Bubble Tea pour Peter Pan

lecture: Ron Jeremy, The Hardest (Working) Man in Showbiz

musique: Ratatat, Falcon Jab

 

Je suis pas la personne la plus honnête au monde. Je veux dire, j’ai déjà dit à des mecs que j’étais grecque et super flexible. Et quand j’étais adolescente, j’avalais des Mentos avant d’inventer le mensonge du siècle pour faire comprendre à mes parents la raison d’un échec en mathématiques (genre le prof s’est trompé de copie, genre je me suis faite attaquer par un chien avant l’examen et ça m’a gravement perturbée, genre je suis allée consulter et le médecin est d’accord avec moi, mon cerveau est anormal et jamais jamais je ne parviendrai à calculer sinus et cosinus et à comprendre les étapes du cycle menstruel). J’ai menti à ma meilleure amie, à mon premier mari, à tout le monde, c’était ma phase Holden Caulfield, le avant ma soudaine maturité de femme fatalement honnête.

 

Je peux comprendre le mensonge. Je peux surtout comprendre que les menteurs sont des crosseurs un peu perdus, entre les contes de fée saveur Menthos et la dure réalité de l’existence des dix-huit ans et plus. Mais fuck. Faut laisser tomber Peter Pan, enfermer la fée Clochette dans son tiroir et décider de baiser ses voisins et Nana le Saint-Bernard. Je veux dire, faut grandir et tout.

 

Entre deux journées à trop boire et une journée de repos complet, j’ai vu ma miss Sarah Lee, une pseudo-judéo-chrétienne addict aux mecs louches. Le dernier en date? Le Peter Pan intello, justement. Au Tapioca Thé, en regardant des asiatiques jouer aux fléchettes ou feuilleter des revues de mode from Japan, je lui ai confié ma crainte de m’épiler pour la première fois la lèvre supérieure et mes envies d’une autre couleur de cheveux. Rousse? Noire comme lorsque j’ai rencontré Alexandre Le Grand? Caramel plus pâle? Des problèmes existentiels, quoi. Elle m’a écoutée en sirotant son thé glacé parfumé au miel avec du tapioca et elle m’a recommandé des crèmes bleachantes et répété dix fois de bien regarder ma montre, pour pas avoir la peau cloquée et brûlée. Elle m’a dit de chercher dans le journal des articles sur Provincetown Playhouse, parce que son meilleur ami joue dedans.

 

Nous avons fixé les murs roses flash du salon de thé pendant dix secondes, avant qu’elle ne dise qu’elle ne parlait plus à Vladimir. Elle m’a raconté qu’il datait une autre collègue, au travail, elle a insisté sur le mot dater, même si je sais tellement pas ce que ça signifie. Elle l’a su par hasard, Vladimir se faisait distant, ne lui écrivait plus de courriels profonds et tout, et elle l’a vu, devenir tout blanc quand il parlait au téléphone. Il a raccroché, lui a dit qu’il parlait à Vanessa. Sarah Lee est partie en gueulant que c’était un super potin. Vladimir a plus tard écrit à Sarah Lee un message tout doux, tout beau, un souvenir à garder dans un coffre à trésors d’ex amis et amants. Sauf que le mec, Sarah Lee a appris qu’il cruisait genre quatre filles en même temps qu’il flattait son gros chat vieillissant. Et ça, elle ne le prend pas. Pourquoi il ne lui a rien dit? Pourquoi il a préféré lui mentir?

 

Putain j’oserais même pas mentir à Sarah Lee, elle est comme Dieu, elle finit toujours par tout savoir. La gaffe non, de lui inventer des affections, quand en fait, le mec se la jouait don juan wannabe? Mon idole Tracey Cox (une sex experte depuis ses seize ans, déjà entourée de condoms de toutes les couleurs, grâce à sa sœur qui travaillait dans un organisme de family planning) pense comme moi, évidemment, elle dit que dans toute relation, il faut un minimum d’honnêteté. Il ne faut pas tout dire, genre Tracey ne dirait jamais à son mec si elle fantasmait grave sur le chien du voisin (un pit bull! super cute! je l’adore!), mais elle ne mentirait pas non plus, elle ne dirait pas que pouf tout est arrivé par magie, la folie, l’attirance et tout, quand ça faisait des mois que Vladimir se crossait dans son lit en pensant à quatre autres filles, ensemble ou non, whatever.

 

Sarah Lee a terminé son thé au miel, j’ai terminé le mien à la prune sucrée, nous avons parlé de speed et de vengeance. Je suis totale contre, faut l’admettre, je suis tellement trop politically correcte pour penser à la vengeance, je suis toujours en train de dire, en écoutant Veronica Mars, que c’est pas bien, qu’il faut apprendre à oublier, si nous ne sommes pas capable de pardonner. Mais bon, parfois Veronica fait un usage sensass de son taser, et Sarah Lee serait inévitablement sa best friend forever, c’est sûr. Attention Vladimir, vraiment, je voudrais pas que ton appart brûle pendant la nuit.


3 Réponses to “Bubble Tea pour Peter Pan”

  1. Delphine Says:

    Sarah Lee apprend toujours tout : faut faire gaffe.
    Vlad ne savait décidément pas à qui il avait à faire…

  2. vera Says:

    Et la vengeance est douce au coeur de l’Indien (d’Amérique, je précise, pour les nageurs de Parc-Extension…)

  3. melodienelson Says:

    C’est pas bien la vengeance. Je prie pour toi.

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