Conte de Noël pour y’all: Latex, somnifères et Louboutin in the ass

Il était une fois, dans un loft au centre-ville de Montréal, Lena, une fille de vingt-cinq ans qui faisait semblant d’en avoir vingt-deux. Elle était habillée d’une robe rouge en latex Polymorphe, d’une tuque rouge avec un méga ponpon blanc, et de bottes rembourrées de fourrure. Elle se préparait à passer la soirée du réveillon de Noël avec un client, un homme qu’elle voyait pour la seconde fois. Ça ne la préoccupait pas de passer le temps des Fêtes sans sa famille, puisque ses souvenirs de Noël étaient surtout tristes. Elle se rappellait les Noël sans poupée comme en recevaient ses copines à l’école, les Noël sans assez de bouteilles de vin pour que son papa oublie ses trois emplois, les Noël qu’elle passait à écouter Home Alone, jusqu’à s’endormir, dans les bras d’un cousin, qui lui promettait que la nouvelle année serait meilleure. Mais la nouvelle année n’était jamais meilleure, jusqu’à ce qu’elle choisisse de partir loin de sa famille, loin de son village où tout le monde se moquait de ses pantalons trop serrés achetés chez Walmart, loin du restaurant où elle servait des poutines sept heures par jour.

À Montréal, elle avait commencé des études en graphisme, s’était découverte une passion pour les crayons eyeliner et s’était inscrite dans une agence d’escorte. Elle attendait son client du réveillon en placotant au téléphone avec une copine : « Moi je voudrais m’acheter une paire de bottes d’hiver chez Browns. En cuir brun. Qui montent presque jusqu’aux genoux. Avec de la fourrure de renard à l’intérieur. Tu sais comment les Français disent traces de break? C’est un client qui voulait que je lui pisse dessus qui m’a raconté ça. Peau de renard, man, peau de renard, qu’ils disent. »

Elle avait quitté son loft après avoir vérifié deux fois si son réfrigérateur était bien fermé et si elle n’avait pas de taches de rouge à lèvres sur les dents. Son client l’avait embrassée sur les joues et l’avait prévenue qu’ils fêteraient dans une suite, avec une vingtaine d’autres personnes. À l’hôtel, Lena avait été enchantée de voir des dizaines de bouteilles de champagnes dans l’immense bain de la salle de bain. Elle avait demandé à une fille de lui ouvrir tout de suite une bouteille et elles avaient trinqué, en se souhaitant des bas collants non filés d’ici la fin de la soirée.

Lena ne savait pas si elle devait tenir la main de son client, lui mordiller le cou, ou lui dire qu’il avait trop de gel dans les cheveux. Elle l’écoutait lui parler de son dernier voyage au Maroc et des boutons de manchettes en forme de rondelles de hockey qu’il venait de s’acheter. Elle tentait de ne pas avaler verre de champagne sur verre de champagne, mais regarder d’autres couples se toucher, d’autres filles s’échanger leur robe de designer britannique, et des mecs se foutre un billet de vingt dollars bien roulé dans une narine, la rendait nerveuse. Un mec lui avait fait signe de prendre une ligne, elle avait refusé le billet de vingt dollars, « Ça donne des infections transmises sexuellement, faire ça comme ça. » Son client lui avait donné une légère fessée, en riant, et il lui avait demandé de montrer sa chatte à tout le monde.

Un mec avait suggéré qu’on lui rentre une canne de Noël à saveur d’eggnog dans son trou, et elle s’était penchée, la tête accotée contre une table en verre, les mains écartant ses lèvres. Sa mouille brillait et un mec s’était mis à genoux, le nez entre ses fesses, pour la pénétrer d’un doigt, avant de lui passer la friandise. Lena s’était entendue gémir, et le mec avait encore plus enfoncé la canne de Noël, pour ensuite la retirer, rapidement, et la faire goûter à Lena.

Un peu avant minuit, son client lui avait annoncé qu’ils se rendraient à un autre endroit. Lena était presque déçue, car il restait des bouteilles de champagne à vider, et des jolies filles à embrasser. Elle l’avait suivie et il lui avait refilé un somnifère extra puissant. Croyant que c’était de l’extasy, elle l’avait avalé, les yeux fermés, une main caressant distraitement ses tétons pâles, à travers le tissu en latex de sa robe.

Quelques heures plus tard, étourdie, Lena s’était réveillée, croyant être au Royaume du Père-Noël, entourée de souliers Tory Burch, Louboutin et Chanel. Nue, elle avait tenté de se redresser, mais elle n’arrivait pas à rester debout, les pieds enfoncés dans des souliers à talons hauts de trente centimètres, comme lors d’un défi de l’émission America’s Next Top Model. Son client la regardait, en souriant, satisfait, buvant une tasse de café au Bailey’s, habillé comme le Père-Noël : «Je sais que c’est ce que tu t’aurais acheté avec les milliers de dollars que je t’ai donné ce soir. C’est ma boutique. Mon grand-père me l’a légué. La plus grosse boutique de souliers. Et nous allons nous y amuser tous les deux.»

Il avait tendu la main à Lena, et il l’avait aidée à se relever. Elle avait réussi à marcher jusqu’à un immense miroir. Son client, derrière elle, avait envie de lui rentrer un talon entre les fesses, mais il lui avait d’abord souhaité un joyeux Noël, et Lena, les yeux brillants, lui avait suggéré de la baiser très fort, contre le miroir, les jambes vacillantes. Lorsque son client s’était enfoncé en elle, elle n’avait pas pensé aux poutines qu’elle servait, avant, dans son village, ni aux cadeaux qu’elle n’avait jamais vus, sous son sapin de Noël, petite.

Conte de Noël 2009: https://melodienelson.com/2009/12/23/noel-autour-dun-stripper-pole/

8 Réponses to “Conte de Noël pour y’all: Latex, somnifères et Louboutin in the ass”

  1. Francis Says:

    Il manque juste les flocons qui tombent et qui givre les vitres du magasins 🙂

    Sérieusement c’est un très beau conte..surtout très bien écrit !

  2. Ludie Says:

    Qulle ivresse! C’est bandant, mouillant et jouissif!
    Ahhhhh, soupire d’aise, comme elle m’ a fait du bien à moi cette Cannes là, et tous ces talons essayés un par un pour voir lequel glisserait mieux, et les baisers de ces jolies filles aux couleurs des bulles de champagne…
    Dépravée juste ce qu’il faut, j’aime Lena et son Pèrre1 Noël!
    Encore, s’il te plaît 🙂 Merci!

  3. Jac Says:

    Toujours aussi plaisant de te lire ! Magnifique écriture ! Bravo !

  4. Ludie Says:

    Joyeux réveillon, Jac & Francis et Mélodie & C° ! XôXôöÔ***

  5. Audrey Says:

    Je n’abonderai peut-être pas dans le même sens que tout le monde… mais je trouve cette histoire atrocement triste. (Je suis d’accord, par contre, pour dire qu’elle est bien écrite!).

  6. Richard filion Says:

    EXACT AUDREY,, JE PENSE COMME VOUS,

  7. Cendrillon Says:

    Et leur première rencontre, comment fut-elle?

  8. Je me suis crosser au lieu de vous écrire un conte de Noël | Mélodie Nelson Says:

    […] ne vous ai pas écrit de conte de Noël cette année parce que un) personne ne les lit haha et deux) je dois un livre à mon […]

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