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La beauté et les angoisses de la nuit

décembre 1, 2015

nelly

Je ne sais pas si c’est parce que je lis Je veux une maison faite de sorties de secours, un livre de réflexions sur la vie et l’oeuvre de Nelly Arcan, mais hier j’ai rêvé que mon mec me caressait doucement. J’étais couchée, de côté, nue, et il caressait mon corps, comme si j’étais blessée, et il me répétait tu es belle, je te trouve tellement belle, il ne cessait de me le répéter.

Shopping pour un hommage

octobre 20, 2011

Cet aprem, je croise une fille que je reconnais trop tardivement pour la saluer, une fille avec qui je travaillais avant, alors que j’étais libraire. Elle a toujours un aussi joli minois, mais elle s’enlaidit par principe fashion avec d’affreuses lunettes.

Je m’arrête au Café République, pour manger des crêpes aux asperges et au jambon en lisant le dernier livre de Matthieu Simard, avant de me trouver une robe chez H&M, une robe que je porterai vendredi soir, pour une lecture à la librairie Raffin.

Je vous invite à vous rendre au 6330 rue St-Hubert, pour Spectralités, un hommage à Nelly Arcan. L’entrée est libre, dès 17h30. Claudia Larochelle, Marie-Christine Lemieux-Couture, Rita-Adèle Beaulieu, Steph Rivard, Vickie Gendreau et moi liront des extraits de l’œuvre de Nelly, ainsi que des textes que nous avons composés.

Page Facebook de l’événement: http://www.facebook.com/#!/event.php?eid=245822588796741

Bisous Nelly

septembre 26, 2009

I am involved in a freedom ride protesting the loss of the minority rights belonging to the few remaining earthbound stars. All we demanded was our right to twinkle.

(Marilyn Monroe)

Je ne voulais pas être blonde, j’avais pas le droit, fallait que je garde mes cheveux longs, et foncés, et mes seins tout plats, déjà qu’on me disait, à l’école, tu écris sur le cul, tu te prends pour Nelly, je voulais pas rivaliser avec Nelly, j’avais seize ans, ou dix-sept ans, j’ai toujours retranché une année ou deux, moi aussi, à mon âge, j’aimais Nelly, je la trouvais belle, dangereuse et brillante dans ses angoisses, mais je ne connaissais pas son monde à elle, j’étais gratuite, moi.

A sex symbol becomes a thing. I just hate to be a thing.

(Marilyn Monroe)

Personne pouvait se comparer à Nelly, tout le monde pouvait l’aimer, encore plus maintenant qu’elle est morte, tout le monde pouvait la détester, la rendre fausse, la critiquer, répéter qu’elle était une whore, trop blonde, et qu’elle portait des jupes trop courtes, mais Nelly était plus vraie que vraie, je ne la connaissais pas, pas vraiment, je la connaissais à la croiser, parfois, et grâce à ceux qui me parlaient d’elle, qui prenaient un verre avec elle, ou qui l’avaient baisée, she was exceptionnal, but cold.

Si Nelly était obsédée par Marilyn, moi j’étais obsédée par Nelly, et même à quatre pattes, dans une chambre d’hôtel, je posais des questions, how much was she asking for a bbjtc?

Dans ses livres, j’indiquais mon nom, puis la date de mon achat, et ce que je portais ce jour-là, pour Folle c’était une robe avec des poissons tropicaux, et pour À Ciel Ouvert, des skinny jeans Miss Sixty et un t-shirt blanc, et dans À Ciel Ouvert, il y a des pages cornées, avec des traces de chardonnay, je voulais faire comme ses personnages, qui se saoulaient toujours au Plan B.

Je m’étais finalement teint les cheveux en blonds, trop platine, c’était un gai qui n’aimait pas mon maquillage qui me coiffait, et qui me comparait à Marilyn, je disais non, ce n’est pas moi, elle, et je continuais à me comparer, à regarder Nelly sur des photos, à vouloir sa bouche, à trouver dommage de n’avoir demandé à mon chirurgien que des 34C, Nelly avait des plus gros seins que moi, Nelly devait avoir des plus beaux mamelons que moi, Nelly serait toujours plus blonde que moi. 

C’est un ami, ce matin, qui m’a envoyé un courriel, dans lequel il me demandait de lui téléphoner, dès que j’aurais lu son message. J’avais mal à la tête, même si je n’avais pas bu la veille, et j’avais mal composé son numéro deux fois, avant de lui parler, il y avait derrière lui beaucoup de bruits, je ne lui ai pas demandé ou il était, et il m’a dit je ne pouvais pas te l’écrire, Nelly Arcan s’est suicidée. Nous avions parlé d’autres trucs, de son weekend à Québec, du livre que je lisais, Hos, Hookers, Call-Girls, and Rent Boys: Prostitutes Writing on Life, Love, Work, Sex, and Money, et je sentais des larmes sur mes joues, mais je voulais rire, je ne voulais pas raccrocher tout de suite, je ne voulais pas qu’après Nelly, il n’y ait plus rien.

Marilyn suicidée sera la seule à comprendre la nature de mes attentes.

(Carole Massé, Les petites-filles de Marilyn)

J’avais retouché mon gloss Mother Pucker vingt mille fois, pendant la journée, je m’étais promise d’être jolie, avec mes méga boucles aux oreilles, en forme d’étoiles filantes, et de ne pas oublier Nelly, pas aujourd’hui, ni demain, ni jamais, parce qu’elle avait tout risqué, plusieurs fois, le risque comme unique vérité, sur une table d’opération, dans une chambre d’hôtel ou devant un ordinateur, et chez elle, finalement, chez elle, je ne sais pas comment, et j’espérais qu’au ciel, elle était bercée, comme une petite-fille de Marilyn, par ceux qui la reconnaissaient, avec ses yeux de shtroumphette qui ne connaîtrait plus ni détresse, ni chardonnay.

J’ignore ce que je deviendrai.

Je n’ai pas le choix de devenir ce que je deviendrai, et que j’ignore pour l’instant.

On est obligé de faire ce que l’on fait sans même y penser.

Alors partir ou rester, ça revient au même.

Alors je le répète, j’aime ceux qui partent.

Pourtant ils n’ont pas plus le choix de partir que je ne l’ai de rester.

Mais j’ai choisi de l’accepter.

 (Carole Massé, Les petites-filles de Marilyn)