Rôties au beurre d’arachides, érection et princesses sexys

musique: PJ Harvey, This mess we’re in

film: Cinéma du Parc, Lions de Cannes 2008

 

Pour travailler au restaurant Les Princesses d’Hochelaga, Lilianne a juste eu à téléphoner, jurer qu’elle avait dix-huit ans, jurer que ça ne lui dérangeait pas d’être en paréo transparent la moitié d’une journée et montrer ses seins à l’adjoint du proprio.

 

(Lilianne, avant d’être une webcam girl uber extraordinaire, était une téléphoniste érotique, puis une serveuse au célèbre restaurant Les Princesses d’Hochelaga, et puis  une vendeuse de fromages pendant deux jours. J’ai pensé à elle quand j’ai lu dans la Presse de samedi dernier un article sur le resto de Hochelaga-Maisonneuve, temple de la poutine à la mouille.)

 

Elle se couchait à neuf heures pm maximum, après avoir bouffé trois chocolats fourrés à la praline. Elle se levait à trois heures trente-trois minutes, pour la chance, et pour se laver les cheveux et raser les jambes, les aisselles, et la chatte. Faut pas que des poils de chatte tombent dans les burgers et faut pas que les clients se croient avec des primates féministes. Elle appelait un taxi, tous les chauffeurs de Hochelaga la connaissait et quand elle leur donnait l’adresse, ils disaient oh c’est toi la princesse? Comme si elle allait se proposer pour se déshabiller right now, sur la banquette arrière. C’était épuisant, répondre aux attentes, alors qu’elle était démaquillée, les seins tout petits et sur les hautes, à cause du froid, sous un t-shirt à slogans style Free Breakfast ou Girls are greater than boys.

 

Elle entrait par la porte derrière. Habituellement le cuisinier alcolo était déjà là, à boire une bière devant du bacon frétillant. Elle ne le saluait pas. Dès que quelqu’un parlait au cuisinier alcolo, le cuisinier alcolo sacrait et inventait des insultes débiles à crier à tout le monde qu’il croisait le restant de la journée. Pénible. Elle nettoyait les tables du coin du restau qu’elle choisissait (proche du bar, c’est plus payant, ou au fond, loin de la porte de devant, loin du vent, mais proche des postes de télé, qui diffusaient alors des rencontres sportives et du cul non stop). Elle prenait un carnet de factures, écrivait son nom, Lilianne, et la date du jour, en rajoutant des cœurs, des bisous, ou des étoiles, tout pour se personnaliser un peu, ou pour charmer le client amateur de tétons, de nombrils et de sous-marins graisseux.

 

Deux ou trois autres serveuses arrivaient avant l’ouverture, à cinq heures. Elles mangeaient du bacon et prenaient un café et fumaient des topes et parlaient d’Occupation double (« Eux c’est des vrais personnes, ils sont déjà rendus loin dans la vie, pas comme nous. »)ou coupaient la corde de leur tampon dans la salle de bain. La blonde de l’adjoint parlait de ses leçons de golf et de ses quelques kilos en trop. Elle avait l’air d’une giga amazone, avec rallonges capillaires achetées chez Ardène. Mylène montrait ses bras super musclés de jeune mère de Pointe-aux-Trembles. Et le deuxième cuisinier arrivait. Lilianne adorait le deuxième cuisinier, il lui frôlait souvent les seins, lui disait qu’elle lui rappelait quelqu’un, quelqu’un qu’il avait beaucoup aimé, adorait sa pâleur, son acharnement à pas aller dans les salons de bronzage comme les autres serveuses, et il adorait sa maigreur, ses côtes qu’on voyaient un peu, et sa difficulté à bien nouer un paréo (tous les clients appréciait ça, le paréo finissait toujours par s’ouvrir et wouhou chatte gratuite pour tous), et il lui parlait parfois de sa vie d’avant.

 

Il avait été curé, dans un village. Lilianne était trop gênée pour lui demander ce qu’il faisait là, maintenant, aux Princesses. Ça ne se demande pas, de toute façon, les filles peuvent parler de telle serveuse cokée, de telle pétasse qui sert trop mal aux tables (Lilianne était trop nulle mais elle souriait beaucoup, et elle avait une bonne diction, et elle n’utilisait pas d’anglicismes, ça la mettait, inévitablement, dans une classe incritiquable, tout le monde pensait qu’elle était française parce qu’elle disait du beurre d’arachides sur les rôties au lieu de beurre de peanuts sur les toasts), de tel dealer qui donne des tips de l’enfer, mais jamais tu ne demandes à quelqu’un, aux Princesses, ce qu’il fait là. C’était peut-être juste Lilianne qui avait ce principe-là, mais whatever.

 

Lilianne, après avoir travaillé jusqu’à deux heures de l’aprem, retournait chez elle dans l’auto sport d’un client, ou en taxi. La première chose qu’elle s’est acheté après avoir payé son loyer et tout, avec l’argent des Princesses, c’était un super vibro rose, et des revues porno avec des asiatiques poilues qui sautent dans des chutes d’eau. Et aussi un film pourri de Marc Dorcel. L’histoire d’une fille qui déménage dans une autre ville avec son copain, qui regarde un bijou dans une vitrine, elle devient danseuse pour pouvoir s’offrir le bijou et baise avec plein de monde habillé en lingerie quétaine. Elle se masturbait au moins cinq fois avant de manger ses chocolats et avant d’aller dormir, en pensant à tous les mecs qui auraient voulu lui pincer les tétons pendant la journée. Elle s’imaginait sur leurs genoux, à rire, et à se laisser caresser partout partout, pendant qu’elle s’enfilerait du bacon.

 

(J’ai pensé à Lilianne en lisant la Presse, ma Lilianne chérie, ça fait une éternité que je l’ai pas vu, je voudrais que tu me racontes qui tu fouettes ces jours-ci, tu es partie des Princesses parce que ça te faisait trop chier de te lever à trois heures trente-trois minutes, est-ce que tu y retournes pour mater les pornos et tes anciennes collègues? Parle-moi encore des couples qui te proposaient des trips à trois, monsieur con et femme boudin, et des américains qui se faisaient prendre en photos avec toi, pour un souvenir d’enterrement de vie de garçon et tout. Je m’ennuie chérie.)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :