone to see. This is where we are forced to go to advertise. This is not safe and this is not acceptable. »

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Ce que les travailleuses veulent: la fin de l’intimidation policière

« Those of us who work in the industry know what we need in terms of help. For those of us working outdoors, I would love a big house where workers can eat and sleep and live but not bring clients, with a separate rooming house to bring clients to. It would function similarly to an in-call agency but be more of a non-profit.

We need plain-clothed officers who are willing to focus on violence against us.

I wish our relationship with the police was more like having a liaison to talk with comfortably. As it is, you never know what you’re going to get with the police. Some are okay, but others are quite rude and say horrible stuff to us. In Victoria, police are not monitoring us too much, but they do make their presence known, and there have been nights where we’ve seen a police car on the street at least every 15 minutes.

This kind of intimidation definitely deters people from stopping in certain areas. Some clients are even starting to walk up to book the date now, to avoid risking getting pulled over. This kind of fear with the police isn’t good for any of us. I know the police think they’re helping us. But they’re not. They’re infringing on our work and our capacity to support ourselves. »

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Répression, lois et travail du sexe

mai 16, 2015

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En Chine, les travailleuses du sexe sont forcées à parader dans la honte, en public, une fois qu’elles sont arrêtées par les forces de l’ordre. Aux État-Unis, à New-York, 30% des travailleuses du sexe rapportent avoir été menacées par la police. En Inde, au Bengale-Occidentale, un groupe, Durbar Mahila Samanwaya Committee, semblable à un syndicat des professionnelles du sexe, révèle que sur 21 000 travailleuses du sexe, 48 000 rapports d’abus et de violence par la police ont été collectés, tandis que 4000 rapports portaient plutôt sur des actes de violence de la part des clients.

Les lois ne semblent pas là pour protéger la dignité et la sécurité des travailleuses du sexe, pas seulement en Chine ou en Inde, mais ici aussi. Des pseudo féministes se soulèvent contre le travail du sexe, parce qu’elles s’attardent au sexe, au désir, comme si c’était immoral, mais n’en font pas autant pour celles qui se tuent à faire des manicures et pédicures à 15 dollars.

Anyway.

Stella, un organisme montréalais, défend les droits des travailleuses du sexe, qu’elles souhaitent sortir de l’industrie du sexe ou simplement avoir de meilleures conditions de travail. Stella a récemment créé des pamphlets pour que toute travailleuse du sexe sache à quoi s’en tenir, du côté des lois, de la répression, des contacts avec les policiers, de ce que signifie proxénétisme et prostitution pour l’entourage des prostituées.

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Je vous invite à obtenir ces pamphlets, si vous travaillez dans l’industrie du sexe. Être informé, c’est se protéger. Communiquez avec Stella. Ne craignez rien : c’est un organisme respectueux, qui ne nie pas la dignité, l’autonomie ou le libre-choix de toute travailleuse du sexe.

Leurs pamphlet d’informations :

  1. La loi, nos amies et nos familles
  2. Arrestation et détention
  3. La loi et les clients
  4. La loi et la communication
  5. La loi et la publicité
  6. La loi et les tierces personnes
  7. Pouvoirs policiers et travail à l’intérieur

Voici un extrait du pamphlet sur la loi et les clients:

« Les impacts

Lorsque les clients craignent la criminalisation, ils évitent les lieux de travail plus visibles, par peur d’être harcelés ou arrêtés par la police.

Pour cette raison, les travailleuses du sexe:

• doivent travailler dans des zones moins bien éclairées et

moins peuplées, ce qui rend les travailleuses du sexe ainsi

plus vulnérables à la violence;

• ne peuvent pas prendre le temps nécessaire à la sélection

de leurs clients avant d’embarquer avec eux;

• doivent travailler de plus longues heures et plus souvent

pour avoir un revenu équivalent et peuvent accepter

d’offrir des services qu’elles n’offriraient pas autrement.

Cela contribue à diminuer notre niveau de sécurité tout en augmentant le potentiel de tensions au sein des membres de la communauté. »