Fraises et crème à la mascarpone, pour le petit déjeuner, bientôt

Chère Élisa,

Au mois d’août, au mariage de ma meilleure amie, tu avais de la calamine sur ton visage et sur tes cheveux, pour diminuer les démangeaisons provoquées par une infection de merde. C’était la première fois que tu étais malade. Je t’avais mise une robe trop longue, fleurie, si jolie. Je crois que c’est la seule fois que tu l’as portée, j’ai oublié de te la remettre, mais je la laisse dans ta garde-robe, comme si demain il faisait à nouveau trente degrés et que tes jambes rapetissaient.

Tes jambes ne rapetissent pas. Tes jambes sont lovées contre ton ventre, nues parce tu es si chaude, plus chaude que sous le soleil de l’été. Depuis dimanche, tu bois mon lait, de l’eau et tu n’ouvres la bouche sinon que pour des biscuits aux riz et de la salade homard-avocats-tomates que ton papa t’a préparée. Tu pleures pour ne pas prendre tes antibiotiques. Tu n’es bien que les jambes sous ton ventre ou ta tête contre ma poitrine, ta salive et ta morve séchant contre mes chandails. Je te berce, je tente de te lire La vache qui a pondu un œuf, mais tu n’imites pas les bruits de la vache, tu ne tournes pas les pages non plus, tu restes dans mes bras, le regard rouge de fatigue.

Quand j’étais malade, mon papa m’achetait toujours des peluches. Dans le grenier, chez tes grands-parents, il y a un Big Bird de plus d’un mètre, des chiens piteux couleur pistache et des Calinours auxquels j’ai teint des poils au crayon feutre. La semaine dernière, quand tu commençais à tousser, je t’ai acheté un chat à la pharmacie, un chat qui fait un bruit terrible et qui dit attrape-moi, attrape-moi. C’est supposé être un jouet éducatif parce qu’il dit aussi c’est un cœur, c’est un carré, compte avec moi, mais qu’est-ce que nous nous en fouettons, des cœurs et des carrés. Tu lui tirais la queue et tu le prenais dans tes bras, mais aujourd’hui, tu ne t’en es pas approchée.

Je fais semblant de regarder des recettes de tarte aux fraises et à la crème mascarpone, mais je suis distraite, je pense à toi. Quand tu te réveilleras, je serai là pour te prendre comme si tu étais la plus délicate des poupées de porcelaine, j’étendrai quelques secondes une lingette froide sur ton front et contre ton cou, et nous nous bercerons encore.

Je pense à toi.

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Une Réponse to “Fraises et crème à la mascarpone, pour le petit déjeuner, bientôt”

  1. Kat Says:

    Pas facile quand nos bébés sont malades… prend bien soin de ta belle petite Élisa et bientôt, elle sera guérie 🙂

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