Stephanie sous la neige

Du 8 février au 8 mars, j’ai envie de vous présenter des femmes que j’aime. Chaque jour, pendant un mois, une femme. Un mois en attente de la Journée internationale de la femme, que cette journée signifie quelque chose pour vous ou non. Ces femmes, je les aime. Elles sont importantes parce qu’elles ont un prix Nobel ou parce qu’elles sont les premières avec qui j’ai joué à Alerte à Malibu dans ma piscine.

Stephanie

Je me versais de la vodka et de la Red Bull sur les seins et elle faisait semblant de laper. Elle ne buvait que de l’eau, et ce qu’elle réussissait à laper sur ma peau. Nous dansions, nous nous touchions, nous demandions à un barman de nous prendre en photo avec des sucettes dans la bouche ou avec le chapeau et la casquette de tous les clients du Confessionnal.

Elle terminait la soirée seule sur le plancher de danse, collant, elle dans ses robes de chez Marciano, ses robes comme ses lèvres, rouges, goûteuses, pleines. J’étais effondrée, à penser à un taxi ou à mon mec qui venait de me ramasser trois fois sur le sol, mes talons hauts ne supportant pas mes envies alcoolisées de danser comme Beyoncé.

Stephanie, elle, à trois heures du matin, elle terminait seule sur le plancher, à danser comme dans un vidéoclip, et elle suivait chez lui son amoureux, celui qui refusait de lui dire je t’aime en français, parce que ce n’était pas vrai, alors il lui répétait dans toutes les autres langues possibles.

Nous avions le même manteau et des désirs identiques, nous n’étions pas embarrassée de nous raconter nos rêves, nos obsessions, les photos nues qu’elle avait déjà envoyées à son patron, et je n’avais pas besoin de vodka ni de Red Bull pour lui révéler à quoi je pensais quand je me touchais.

Nous dansions autant que nous pleurions. J’étais sa petite sœur, elle ma grande sœur, pendant près de deux ans nous nous sommes envoyés des milliers de textos en anglais et en français, et confié des secrets, les yeux rougis, le visage blême, la morve sur nos robes Marciano, he doesn’t like me, he says I’m perfect and I am, I really am perfect for him, but he does not want me, et je la serrais dans mes bras et c’était ma petite sœur, et le poids de nos tristesses étaient plus lourd que le poids des boucles que nous portions aux oreilles.

Pendant une période de nos vies, nous nous détestiions mais nous aimions l’autre, je l’aimais parce qu’elle était naïve, elle croyait que Madonna n’avait jamais subi de chirurgie, je l’aimais parce qu’elle était vraie, et qu’elle se relevait de tout, de se faire défoncer par des mecs qu’elle n’aimait pas, de ne pas se faire assez aimer par sa maman, elle se relevait de tout, des maux de dos, des journées de trente heures, de la mort de son chat, et elle ne se plaignait pas, sauf si nous étions seules, et que nous pouvions, dans le noir ou sous la lumière blafarde d’une salle de bain, la veille du jour de l’An, se révéler à l’autre sans que personne ne nous entende.

Nous nous sommes revues il y trois ans, sous la neige, ses cheveux, sous la neige, son visage, sous la neige, elle était belle, puis nous avons continué à nous écrire, parfois, son anniversaire en janvier, son nouvel amoureux, nous ne nous invitons plus à danser, je ne danse plus, puis la dernière fois que nous nous sommes parlées, j’étais seule dans la chambre de ma fille et Stephanie me disait qu’elle avait peur, quand nous nous sommes connues, nous avons connu aussi le même homme, un soir pour ma grande sœur, et plusieurs soirs pour moi, et cet homme-là, au téléphone elle m’a dit qu’elle refusait de penser à lui, et à ces années-là, he won’t have to find me.

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