Pina Colada dans un thermos et chatte qui sent les accracs de morue

 

J’arrive quasi toujours à l’heure quand j’ai un rendez-vous, c’est une habitude que j’ai prise parce que ma maman voulait rouler en auto sur quiconque arrivait en retard, et parce que lorsque j’étais escorte, un retard de quinze minutes pouvait coûter trente dollars. Je vois Sarah Lee, déjà près du guichetier du métro Sherbrooke, avec ses fausses lunettes à monture plus hot que toutes les lunettes présentées dans le dernier numéro de Loulou.

Nous nous embrassons, elle me dit qu’elle porte pas ses baskets, juste pour faire plus coquette pour moi. Elle me tend son thermos. Je prends une gorgée, ça goûte sucrée, j’adore. Elle me dit que c’est du pina colada, elle en fait tout le temps, depuis trois-quatre mois environ, depuis son retour d’un road trip au Mexique.

Nous marchons sous la pluie, mes bottes grises résistent pas du tout à l’eau, nous nous trompons de rue, et nous arrivons au café Fushia, gelées, prêtes à bouffer tous les cupcakes à la vanille qui se trouvent sur le comptoir avant même de s’asseoir au bout de la table que nous offre de partager un couple d’anglos.

En buvant du thé à l’orange et le reste du pina colada dans son thermos, Sarah Lee me parle de sa plante qu’elle a baptisée Rita, elle a besoin de graines de café pour tuer toutes les bactéries qui l’attaquent. Je suis pas surprise du tout qu’elle baptise ses plantes, ma copine est une hippie qui a envie de s’exiler dix fois par année en Alaska pour vivre avec des ours polaires et faire pousser des tomates dans des jardins intérieurs. Elle dit tu sais Claudia, à la librairie, elle vient de rompre avec son mec, elle supportait pas qu’il bande juste si elle lui foutait pas plein de poudre sur ses fesses en le traitant de petit bébé.

Nous allons une après l’autre dans la salle de bain du café Fushia, Sarah Lee en profite pour mettre une perruque mauve, que j’avais porté lors d’une pièce de théâtre au cégep (je me rentrais une bouteille de dissolvant dans la chatte, en parlant de suicide, c’était super marrant, avec une perruque de poupée travestie sur la tête). Le couple d’anglos rigole en voyant Sarah Lee et ils commencent à parler de vaginites et de syphilis, comparant différentes statistiques médicales. Ça me donne légèrement mal au cœur, je prends une gorgée de thé, et je vais à la salle de bain me remaquiller.

Nous quittons le café, après avoir pris cent photos comme des touristes japonais, pour continuer à boire, au Réservoir, tout près. Pas classes, nous retirons nos souliers et nous plaquons nos pieds contre le calorifère, pas question de chopper un rhume quand le printemps arrive aussi soudainement. Nous commandons des verres de Szarlotka, un drink à la vodka et aux pommes, et Sarah Lee s’applique sur les mains une crème qui sent trop bon, à la keratine et à la vitamine E. Je regarde un homme qui promène un chien vraiment pas beau, je me détourne après deux secondes, je croise le regard de l’homme et je me sens coupable de pas avoir eu l’air de trouver super exceptionnel son chien aux poils frisés et couleur boue, alors je recommence à fixer le chien, pendant que Sarah Lee me dit qu’elle s’est réveillée ce matin avec Jude Law qui se crossait entre ses fesses. Elle dit c’était bon mais je voulais qu’il me baise, je voulais être contente de me réveiller moi aussi, et il n’a pas eu le temps de rentrer dans ma chatte, il a joui dans mon dos, je me sentais toute collante, il s’est excusé, et il a commencé à me parler du mariage de sa sœur, je suis obligée de porter une robe orange et brune, parce que je suis une demoiselle d’honneur, c’est pas possible me demander ça.

Je tire ma robe Guess couleur charcoal, je veux pas montrer tout de suite mes fesses aux autres clients du Réservoir. Je me remets du gloss au melon d’eau sur les lèvres, et je pince mes tétons avec les barrettes que je mets dans mes cheveux. Ça fait longtemps qu’Alexandre Le Grand n’a pas menacé de m’arracher les tétons d’un coup de dents. Ça me fait frissonner de penser à ses morsures, je pourrais presque inviter Sarah Lee dans la salle de bain juste pour la supplier de me mordre, quelques secondes, j’en ai trop envie, tout de suite.

Quand je reviens, Sarah Lee est en train de commander des accracs de morue et du calmar frit, je lui demande si elle croit que les chattes sentent plus le poisson quand elles sont souvent bourrées, ou plus rarement. Elle dit mon papa vient de m’appeler, il a réparé mon ordinateur et il en a profité pour m’imprimer trente pages sur l’entretien des ordinateurs, personne est comme mon papa, personne oserait penser que je suis capable de me taper trente pages sur un truc emmerdant comme ça. Elle remet ses souliers, ses chaussettes sèches, et elle me tend un de ses pieds, je peux pas croire qu’il y a des mecs qui se branlent en regardant juste des pieds, mais j’accepterais tout de Jude Law, même qu’il porte une couche.

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