Devenir Lorelai Lee, sur une table de billard, de la salive sur le visage

Lorelai Lee

J’ai toujours aimé avoir plusieurs prénoms. J’avais un cahier, chez mes parents, et je signais tout du nom de Renata. J’avais un nom aussi, mais j’ai oublié lequel, un truc très simple et familier, ça pourrait être Beaulieu.

Mes prénoms ne sont pas tous moi.

Quand je reçois des courriels et qu’un ami m’appelle Mélodie, alors qu’il connait le prénom que mes frères, mes parents et mes enfants utilisent, je sens une distance. Je me sens prise à être ce qu’il voudrait que je sois, comme un ancien amant qui voulait me créer à nouveau, m’acheter d’autres robes, me trouver un autre sourire et rencontrer mes parents pour leur montrer comme j’étais mieux comme ça, avec son vin et son foutre dans le sang, avec les kilos d’une autre sur les cuisses.

D’autres parviennent à être le nom qu’elles se sont choisies. Moi je suis beaucoup Mélodie, mais pas totalement, j’aimerais beaucoup beaucoup être Mélodie, surtout la Mélodie des débuts, celle qui aimait tout le monde et savait qu’elle aurait du botox dans le front pour ses trente ans. Mais je ne suis pas totalement cette Mélodie.

Lorelai Lee, une pornstar, raconte dans l’anthologie Coming out like a pornstar, d’où lui vient son nom. Des extraits ont été publiés sur Buzzfeed. C’est magnifique, ce qu’elle raconte. Magnifique parce que tout ce qu’elle réalise et écrit, I have been a whore for nearly as long as I wasn’t one, se révèle d’une sensibilité et parfois d’une violence assumée.

Extrait : « I became Lorelei on my knees in front of four naked men in a shoot house kitchen, clinging to pink satin beside a swimming pool at a Los Angeles mansion, tied in rope and hung upside down from a tree in upstate New York, on a green felt pool table with spit sprayed across my face and loving the strangeness of strangers’ bodies in close-up, loving the seamed scars and discoloration and dimples and forgotten hairs, scent of salt and flowers and smoke, infinite variation. I became Lorelei in cars, in trains, and taxis and buses, hungry and tired at 2:00 a.m., at 6:00 a.m., at 3:00 in the afternoon, fingering a new white envelope of hundreds, pulling a twenty for cab fare from a just-counted stack, pressing my forehead to the cool windshield in slow traffic on the 405 with five days worth of thousand-dollar checks in my shoot bag. »

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