Mon t-shirt fushia sur le plancher

 

Quand nous sommes arrivés au chalet, en fin d’après-midi, il pleuvait un peu. J’ai descendu lentement les marches menant au chalet, dans des bottes à talons légèrement trop hauts pour ramasser des feuilles au râteau. J’ai terminé la bande dessinée trop chouette Valentin, que j’avais commencé la veille en mangeant des nouilles et du tofu au cari. J’ai répété trois fois à Alexandre Le Grand que j’allais faire des abdos en écoutant de la musique, mais j’ai plutôt caressé les cheveux de notre petite pendant trente minutes, avec Feist qui jouait dans le salon.

Alexandre Le Grand a sacré contre l’odeur de brûlé, j’avais oublié des biscuits dans le four. Nous nous sommes embrassés devant un arc-en-ciel et il m’a dit qu’il avait envie de me lécher, que je sois rasée ou non, il s’en fouettait ce jour-là. Je lui ai demandé s’il aimait le trait noir au-dessus de mes yeux. Il m’a serrée dans ses bras, et je l’ai assuré que notre petite bête sauvage ne nous en voudrait pas si nous allions au lit tout de suite. Il a plutôt proposé de rester au salon, à regarder dehors, l’arc-en-ciel disparaissait peu à peu, et mon t-shirt fushia était sur le plancher.

Le lendemain, un couple d’amis est venu. Archibald m’a offert un superbe bouquet de fleurs. Pendant qu’Alexandre Le Grand nous préparait un excellent brunch – j’avais piqué une danoise au chocolat avant l’arrivée des amis, pour ne pas en manger trois devant eux, pas question d’avoir l’air trop égoïste dans ma cochonceté -, Archibald m’a avoué qu’il était surpris, et heureux, de nous voir, Alexandre Le Grand et moi, avec notre fée : « Il y a un an et demi, c’est ça, un an, un an et demi, j’avais passé tout un après-midi à consoler Alexandre parce que ça n’allait pas bien entre vous. Je ne l’avais jamais vu comme ça. »

Je hoche la tête, je me souviens de ça, du il y a un an et demi, du il-y-a-un-an-et-demi-qui-n’arrivera-jamais-plus, mais je ne veux pas en parler avec Archibald, je ne veux pas y penser. Archibald ne devine pas mon malaise : « Et maintenant vous êtes beaux, c’est l’automne, au chaud, vous avez une belle fille, vous êtes beaux, et moi, moi je pense que je ne serai jamais bien nulle part. »

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