Du neuf à cinq en Agent Provocateur

Achat du jour : Beurre fondant au sucre à la crème

Émission : Prison Break 3

Quand Marissa travaille, elle ne pense pas à grand chose, qu’elle dit. Elle pense à être là, à arriver en avance, quinze minutes au moins pour se mettre du parfum, très léger sinon les clients lui demandent de prendre une douche (faut faire attention à l’odorat hypersensible de leur épouse), se maquiller, déjeûner un peu, la moitié d’un muffin au son, ou aux bleuets, souvent.

Elle pense aussi à sourire, dès qu’elle entend la sonnerie, mais c’est facile pour elle. En attendant les clients, elle écoute la télé, des trucs de rénovation de maisons ou les films de Disney laissés là par sa boss. Ça fait trois fois en trois mois qu’elle écoute Nemo. Elle s’ennuie du temps ou une ancienne escorte, qui vient tout juste de trouver un travail dans son domaine d’études, la mode, achetait dix revues par semaine, les lisait en une journée et laissait le reste dans un des deux apparts utilisés, pour que toutes les filles se crossent en regardant le It bag du mois ou la dernière starlette, Paris, Mary-Kate, Ashley, Keira, Nicole, Eva, qui dit qu’elle ne mange que de la pizza, mais elle ne grossit pas, grâce à sa super génétique d’enfer, merci papa et maman.

Quand le premier arrive, s’il est cute, ce qui est le cas presque tout le temps qu’elle dit, elle a un aura de baiseuse chanceuse, ou c’est peut-être le cas pour toutes les putes, je sais pas, elle le frenche avant de lui demander de se laver les mains. Elle ne demande jamais à être payée, elle trouve ça gênant, et inutile, les mecs savent qu’ils sont ici pour payer. Elle les dirige vers la chambre, monte le volume de la télé, pour pas que les voisins l’entendent gueuler comme une hystérique.

Elle déteste le lit, il est à roulettes, il bouge tout le temps, et cogne dans le mur tout le temps, et elle déteste les draps aussi, elle les change presque jamais, juste s’il y a beaucoup de sperme ou de sueur ou de poils foncés. Les draps sont trop rarement lavés et ça la fait chier. Pour chaque client, elle a droit à cinquante pour cent de la somme qu’il lui donne pour la défoncer. Et elle doit payer trente dollars par semaine pour le lavage des draps, comme toutes les autres filles qui s’échangent les appartements chaque jour. Elle aime les mecs qui la baisent sur la commode. Ou contre un mur. Elle adore se faire écarter les jambes, se coller le côté du visage contre le mur et sentir une queue la pénétrer vite vite, comme ça, elle a un client qui la prend dans ses bras, qui la baise debout, qui la repousse  contre le lit, elle dépose ses mains contre le matelas et il la baise en lui demandant son cul parfois, il la lèche, il a un regard d’addict au sexe, un regard qu’elle adore, un regard qui revient chaque semaine, s’il pouvait il reviendrait plus qu’une fois par semaine, mais il doit voir d’autres filles aussi, même si c’est elle sa préférée, promis, c’est elle qui a l’air de le plus aimer ça.

Marissa sait que c’est pas toutes les filles qui aiment, elle sait que pour certaines c’est un moyen d’avoir assez de cash pour leur enfant et pour leur auto, et pour les joints, aussi. (La coke, c’est juste les danseuses qui en font, la plupart des escortes sont pratiquement cent pour cent clean.)Mais les filles avec qui elles travaillent sont parfaites, il y en a qu’une qui voit un psy et qui a l’air vraiment de détester tout et de virer lesbie bientôt tellement elle déteste les mecs. Elle s’appelle Gabrielle, son père était super riche avant, il était genre multimillionnaire, mais il presque tout perdu, sauf la maison, qu’il ne veut pas vendre, il la garde pour les apparences, pour s’assurer que les voisins croient encore qu’il est super riche et important. Gabrielle se maquille même pas pour baiser et elle le fait que pour continuer à dépenser autant qu’avant, quand son papa lui payait un cheval pour sa fête, un voyage par mois, et des toiles des artistes contemporains qu’elle préférait. Marissa dit que Gabrielle a l’air d’une petite fille laide, et les petites filles, ça trouvera tout le temps un client même si la petite fille est super boudeuse. Mais les autres filles, elles aiment toute ça, qu’ouvrir leurs jambes soit leur job. Elles se lèvent à l’heure qu’elles veulent et se payent des souliers Miss Sixty n’importe quand. C’est quand même cool.

Quand Marissa travaille, elle cache son argent dans le bottin téléphonique, au-dessus du réfrigérateur. Et elle porte toujours une bague porte-bonheur, elle joue avec sa bague, la tourne entre ses doigts dès qu’un mec reste trop longtemps dans sa chatte, dès qu’elle compte les secondes, dès qu’elle a mal, dès qu’elle devine une vaginite dans deux jours. Elle garde toujours les yeux ouverts. Elle aime voir les mecs qui jouissent. Elle aime voir les mecs oublier leur travail, oublier leur dernière plaidoirie pourrie, oublier leur blonde rushante, leur dîner d’affaires trop long. Elle se dit qu’elle, quand elle aura un mec, elle sera super gentille, elle prendra des cours de cuisine, elle portera de la nouvelle lingerie à chaque semaine, elle coupera jamais ses cheveux,  elle chantera en lavant la vaisselle, et jamais elle se plaindra, jamais elle le prendra dans ses bras en lui disant tu es à moi, parce qu’elle, elle sait bien qu’elle n’est à personne.

 

2 Réponses to “Du neuf à cinq en Agent Provocateur”

  1. Mademoiselle S Says:

    C’est beau. Ça me rend triste…
    Passe-moi le beurre fondant au sucre à la crème et change de poste, c’est chiant Prison Break. Chez toi tu as What not to Wear? Ça me remonterait le moral.

    Lollipoptristounette

  2. melodienelson Says:

    J’adorrrrre Prison Break! Et man, je croyais vraiment que tu serais du genre à fantasmer sur Scofield, un homo trop sexxxy!!!!!!! J’ai pas What not to wear, pas le câble chérie. Mais Marissa adore écouter ça aussi!

    Et le beurre fondant, c’était pour ma maman. J’adore ma maman.

    Mais pour remonter le moral for sure : va à la boutique Confiserie Louise Decarie, métro Mont-Royal, love them, love them, love them. Ou trouve-toi des verres à shooter chous chez Farfelu. Le rhum goûte trop bon dans des mini verres à tête de mort.

    Sois pas triste chérie. Tu es belle, tu peux pas être triste, c’est genre la loi.

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