Massages, prostitution, Denis Coderre et harcèlement des médias

Communiqué de presse de Stella, un organisme qui soutient les droits des travailleuses du sexe – les caractères gras sont de moi, le texte non

Les personnes travaillant dans les salons de massage vivent désormais sous l’emprise d’un stress constant, avec la peur d’avoir un dossier criminel et d’être incarcéré-e-s, d’être déporté-e-s, de perdre la garde de leurs enfants, de perdre leur logement (des centaines de masseuses et de masseurs reçoivent leurs client-e-s directement de leurs appartements). Le fait est aussi que beaucoup de clients ont tout aussi peur ; plusieurs bons clients désertent alors les salons de massage et ceux qui n’ont rien à perdre continuent de les fréquenter. Ce qui exposent les masseuses à plus de violence. Les masseuses ont aussi peur de perdre leurs emplois, leurs lieux de travail sécuritaires où elles ont du pouvoir sur leurs conditions de travail. Plusieurs masseuses offrent des prestations érotiques et non sexuelles et se verront contraintes d’aller travailler en agence d’escorte et d’ainsi offrir des services sexuels, car elles ne désirent pas travailler au salaire minimum. D’autres s’exposeront à plus de risques en allant travailler dans un marché noir encore plus underground, en plus de dépendre davantage sur les tierces-personnes pour trouver des client-e-s. Ces stratégies répressives briment donc les droits au travail, à l’autonomie, à l’auto-détermination, ainsi qu’à l’accès à la protection policière. Et qu’en est-il des coûts faramineux reliés à cette répression ? Et des hausses de couts reliés à l’aide juridique que cette répression entrainera ? Et des coûts reliés aux nombreuses demandes d’adhésion à l’aide sociale qui s’en suivront ? Sans compter que plusieurs masseuses et tenancier-ères se déclarent et paient des impôts, en plus de contribuer à l’économie québécoise.

Impacts des médias auprès des masseuses et des masseurs

Depuis l’annonce faite par le maire, les masseuses sont aux prises avec des appels incessants de la part de plusieurs médias. Elles subissent du harcèlement, des entrevues cachées – et oui, des journalistes appellent et se font passer pour des clients pour ensuite diffuser les segments en onde et ce, sans le consentement des masseuses et réceptionnistes, les dévoilant ainsi et les exposant de ce fait même à de multiples représailles – ils diffusent les lieux, exposent les travailleuses à davantage de violence, d’intolérance et de plaintes. Sans compter l’impact sur leur santé mentale, car plusieurs masseuses roulent désormais sur le stress et la paranoïa.

Davantage de fonds publics pour renforcer la lutte à la traite humaine ?

Le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 2 millions annuellement pour renforcer l’escouade de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), ce qui permettra de mettre en place une équipe de douze enquêteurs, basée à Montréal, afin de lutter davantage contre la traite humaine. Le Service de police de la ville de Montréal comptait jusqu’à ce jour un enquêteur pour tous les dossiers touchant les gangs de rue, l’exploitation sexuelle et la lutte à la traite humaine. Cette nouvelle fait donc du sens si l’on veut donner les moyens aux policiers de démanteler des réseaux de gangs de rue et d’exploiteurs, mais encore faut-il réajuster le tir dans les pratiques policières et arrêter de viser les masseuses et autres travailleuses du sexe, viser un soutien aux réelles victimes d’exploitation sexuelle et surtout cesser immédiatement de confondre travail du sexe entre adultes consentants et traite humaine. Stella travaille fort pour lutter contre les violences subites par les travailleuses du sexe, tout comme nous sommes amenées à être en lien avec des femmes qui sont au prises avec des situations abusives et parfois des conjoints et proxénètes violents. La police sait qu’il est difficile d’amener ces femmes à porter plainte contre ces hommes. Tout comme il est ardu de monter des dossiers ayant pour objectif de démanteler des réseaux de gangs de rue. Si la police ferme les salons de massage, elle nous coupe aussi des liens que nous avons auprès de certaines victimes de coercition et de violence, et donc, de plaignantes potentielles qui auraient pu autrement témoigner et contribuer au démantèlement de gangs de rue. Et qu’en est-il des forces déjà présentes sur le territoire qui arrêtent les personnes qui travaillent sur la rue et dans les salons de massage? Pourquoi ne sont-elles pas mis à profit pour lutter contre les gangs de rue et l’exploitation sexuelle ? N’est-ce pas la priorité ? Qui veut-on en prison ? Des travailleuses du sexe de rue, des réceptionnistes, des masseuses ou des membres de gangs de rue, des exploiteurs, des hommes violents ?

Cour Suprême du Canada vs Denis Coderre

La Cour Suprême du Canada rendra sont verdict dans le cas Bedford v. Canada dès 9h45 vendredi prochain, le 20 décembre 2013. Cela fait des années que nous subissons la répression, la criminalisation, la stigmatisation et les violences qui en découlent. Nous attendons donc ce verdict avec impatience. Si les articles 210, 212 (1)j et 213 sont déclarés inconstitutionnels, les adultes consentants dans l’industrie pourront enfin travailler librement et avoir accès à la même protection policière que tous les autres citoyen-ne-s canadien-ne-s et il ne restera que pour priorité que d’appliquer les articles relatifs au gangstérisme, au proxénétisme de coercition, à l’exploitation des mineurs, à la traite, au trafic et aux agressions sexuelles. La police pourra enfin réaliser son vrai mandat : lutter contre le crime et non mettre des innocent-e-s en prison. Du moins, on l’espère. Comment M.Coderre réagira-t’il ? Ira-t’il à l’encontre de l’instance décisionnelle suprême du Canada ? Et qu’en est-il du gouvernement québécois ?

Stella vous invite à vous joindre à nous mardi prochain, 17 décembre, dans le cadre de la journée internationale de lutte à la violence faite aux travailleuses et travailleurs du sexe. Rendez-vous à 13h00 dans les marches en avant du Musée d’art contemporain de Montréal (185, rue Sainte-Catherine Ouest, angle Jeanne-Mance), métro Place des arts. Maintenant plus que jamais, nous avons besoin de votre support, de votre solidarité, merci de venir marcher avec nous pour refuser la violence sous toutes ses formes et militer pour le respect de nos droits; les droits à la sécurité, à la liberté et à la dignité.

Nous vous attentons en grand nombre.

À propos de Stella

Stella (www.chezstella.org) est un groupe communautaire crée et géré par et pour des travailleuses et ex-travailleuses du sexe de Montréal. Depuis 1995, les travailleuses du sexe impliquées à Stella luttent dans le but d’améliorer les conditions de vie et de travail des travailleuses du sexe, promouvoir leur santé et faire respecter leurs droits humains.

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Informations : Émilie Laliberté, Directrice générale

Cellulaire : 514-984-6319

Administration : 514-285-1599

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5 Réponses to “Massages, prostitution, Denis Coderre et harcèlement des médias”

  1. Anne Marie Says:

    Superbe article qui met bien en lumière la distinction entre la liberté d’exercer son métier en toute sécurité et la nécessité d’intervenir au près de ceux qui forcent des femmes contre leur gré. En tant que société, nous avons le devoir de protéger les personnes les plus faibles et les plus à risque, soit ces femmes qui ont fait le choix de faire ce métier. Tout comme l’alcool et la marijuana (anciennement criminel!), les services sexuels ont un grand potentiel de revenus pour notre société. Nous nous devons d’offrir un cadre légal et sécuritaire pour ces travailleuses qui souvent contribuent à leur façon à notre société. Bravo pour votre courrage.

    • Alonzo Says:

      Oui apres tout, c’est tout ce qui compte! Peu importe le metier qu’on pratique, qu’il soit honorable ou pas, on a tous droit a travailler dans la dignite. Et les tenancieres c’est leur responsabilite d’offrir un environnement qui protege les travailleuses du sexe. Moi ce qui me choque c’est les cas d’abus ou les filles sont forcees contre leur volonte: c’est ca le vrai crime.

  2. Claire Says:

    Il est grand temps de légaliser cette industrie. Si on légalise, on pourrait récolter d’énormes taxes (il y a plus de 300 salons à Montréal) et avoir l’argent pour mieux encadrer cette industrie et ses mauvais côtés (eh oui, il y en a dans toutes les industries!). La criminalisation entraîne des procédures coûteuses pour la société (ex. opérations policières, aide juridique, faillites personnelles, pertes locatives, frais juridiques aux frais de la société, etc.).

    La criminalisation de la marijuana a t’elle vraiment donnée quelque chose à part de gâcher la vie de beaucoup de personnes par la prison et les dossiers criminels? Voyez maintenant, on parle de la légaliser!!!

    Dans ces salons de massage, laissons les adultes consentants faire ce qu’ils veulent entre-eux. Pourquoi le gouvernement doit-il jusqu’à gérer la sexualité des gens? Les filles qui y travaillent sont en sécurité, les salons sont discrets, plusieurs des salons ont des formations sur l’hygiène pour le personnel et des travailleurs sociaux venaient s’assurer du bien être des filles. Les médias véhiculent de fausses perceptions que ces salons attirent de la criminalité. Plusieurs de ces salons étaient gérés par des femmes matures asiatiques (qui ont une famille et n’ont rien à voir avec la mafia!!) qui veillaient au bien-être de tous et qui ne voulaient surtout pas déranger qui que ce soit. On est loin des gang de rue. Ce sont ces gang de rue qui forcent des jeunes filles et font de l’extorsion qu’il faut s’attaquer! C’est vraiment désolant de voir comment on crée actuellement de nouveaux problèmes avec plusieurs dizaines d’arrestations déjà.

    Et même si 90% de ces salons offrent des services érotiques très modérés, le problème de « prostitution » ne sera jamais réglé. Tant qu’il y aura une demande, il y aura une offre. Les femmes qui désirent avoir de l’argent rapidement vont tout simplement retourner dans la rue et dans les red light, là où elles sont TRÈS à risque d’être violentées. M. Coderre manque de vision et on fait fausse route en tant que société. Nous aurions pu récolter des taxes et rehausser la sécurité des gens qui y travaillent, or, on fait tout le contraire. Si on veut réduire la prostitution, celà doit passer par la sensibilisation et offrir des ressources. Je suis pleinement de votre avis que les interventions policères musclées ne font qu’accroître la précarité de ces femmes et criminaliser des personnes innocentes. Le vrai problème est du côté de ces pimps qui battent et forcent des femmes, pas les tenancières qui offrent un cadre sécuritaire et encore moins les clients qui au bout du compte, veulent un moment de détente et sont pour la plupart respectueux.

    Avec l’économie mauribonde de Montréal, M. Coderre aurait tout intérêt à se concentrer sur la pauvre économie de Montréal et laisser les gens libres de leur entreprise et de leur corps. Toute cette mascarade ne va faire qu’accentuer les problèmes économiques gênants de la Métropole.

  3. Colin Says:

    Moi, je suis pour une pleine légalisation et la mise à contribution de l’industrie du sexe à notre société (au lieu de les traiter comme des criminels!!). Si tu veux pas être traité comme un criminel, alors contribue à la société. Et contribuer, c’est payer ses taxe et ne pas faire de mal à l’autre (une travailleuse du sexe, ça fais-tu du mal? un propriétaire de maison de débauche ça fais-tu vraiment du mal?). Il est temps qu’on collecte les taxes de cette industrie. En criminalisant, comment voulez-vous que les gens déclarent les taxes et impôts!!!

    Un simple calcul permet de comprendre qu’on aurait tout intérêt à tirer profit des retombés de cette industrie:

    Nombre de salon érotiques au Québec: 500
    Moyenne de client par jour: 15
    Nombre de jour ouvert par année: 360
    Moyenne par client: 130$/visite
    TPS / TVQ : 15%
    Impot d’une entreprise: 17%

    Total:

    60 millions de $ en taxes collectés
    53 millions de $ en impot collecté
    = 112 millions par année (!!!!)

    Bon, avec tout cet argent, on pourrait bien offrir des services pour aider les travailleuses du sexe, améliorer nos infrastructures, offrir des services décents aux personne agé, offrir de meilleures écoles à nos jeunes, renflouer les universités, etc.

    Avec notre super gouvernement péquiste qui nous annonce 2 milliards de déficit, je pense que c’est davantage dans notre intérêt de tirer profit au lieu d’augmenter les dépenses CAR TOUTES LES INTERVENTIONS DANS LES SALONS SONT AUX FRAIS DU CONTRIBUABLES. On s’appauvrie encore plus!

    Et ceux qui disent, et la moralité, qu’est-ce que t’en fait??? Moi je leur dit, quand t’es pas d’accord avec quelque chose, ben tu prends les mesure pour pas te retrouver là dedans. Si t’es pas d’accord avec les salon de massage, les bars de danseuses ou les danses à 10, alors tu y vas pas!! Et tu passe le mot à tes enfants qu’ils n’ont pas intérêt de se retrouver là. Si tu permet au gouvernement de se mettre le nez partout, alors tu autorise le totalitarisme. Laissons les individus consentants libre de leur choix et arrêtons d’harceler ces personnes qui au font, ne veulent que vivre (et survivre). C’est pas tout le monde qui a une job et qui n’a pas à se soucier de comment il va payer son loyer et son épicerie. Quand des individus en sont rendus à la prostitution, le pire qu’on puisse faire, c’est de leur rendre la vie encore plus difficile. Donnons-leur plutôt les ressources pour s’en sortir. Donc OUI À LA LIBERTÉ!!!

    • Mathew Says:

      Colin what you say just makes sense. I think it’s people’s choice and they just have to pay their taxes like everybody. As an outsider, my only interest here is that we collect the taxes so that we can pay some social services and the police to stop violence and people who force women to prostitute. Where is the crime? It’s just a business transaction between 2 persons and they have to deal with their choices and consequences. The only thing we can do is to offer help (if they feel need it), not make them criminals.

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